Aboubacar Titi Camara, ancien ministre, ancien capitaine du Syli national de Guinée

L’ancien sociétaire du Syli national et ancien ministre des Sports, Elhadj Aboubacar Titi Camara, a accordé une interview exclusive à Guineematin.com récemment. Dans cet entretien, l’ancien capitaine de l’équipe nationale de football de Guinée nous parle de l’avenir du football guinéen, de l’organisation en 2025 de la coupe d’Afrique des nations en Guinée et de ses projets à long terme dans ce pays pour lequel il a durement et fièrement mouillé le maillot pendant des années sur le rectangle vert.

Décryptage !

Guineematin.com : en tant qu’ancien footballeur professionnel, quel regard portez-vous sur la gestion du Comité d’Organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (COCAN) en Guinée ?

Aboubacar Titi Camara, ancien ministre, ancien capitaine du Syli national de Guinée

Elhadj Aboubacar Titi Camara : Je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’adresser aux guinéens, aux guinéennes et à la famille sportif. Je pense que c’est à la suite de la campagne présidentielle de 2010, à laquelle j’ai eu l’opportunité de participer au projet de société du futur président de la République, qu’on a eu la garantie, à travers la lettre adressée à nous par le Premier ministre, la fédération et le ministère des Sports avons fait un lobbying, on a déposé au siège de la CAF en Egypte. Donc, en 2014, la CAF nous a confié l’organisation de la coupe d’Afrique des Nations en 2025, un évènement qui est planétaire. Je pense qu’il faut avoir une vision. J’avais réfléchi pendant la campagne présidentielle. Je pense que c’est le seul projet qu’on pouvait léguer à la future génération. Je pense que s’il y a la volonté politique, on y arrivera ; parce que ça fait partie du développement de tout le pays. C’est pour cela que ça me tient à cœur. Même si je ne suis plus dans le COCAN ; mais, en tant que citoyen, je souhaite que ce pays-là se développe, qu’on crée des emplois pour les jeunes, et après les retombées viendront à la future génération. C’est vrai que depuis le COCAN a été mis en place suite à un décret ; mais, avec la lenteur du premier COCAN, le Premier ministre a pris un arrêté à la suite duquel je me suis retrouvé dans ce COCAN avec certaines personnalités du football guinéen. Et, après, on a commencé le travail. On a eu la chance de visiter la Basse côte, la Moyenne Guinée et la Haute Guinée. Car on n’avait pas pu faire malheureusement la Guinée forestière. On s’est rassuré de ce qui nous manque dans les infrastructures. Je pense qu’il y a eu des personnes de bonnes volontés qui ont donné des parcelles afin que le COCAN puisse réaliser ce projet. Et quand ça marche, c’est la Guinée qui aura gagné. C’est pour cette raison que ce projet me tient à cœur. Donc, je prie le président de la République de prendre ce projet à bras le corps afin de sauver l’honneur de la Guinée.

Guineematin.com : il y a un retard dans l’exécution des infrastructures liées à l’organisation de la coupe d’Afrique des Nations en Guinée en 2025. La Guinée peut-elle être encore au rendez-vous de cette fête du football continental, d’autant plus qu’il reste beaucoup à faire ?

Elhadj Aboubacar Titi Camara : je suis optimiste. Mais après, vous savez qu’en Afrique, il faut avoir la volonté politique. C’est vrai que le temps passe ; mais, avec la crise sanitaire, je pense qu’il y aura beaucoup d’évènements qui seront décalés : on voit les jeux Olympiques à Tokyo qui sont décalés, le CHAN aussi qui était prévu l’année dernière se joue au Cameroun cette année ; et, la coupe d’Afrique aussi qui est décalée. Je pense que le temps est là, maintenant il faut se mettre à travailler, il faut trouver des partenaires qui vont nous accompagner, surtout la volonté politique. Parce que sans cela, ça va être difficile. Moi, j’ai eu la chance de visiter les trois (3) régions naturelles, je vous assure que rien n’est fait : que ça soit les infrastructures routières, les centres de santé, les hôpitaux, les hôtels entre autres. Mais, jusque-là la CAF ne nous a pas envoyé le cahier de charge. Cependant, l’accord cadre est là. C’est à nous maintenant de faire, non pas la copié-collé de ce que le Cameroun va faire, mais je pense que nous avons de bonnes personnes, la ressource humaine qui peut nous aider à mettre ce projet-là en place. Parce que quand on parle de développement, c’est pour toute la Guinée.

Guineematin.com : on sait quand-même que vous aviez démissionné du COCAN parce que vous et le ministre Bantama Sow ne vous entendiez pas. Quelles propositions pouvez-vous faire aujourd’hui au COCAN pour qu’il parvienne à réussir la mission qui lui ait confiée ?

Elhadj Aboubacar Titi Camara : vous savez, tout le monde connaît mon engagement quand j’étais sportif, mon patriotisme quand je jouais sur le terrain. Je pense que c’est la même envie qui m’anime aujourd’hui en tant que citoyen guinéen, c’est-à-dire que le COCAN puisse marcher. Ce souhait de réussite est loin de la recherche d’un quelconque poste, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est le développement de ce pays afin que les jeunes puissent trouver de l’emploi. Je me soucie parce que par rapport aux autres pays de la sous-région, la Guinée est en retard. Le Sénégal a organisé la CAN en 1992, il y a la Côte d’Ivoire qui a organisé en 1984, il y a le Mali qui a organisé en 2002. Pour la Guinée, je pense que ce n’est pas les moyens qui manquent, il suffit seulement d’avoir la volonté politique. Il faut que nous tous nous nous levions afin de relever le défi.

Guineematin.com : le mandat d’Antonio Souaré à la tête de la FEGUIFOOT arrive à terme. Quel bilan faites-vous de sa gestion à la tête de la plus grande instance du football guinéen ?

Elhadj Aboubacar Titi Camara : parler du bilan de la fédération, c’est un peu difficile parce que ma position ne me permet pas de parler du bilan de la fédération guinéenne de football. Parce qu’en tant que conseiller chargé des équipes nationales, ça fait un an que je travaille avec le président Antonio Souaré, il revient aux électeurs de voir ce qui a été fait, ce qui a été bien fait et ce qui n’a pas marché et de tirer toutes les conséquences.

Guineematin.com : personnellement, s’il vous est demandé de faire un choix, allez-vous voter pour ou contre Antonio Souaré ?

Elhadj Aboubacar Titi Camara : rires ! Je ne suis pas électeur, je n’ai pas de voix à donner. Tout dépendra…

Guineematin.com : Plusieurs guinéens qui se demandent ce que fait Titi Camara de son quotidien actuellement. Alors, que vous faites aujourd’hui comme activité ?

Aboubacar Titi Camara, ancien ministre, ancien capitaine du Syli national de Guinée

Elhadj Aboubacar Titi Camara : ça va, je suis là. Je m’occupe de mes propres affaires, je suis avec la jeunesse. En 2014, 2015, j’ai créé une académie. Je suis fier d’être avec ces enfants-là. Vous savez, les gens ont toujours des préjugés sur les footballeurs ou les anciens footballeurs. C’est vrai que souvent, on ne fait pas d’études supérieures ; mais, on a la chance de conseiller des jeunes qui sont des acteurs en ce moment. Dans notre académie, on a fourni le gardien, Mohamed Camara, qui a eu une présélection avec les A, qui a eu le BAC aussi. Nous avons trois filles aussi qui sont dans notre académie qui ont eu le bac et qui ont joué en équipe nationale espoir et A aussi. Je crois que ça aussi, c’est ma fierté. Il y a d’autres jeunes aussi qui ont eu le bac. Parce que nous, nous avons mis l’accent sur le sport et l’éducation. Je pense qu’on peut lier les deux. Nous disons Dieu merci. Mais, le souhait de tous les jeunes guinéens, c’est de partir en Europe. Je crois que c’est un métier qui est très difficile ; mais, le conseil que je donne aux jeunes guinéens qui veulent être des footballeurs professionnels de haut niveau, c’est qu’ils continuent de travailler et d’aimer le football et qu’ils abandonnent les vices. C’est seulement en faisant cela qu’ils pourront réussir.

Guineematin.com : quels sont projets futurs ?

Elhadj Aboubacar Titi Camara : A cours terme, avec les jeunes de l’académie, mon souhait, c’est que ceux qui sont bons, qu’ils partent monnayer leur talent. A long terme, si j’ai des partenaires, pourquoi ne pas mettre une académie en place.

Guineematin.com : vous avez presque tout donné à la Guinée. Vous vivez en Guinée depuis votre retraite, alors que vous auriez pu aller dans d’autres pays à l’étranger pour servir, pour aider les jeunes de ce pays dans le domaine du football. Pensez-vous que la Guinée vous a restitué la monnaie ?

Elhadj Aboubacar Titi Camara : Non ! Vous savez quand on aime son pays, c’est comme un soldat ou une infirmière. Quand on a connu la crise Ebola, et aujourd’hui avec la crise sanitaire liée au Coronavirus, ceux qui sont dévoués, qui se sacrifient pour le pays, ils n’attendent pas au retour qu’ils soient récompensés. Je pense que si j’ai fait ce que j’ai pu faire, c’est aussi parce que mes parents m’ont inculqué une valeur, celle d’aimer ma patrie. Et, si c’était à refaire, j’allais le refaire sans hésiter. Bon, c’est vrai que de fois c’est difficile ; mais, je n’attends rien. Le fait est que quand je sors et que les gens me disent patriote, ça me va droit au cœur. Mais, les récompenses, non. Je n’attends pas de diplômes ou-bien des médailles, la reconnaissance du peuple me suffit largement.

Guineematin.com : c’est la fin de cet entretien, un dernier mot ?

Elhadj Aboubacar Titi Camara : c’est de souhaiter à la jeunesse guinéenne d’être conscient. Je vois que la politique domine tout le monde. Je demande aux politiciens d’y penser à la jeunesse, de préparer leur avenir. Nous avons beaucoup de pratiquants dans le football ; mais, il y en a peu qui sortent la tête de l’eau. Nous devons accompagner la jeunesse guinéenne.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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