Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Je suis extrêmement gêné de n’avoir jamais fait suite à la lettre de félicitations que tu m’as adressée après ma nomination au poste de ministre. En réalité, je ne pouvais pas répondre à tous ceux qui m’ont écrit. Même si le nombre de courriers que j’ai reçus ne peut en aucun cas être une excuse. J’espère que tu ne me tiendras pas rigueur, d’autant plus que j’ai encore une fois besoin de ton aide.

Tu as dû apprendre ce qui vient de se passer entre une de mes collègues et notre patron. Elle s’est adressée directement au patron de son patron pour mettre à nue les pratiques de ce dernier. Depuis, celui qui était notre incontestable patron ne décolère pas. Pour la première fois, son autorité est mise à mal.

Inutile de te dire que je suis directement concerné par ce duel. C’est un document de mon département qui est à l’origine de cette affaire qui défraie la chronique dans la cité. Même si certains disent que cette affaire n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les gens racontent que les deux ne se montraient pas le serpent prêt à injecter à l’un ou à l’autre son venin mortel. Chacun des deux protagonistes n’attendait qu’une seule occasion pour abattre l’autre.

Les deux personnes sont des êtres que tout oppose. Le premier est un mondain, à la limite de la mégalomanie. Il aime paraître. Pour lui, aucun sacrifice n’est de trop pour obtenir ce qu’il veut. C’est l’un des adeptes de l’adage selon lequel « l’animal ne broute que là où il est attaché ». Grâce à cela, il a su s’entourer d’un vaste réseau de profiteurs de tout acabit prêts à défendre sa cause, quelle qu’elle soit.

Tout le contraire de la seconde. Celle-là est modeste et totalement effacée. Certains disent d’elle qu’elle est avare. D’autres vont jusqu’à dire qu’elle est maudite. Parce que, non seulement elle ne prend pas (soit dit en passant dans la caisse commune), mais qu’elle ne laisse pas les autres aussi prendre. Ce qui, comme tu peux l’imaginer, lui vaut, à la différence de son protagoniste, un réseau hostile, qui n’attend que l’occasion pour l’abattre.

Si j’ai pris tout ce temps pour te parler d’un différend qui ne devait pas m’intéresser, c’est parce que je pourrai être une victime collatérale de ce duel sans merci. Notre patron n’entend pas laisser passer l’affront qui lui est fait. Il jure par tous les saints que ma collègue va payer de son audace, voire sa témérité. Cette dernière, forte de son histoire commune avec le patron de notre patron et de sa réputation de rigueur, n’entend pas, elle non plus, baisser l’échine. Du coup, je crains fort que ce soient les petites têtes (dont la mienne) qui tombent à la place de grandes. D’autant plus que mon autre collègue, dont le département a été dépecé pour me donner un des morceaux, pourrait avoir en moi un bouc émissaire tout trouvé. Mais, pour le moment, nous ne savons pas qui de lui ou de moi va subir les dégâts collatéraux. Mais l’adage selon lequel « on creuse le sol du côté où il est moins caillouteux » me fait craindre le pire pour moi.

Voilà planté le décor. Ce qui m’amène à te dire maintenant l’objet de ma lettre. Devant la menace qui plane sur moi ou plus exactement sur mon poste, je souhaite que tu m’aides. En allant voir le célèbre marabout de notre village pour lui transmettre mes meilleures et respectueuses salutations. Ensuite lui demander de m’aider. Comme il l’avait fait pour ma nomination. Cette fois pour que je reste au gouvernement.

Je ne voulais pas vous déranger cette fois. Mais la situation est grave. Quand je suis allé voir un marabout que je connais bien ici, telle ne fut ma surprise de croiser mon secrétaire général. Alors, je me suis rappelé de ta mise en garde, me disant que les marabouts des villes sont des hommes d’affaires. J’ai réalisé que mon marabout travaille pour tout le monde. À la fois pour celui qui veut rester à son poste et celui qui veut le remplacer. Cela veut dire qu’il trompe forcément l’un d’entre nous, s’il ne nous trompe pas tous.

Pour les frais, nous allons procéder comme la dernière fois. Bien sûr que nous devons garder tout cela strictement entre nous. Je ne veux pas que mon nom apparaisse dans quelque transaction financière. C’est pour cela que je vais demander au cousin du beau-frère de ma femme de te faire un virement. Dans ce montant, tu auras tes frais de transports ainsi que le prix de premières kolas du marabout. Si jamais je suis maintenu à mon poste, un deuxième virement suivra.

Espérant que tout cala va rester entre nous, je te prie de me faire un retour par courrier. Sachant que mon téléphone est sûrement sur écoute, je te prie de t’abstenir de me parler de cette affaire au téléphone. A bientôt.

Toute ressemblance entre cette rubrique et une réalité n’est que pure coïncidence.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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