Ibrahima Kassory Fofana, Premier ministre, chef du Gouvernement

Comme dans une course contre la montre, les gouvernements du monde entier se livrent actuellement à un exercice : celui d’estimer le coût de la prise en charge de la pandémie mais aussi les conséquences de cette pandémie sur leurs économies. Le nôtre n’a pas fait exception. Dans une adresse à la Nation, le Premier ministre a déroulé ce lundi soir toute une panoplie de mesures pour faire face à la pandémie.

Ibrahima Kassory Fofana annonce une enveloppe de 3 000 milliards de francs guinéens pour combattre l’épidémie. Mais ce qui a plus retenu l’attention du citoyen lambda ce sont les mesures prises en sa faveur. Celles qui le concernent directement. Parmi ces mesures annoncées, il y a quatre qui censées bénéficier directement le citoyen : la gratuité de l’électricité, de l’eau, du transport public et le logement.

Bien évidemment il faut saluer toute initiative visant à soutenir les citoyens. Surtout en cette période de crise politique doublée d’une crise sanitaire. Mais à regarder de près les mesures annoncées par le Premier ministre, on se demande bien où se trouve ce soutien. Voyons plutôt.

De la gratuité de l’eau

Même dans les grandes villes de Guinée comme Conakry et sa proche banlieue, Coyah et Dubréka, combien de foyers ont de l’eau courante ? A l’exception des communes de Kaloum, Dixinn ou Matam, il y a des communes où l’eau courante est tout simplement inconnue. Les citoyens font recours aux puits traditionnels. Les plus nantis ont opté pour des forages.

Dire à quelqu’un qui n’a jamais reçu une facture d’eau que cette denrée, rare dans ce pays qualifié de château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, devient gratuite, il se demandera bien de quoi on parle. Et là nous parlons de Conakry et sa proche banlieue. Qu’en est-il de l’intérieur du pays ? Or la Guinée ce n’est pas Conakry seulement. Faut-il le souligner, Ebola avait sévit plus à l’intérieur du pays que dans la capitale.

Venons-en à l’électricité

Contrairement à l’eau, l’électricité est bel et bien fournie à la population. Mais combien de villes de Guinée ont ce luxe. Et pour Conakry et sa banlieue, où le courant est relativement bien fourni, quel est le montant mensuel d’une facture d’électricité ? Pour beaucoup de ménages, le montant de la facture varie entre 30 000 et 100 000 francs guinéens. Encore une fois cette mesure exclue les populations rurales et dans leur quasi-totalité celles des autres villes de la Guinée où le courant électrique est inconnu.

Le transport public

Ce point fait sourire plus d’un. Dans son discours le Premier ministre a parlé de bus et surtout du train Guinée Express. Sur certains axes routiers on ne voit pas les fameux bus dont parle Ibrahima Kassory Fofana. A plus forte raison le train de la banlieue. Ce qui fait dire à certains que ces mesures sont virtuelles. C’est un mirage destiné à l’étranger. En outre, même si la Guinée disposait de bus et de train pour transporter les citoyens, la gratuité du transport aurait drainé plus du monde vers ces moyens de transport que d’habitude. Ce qui est aux antipodes des recommandations de l’OMS pour limiter la propagation de la pandémie.

Le logement

Le plus virtuel encore est le dernier point. A savoir le logement. Combien de Guinéens sont-ils logés par l’Etat en Guinée ? Où sont ces logements. En ce qui concerne les privés, dont la plupart des propriétaires de bâtiments ne comptent que sur le loyer mensuel pour acheter un sac de riz, il est chimérique de décréter une quelconque gratuité. Du coup, on se demande bien où se trouve l’intérêt du citoyen dans la trentaine de mesures annoncées par le Premier ministre.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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