Alors que les souvenirs sont encore vivaces dans les esprits des victimes de l’impitoyable déguerpissement de Kaporo Rails, dans la commune de Ratoma, les machines destructrices ont encore sévis sur les lieux. Le mardi, 31 mars dernier, deux mosquées et une école primaires de neuf classes ont été rasées par le Ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire.

Pour constater les dégâts causés sur les lieux et exprimer son indignation, le collectif des victimes du déguerpissement de Kaporo Rails, de Kipé 2 et de Dimesse y a fait un tour avec les médias hier, samedi 04 avril 2020, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Un an près le déguerpissement de Kipé 2, deux mosquées et une école primaire de 9 classes y ont été complètement démolies il y a de cela quelques jours. Devant les médias invités à constater de visu les traces des destructions, Mamadou Samba Sow, responsable de la communication du collectif n’est pas allé du dos de la cuillère en s’en prenant aux responsables de leurs malheurs. « Après avoir détruit les maisons des hommes, le pouvoir en place, dans son plan machiavélique, s’est attaqué aux maisons de Dieu. Comme vous le constatez, nous sommes arrêtés comme ça sur l’une des mosquées de Kipé 2. C’est deux mosquées sur 12 existant sur le site qui ont été détruites la semaine dernière. Vous voyez là les exemplaires du saint Coran entassés dans le seau, plus des planchettes, tous abandonnés aujourd’hui dans la nature par ce pouvoir là. Vous savez notre pays est un pays à dominance musulmane et il y a aussi les chrétiens. Donc, on peut dire que c’est un peuple croyant. Et, donc, les lieux de culte sont vraiment sacrés. S’attaquer à ces lieux est la pire des injustices ».

Par ailleurs, Samba Sow a fait savoir que ces mosquées détiennent tous les documents légaux délivrés par le pouvoir. « Nous voulons vous signaler que ces mosquées là ne sont pas des constructions anarchiques ou illégales. Ce sont des maisons de Dieu qui ont des documents. Quand vous prenez par exemple cette mosquée là, qui a l’arrêté NO 0864 du ministère de l’aménagement du territoire qui date de 1985, il est dit à l’Article premier : il est accordé au citoyen dont le nom suit l’autorisation d’occuper le terrain de lotissement Kipé 2/Conakry. Mais, comme ce n’est pas une personne physique on a dit nom et prénom Mosquée, parcelle 1, lot 50, surface 2930m2 et c’est signé à Conakry le 12 juin 1985 par le chef de bataillon Kerfala Camara, membre du CMRN (Comité Militaire de Redressement National). C’est pour vous dire que rien n’a été fait dans l’illégalité ici ».

En outre, Samba Sow s’en est pris à la compagnie de téléphonie mobile Orange Guinée, accusée d’avoir racheté les lieux. « Vu l’injustice dont nous sommes victimes, aujourd’hui ce sont les lieux de culte qui sont détruits avec l’abandon dans la nature des livres saints de Dieu. Et, tout cela parce qu’on veut simplement installer des sociétés étrangères comme Orange Guinée. Nous sommes en train de mener nos investigations. Mais, pour Orange, il n’y a pas de doute. L’argument utilisé, c’était de déguerpir les gens pour une cause d’utilité publique. L’utilité publique, c’est lorsqu’on doit faire des routes, des lieux de culte, des marchés, des hôpitaux… Mais, si c’est pour morceler le terrain, donner à des gens qui sont proches du pouvoir ou encore à des sociétés… Même l’église protestante évangélique qui est également sur ce site de Kipé 2 est en train d’être décoiffée au moment où je vous parle. C’est la deuxième phase de leur déguerpissement après avoir déguerpi les pauvres citoyens on s’attaque aux maisons de culte », a-t-il martelé.

Pour sa part, Mamadou Diallo, directeur général de l’école primaire Oumou Banouna Sy, démolie avec tout son contenu, souhaite que justice soit faite. « Franchement, je n’étais pas informé. C’est la semaine dernière, lorsqu’ils m’ont appelé pour venir décoiffer mon école avant qu’ils ne démolissent. Je leur ai dit que non, je ne peux pas décoiffer le même jour tandis qu’il y a des bancs à l’intérieur et certains de nos effets. Du coup ils ont tout cassé avec les bancs et d’autres choses qui étaient là-bas. Je n’ai pas du tout été informé à temps. Aujourd’hui, la perte est énorme et inestimable. Pourtant, l’école a été légalement construite ici. On a eu aussi notre agrément signé par le ministre Galéma Guilavogui. Aujourd’hui, nous demandons à ce que justice soit faite », a-t-il indiqué.

Selon nos informations, le déguerpissement de Kaporo Rails, de Kipé 2 et de Dimesse a touché au moins 1922 familles avec 1776 bâtiments détruits.

Malick Diakité pour Guineematin.com

Tel : 626-66-29-27 / 666-49-67-25

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