A la veille du scrutin présidentiel du 18 octobre dernier, l’Etat guinéen a fermé ses frontières terrestres avec quasiment tous ses pays limitrophes. C’est notamment le cas de nos frontières avec le Sénégal, la Guinée Bissau et la Sierra Léone. Bien qu’étant impopulaire, cette décision est encore en vigueur ; et, elle n’est pas sans conséquences sur la vie des Guinéens. Car, l’interruption du trafic de marchandises a entrainé une hausse des prix des denrées de grande consommation sur le marché national. Et, cette hausse des prix est une véritable angoisse pour le guinéen lambda. Avec un maigre revenu, la majeure partie de nos concitoyens sont aujourd’hui asphyxiés par le coût de la vie. C’est le constat fait par un reporter que Guineematin.com a dépêché dans certains marchés de la capitale guinéenne.

Pour ces citoyens qui ne bénéficient pas encore de « la prospérité partagée » (slogan de gouvernance vidé de son sens par les multiples scandales de corruption et de détournement de deniers publics), la situation actuelle du marché est une véritable descente aux enfers. Les prix des denrées augmentent chaque jour et varient d’un commerçant à un autre. Malheur à un citoyen qui se pointe devant un commerçant qui s’est levé du pied gauche…

Mais, selon ces commerçants, leurs humeurs n’ont rien à voir ! La cherté actuelle du marché guinéen est la conséquence directe de la fermeture des frontières par l’Etat.

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation qui décourage tout le monde. Chaque jour, quand tu va à Madina pour faire des achats, c’est un autre problème que tu trouveras devant toi. Avant, on achetait un bidon d’huile végétale de 20 litres à 260 000 francs guinéens ; un sac d’oignons à 160 000 francs ; un carton de boîtes de tomates à 165 000 francs… Mais, depuis cette semaine, les prix ne font qu’augmenter sur le marché. Avant-hier, le prix d’un bidon de 20 litres d’huile végétale se vendait à 290 000 ; et, aujourd’hui, ce même bidon est vendu à 295.000 francs. Et, quand vous demandez aux commerçants grossistes, ils vous disent que ce n’est pas de leur volonté. Que rien n’entre dans le pays. Une boite de cube maggi qu’on vendait avant à 15 000 est de nos jours vendue à 18 000 francs. Ce qui fait qu’actuellement les clients sont découragés. Quelqu’un qui est habitué d’acheter une chose à 1 500, après demain, il revient demander le prix de la même chose, on lui dit de payer 2 500, ça lui fera très mal. Actuellement, le sac d’oignons est vendu à 180 000 francs, il y a eu une augmentation de 15 000 francs sur le prix habituel », a indiqué Mamadou Barry, propriétaire d’une boutique de vente en détails à Conakry.

Selon Agnès Kolié, vendeuse de sucre au marche de Gbéssia, l’Etat est le seul responsable de l’enfer économique que vivent les Guinéens aujourd’hui.

Agnès Kolié, vendeuse

« Vraiment, la Guinée est dure actuellement, chaque jour est un autre problème pour nous les mères de famille. Le marché est devenu très cher. Tous les produits alimentaires ont connu ces derniers jours une hausse. Par exemple, avant, on achetait un sac de sucre à 325 000 francs ; et, moi, je vendais à 350 000 francs. Donc, ce qui veut dire que j’avais un bénéfice de 25 000 francs sur le sac. Mais, depuis une semaine maintenant, le prix d’un sac de sucre est monté à 375 000 francs. Et, le prix d’un kilo de sucre est vendu à 8 000 francs (au lieu de 7 000 francs jusque-là pratiqué). Certains commerçants sont en train de vendre ce même kilo de sucre à 9 000 francs ; et, dans les quartiers, d’autres le vendent à 10 000 francs. Ce qui est vraiment déplorable pour les consommateurs. Il faut que le ministre du Commerce nous vienne en aide, en rencontrant les commerçants grossistes, afin d’essayer de discuter sur cette hausse des prix des denrées alimentaires dans les différents marchés de la capitale. Aujourd’hui, nous souffrons beaucoup. Si vous prenez le sac de riz Bengladesh, mon mari l’achetait avant à 310 000 francs. Aujourd’hui, ce même sac est vendu à 325 000 francs ; et, certains commerçants vendent le même sac à 330 000 francs. Chacun fixe son propre prix, à sa guise. Quand vous demandez les raisons de cette augmentation des prix, les commerçants grossistes vous disent que les frontières sont fermées », a expliqué Agnès Kolié.

Vendeur de poulet et de viande, Mamadou Oury est aujourd’hui durement frappé par la rareté de clients. Car, beaucoup de ceux qui venaient chez lui peinent actuellement à avoir le prix de sa marchandise. Le prix du carton de poulet a grimpé depuis quelque temps.

« Je suis vendeur de poulets et de viandes. Je suis témoin de certaines réalités sur le marché et je connais la situation de certaines clientes qui nous trouvent ici. Avant, on vendait un carton de poulets à 200 000 ; soit un poulet à 25 000 ; et, dans le carton, il y a 8 poulets. Mais, actuellement, le même carton, nous le vendons à 280 000 francs, soit un poulet à 35 000 francs. Ce qui fait qu’on a perdu beaucoup de clients. Mais, nous aussi, ce n’est pas notre faute. Les frontières sont fermées et les choses n’entrent pas dans le pays. Ce qui fait que le peu qui est là est vendu à un prix élevé », a-t-il confié.

Foko Millimouno pour Guineematin.com

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