Lansana Conté et Madame Henriette Conté

L’ancien Directeur Général de l’ORTG, ancien ministre et ancien président du CNC (devenu plus tard Haute Autorité de la Communication), a commencé sa vie active peu avant le coup d’Etat militaire du 3 avril 1984, qui a porté Lansana Conté à la tête de la République de Guinée comme deuxième président de cette ancienne colonie française. Très souvent, Boubacar Yacine Diallo raconte avec assez d’émotion sa couverture de l’ouverture du tristement célèbre camp Boiro où le premier régime (de Sékou Touré) avait décimé les élites guinéennes et détenaient bien d’autres.

Il passera donc sa vie active de journaliste-reporter, puis de grand reporter et même enquêteur et éditorialiste sous le régime de Lansana Conté. Et, le lien ne se limitera pas à cette coïncidence de la vie puisqu’il sera approché par le Général-Président qui lui confiera d’importantes responsabilités à la radiodiffusion et télévision guinéenne, au ministère de l’Information et au Conseil national de la Communication (CNC).

C’est donc en bien connaisseur de l’ancienne famille présidentielle que Yacine Diallo, vice-président de l’INIDH (institution nationale indépendante des droits humains) a décidé de prendre sa plume pour partager son émotion suite au décès de Madame Henriette Conté, ancienne Première Dame de la République.

Guineematin.com vous propose, ci-dessous, le témoignage du ministre Boubacar Yacine Diallo :

Que de beaux souvenirs

Boubacar Yacine Diallo, ancien président du Conseil National de la Communication et ancien ministre

C’est sans doute avec beaucoup d’émotion et de tristesse que j’ai appris le décès prématuré de la veuve du Président Lansana Conté Madame Henriette Conté. Aussitôt la douloureuse nouvelle annoncée, une vague de souvenirs remplit ma tête. En voici quelques-uns.

Si mes souvenirs sont exacts, j’ai vu pour la première fois Henriette entre le 6 et le 10 avril 1984 à la résidence du Chef de l’Etat le Colonel Lansana Conté au camp Samory Touré de Conakry. La première impression que j’ai ressentie était celle d’une épouse bienveillante qu’une première Dame à la recherche de ses marques. Tant la simplicité dans le geste et la générosité étaient impressionnants.

Ce jour-là, elle fait fi du protocole et nous servit mes confrères et moi (une poignée de journalistes et techniciens), du jus de fruits avec une phrase inoubliable :  » Je vous confie mon époux ! » comme si elle était certaine que la presse pouvait faire un homme et le défaire.

Et depuis, je l’ai revue tant de fois que je ne puis conter entre la modeste résidence du camp, les banquets d’Etat ici en Guinée ainsi qu’à l’étranger. Elle était toujours la même attentive, simple et respectueuse. Les honneurs même excessifs ne lui ont pas tourné la tête.

Je la revois à l’hôtel de Crillon au cœur de Paris, à la suite de son mari président en visite d’Etat. Elle même servait le repas jusqu’à la garde rapprochée. Une fois au Palais de l’Elysée, lors du déjeuner officiel, François Mitterrand n’hésita pas à dire toute son admiration pour la première Dame de Guinée.

Je la revois également à Washington, à New York, à Pittsburg et à Atlanta en compagnie de son mari. Partout, les appréciations des dirigeants visités sont élogieuses. Son sourire éclatant et ses paroles chaleureuses ne laissent guère indifférent.

Ici en Guinée, je me souviendrai toujours du rôle historique qu’elle joue pour apaiser les tensions, lorsque le pays était gagné par une révolte populaire à l’initiative du mouvement social. Avec l’ancien Président nigérian Babangida, elle réussit à concilier les positions des faucons du régime avec celles des rares personnalités qui prêchaient le dialogue et une sortie concertée de la crise.

Elle demanda alors aux extrémistes de tous bords de « coller la paix à son mari ». C’est alors que la nomination d’un Premier ministre chef du gouvernement choisi par les syndicats, à la tête de la contestation, fut actée.

Et le calme fait son retour grâce, en grande partie, aux efforts inlassables de celle qui se fera appeler très vite « Maman Henriette Conté ». Des prières et des bénédictions sont faites pour elle dans les lieux de culte.

La dernière fois que je l’ai revue, c’est lors des funérailles de son défunt époux. Et je garderai en mémoire la petite phrase qu’elle m’a lancée : « Yacine, nous avons perdu notre père » !

Henriette Conté s’en est allée ! Que Dieu lui accorde son paradis éternel !

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