A l’heure des nouvelles technologies de l’information, l’échec collectif de tous les candidats au BECP de la préfecture de Koubia a été largement commenté par les Guinéens. A lire les différents commentaires sur les désormais incontournables réseaux sociaux, on est plutôt inquiet. Non pas par la déroute collective de toute la préfecture de Koubia, mais par l’indifférence face à ce naufrage collectif. On nous dira que le mot indifférence ne sied pas dans la mesure où on parle de nombreuses réactions. Si, pourtant…

L’indifférence se trouve au niveau du contenu des réactions. Celles-ci relèvent souvent d’une raillerie à l’encontre des ressortissants de cette préfecture. On se moque de tel ou tel autre ami parce que, dit-on, les enfants de sa préfecture ne seraient pas intelligents. Et, la relecture des copies par les autorités régionales n’a rien arrangé. Bien au contraire, Koubia fait toujours la risée du monde.

Mais, la bonne question qu’il faille se poser est celle de savoir si les enfants de Koubia sont moins intelligents que les autres enfants de la Guinée ou plutôt si les enseignants de cette préfecture sont plus médiocres que leurs collègues des autres préfectures ? L’hypothèse la plus plausible est bien évidemment la deuxième. Toute une préfecture ne peut pas enfanter des gosses qui soient génétiquement moins intelligents que les autres enfants du pays. Par contre, il est bel et bien possible que les enseignants –nettement moins nombreux que les enfants- soient, eux, médiocres.

Professeur Alpha Amadou Bano Barry, ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation

Un ami, journaliste, m’a raconté cette histoire. Il y a quelques années, il a mis son enfant dans une école privée de son quartier. Deux ans successifs l’enfant a échoué. Cet ami estime alors qu’il ne sert à rien de mettre un tel enfant au privé. Il le sort  et les met au public. Cette année-là l’enfant a été le premier de sa classe. Le journaliste décide alors de mener enquête pour savoir ce qui s’est réellement passé à l’école privée. Il se rend compte que le fondateur de la fameuse école est un commerçant. Et le Directeur est un menuisier ivoirien, réfugié en Guinée. Bref, nos enfants sont à l’image de leurs maîtres.

Mais, il y a un autre facteur qui pourrait expliquer la contreperformance de Koubia : le laisser-aller. À la fois par les autorités et les parents d’élèves. Une situation à cause de laquelle les enseignants, sachant qu’ils ne sont pas contrôlés, se livrent à d’autres activités que l’enseignement. Ironie de l’histoire, il y a quelques jours, un ressortissant de Koubia, que j’ai rencontré pour la première fois à Conakry, me vantait le mérite d’un enseignant originaire de chez moi.

Selon mon interlocuteur, cet enseignant est si intégré dans la sous-préfecture où il est affecté que c’est lui qui fait le transfert d’argent pour tous les ressortissants et les résidents. Cela veut dire que mon « parent » est réputé non pas pour ses qualités d’enseignant mais pour celles de businessman. Ceci expliquant cela.

Il est donc probable voire sûr que tous les autres ou presque soient comme cet enseignant businessman. Ils sont nombreux ces enseignants qui ont un champ. D’autres vendent des produits pharmaceutiques. D’autres encore sont si intégrés qu’ils sont présents à toutes les activités sociales. Or, un enseignant, un vrai, n’assiste même pas à un enterrement. Eux ils s’occupent de l’avenir de la société pendant que celle-ci s’occupe du reste. Du moins dans les pays où ce métier est encore un sacerdoce.

Comme expliqué plus haut, cet échec collectif est dû bien évidemment au manque d’implication des autorités à la fois nationales, régionales et même parentales dans le suivi de la formation. Il y a quelques années, ma propre sous-préfecture a enregistré un résultat catastrophique au bac. Cela a eu un véritable électro choque auprès des parents d’élèves et de ressortissants de la sous-préfecture. Résultats, cette année 2020, Yembering a enregistré le même nombre d’admis au BECPC que le chef-lieu de la préfecture.

Dans d’autres localités, l’implication des citoyens dans le système éducatif va plus loin. Il y a dans de nombreuses préfectures, des enseignants dits communautaires. Ils sont recrutés et payés par les ressortissants et les résidents. Cette situation est l’illustration la plus parfaite de la démission de l’Etat guinéen dans ce secteur qui est pourtant l’avenir de la Nation. Vivement donc le cas de Koubia susciter le réveil de l’Etat afin qu’il recrute et paye correctement les enseignants de qualité. Pour que ces derniers, à leur tour, fassent correctement leur travail.

Habib Yembering Diallo, pour guineematin.com

Téléphone  664 27 27 47

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