Mamadou Dian Diallo, conseiller en communication à la Primature

Comme annoncé précédemment, Elhadj Thierno Diaka Souaré a tiré sa révérence tôt ce mercredi, 23 septembre 2020. Le célèbre journaliste et chroniqueur en langue nationale poular à la radio nationale est décédé à l’âge de 68 ans, à Conakry, des suites de maladie. Une nouvelle accueillie avec une grande émotion par son ancien collaborateur Mamadou Dian Diallo, patron de l’agence Galaxy communication et conseiller en communication du Premier ministre guinéen.

Interrogé par Guineematin.com, le journaliste est revenu longuement sur ses relations avec le défunt et les souvenirs qu’il garde de l’homme.

« Quand je parle de mon grand frère Thierno Diaka Souaré, c’est plusieurs souvenirs, plusieurs émotions qui défilent devant moi. Avant même que je ne vienne à la RTG, je le suivais à la radio dans l’émission Balade musicale en poular, avec feu Almamy Laye Soumah qui était aussi un grand frère, parce qu’il a fait l’enfance dans mon village. Et puis, je voyais aussi ses co-animateurs dans les trois principales langues nationales (Soussou, Poular et Maninka), feu Alkaly Mohamed Keïta, feu Seydouba Sylla, feu Mohamed Tondon, Laye Mohamed Soumah et puis Elhadj Porédaka, et plus tard les autres générations des animateurs en langues nationales.

Ensuite, je suis venu le trouver à la RTG. Nous sommes tous les deux originaires de Mali. Il m’a toujours scotché, approché et protégé. Il m’appelait « Bammonè », c’est-dire celui est capable de relever des défis. Je me demandais quels défis je relevais réellement. Il a toujours dit qu’il était fier de moi et qu’il était fier que nous soyons du même village. Parce que pour lui, ce qui était primordial, c’est qu’on ne baissait pas la tête. On faisait ce qu’on a à faire avec conviction et sans peur.

Je vais vous raconter deux histoires sur lui. La première c’est quand nous sommes arrivés comme stagiaires à la RTG. Nous n’avions parfois même pas le transport pour quitter l’université et venir à la RTG. Les gens nous donnaient des avis de décès et ils croyaient que nous étions déjà des grands patrons de la RTG. Nous n’avions pas la possibilité de les faire passer parce qu’à l’époque, c’était payant.

On venait les donner à Thierno Diaka et feu Faouly qui les faisaient passer. Parfois, on prélevait le prix de ces avis de décès sur leurs salaires. Ils les diffusaient pour nous donner de la grandeur parce qu’ils savaient que ceux qui nous ont donné les avis croient que nous sommes déjà des stars. Donc, ils nous restituaient ces honneurs face à ceux qui nous donnaient les avis.

Deuxième souvenir que je garde professionnellement de lui, ce que j’étais chef service production de la télévision nationale, il y avait un pick-up qu’on avait donné pour la production des différentes émissions. J’ai fait des démarches auprès de la direction générale pour avoir le pick-up et envoyer des gens à l’intérieur du pays, mais je n’ai pas pu l’avoir. Un jour, il était tellement fâché qu’il m’a dit : je mets mon véhicule à ta disposition et je fais le chauffeur.

Si tu as l’ordre de mission, cherche moi le carburant et puis un autre journaliste et le caméraman, moi je pars te faire ce travail. J’étais très surpris qu’il engage sa voiture, qu’il s’engage lui-même pour juste m’aider à protéger mon honneur et surtout ma crédibilité. Je suis allé, j’ai obtenu le tout, ils sont partis à l’intérieur du pays pour 10 jours.

Quand Thierno Diaka est revenu, pendant un mois, aussi bien la radio qu’à la télévision, les émissions à caractère culturel, social, économique, le journal parlé, ont été ravitaillées d’éléments en provenance de l’intérieur du pays. C’est pour vous dire la dimension professionnelle de cet homme. Un autre souvenir que je garde de lui, c’est qu’un jour, il est parti en visite à l’intérieur avec le feu Général Lansana Conté (alors président de la République). Les gens disaient vive Lansana Conté, vive Thierno Diaka. Lansana Conté même s’est tourné vers lui pour dire : Thierno Diaka, tu es aussi populaire ?

Il était un peu gêné parce qu’il ne voulait que le président se sente frustré. Conté lui a dit non, c’est le résultat de ton travail. C’est pourquoi il m’a dit que le juge pour le journaliste, ce n’est pas son directeur où le propriétaire du média pour lequel il travaille, mais ce sont les auditeurs, les téléspectateurs et les lecteurs. Il m’a dit : fais en sorte que ceux qui vont t’écouter à la radio, qui vont te suivre à la télé ou qui vont te lire, que ces gens s’identifient à toi. C’est la leçon qu’il m’a laissée et que moi aussi je donnerai à tous les journalistes », confie Mamadou Dian Diallo.

Le patron de l’agence Galaxy communication se souvient également des sages conseils de son « frère » et ancien collaborateur, Thierno Diaka Souaré. « Thierno Diaka m’a toujours accompagné parce que moi j’étais un bagarreur au départ, parfois j’étais très chaud. Mais, il m’a toujours calmé tout en me disant que ce n’est pas ça la fin, qu’il faut toujours se battre, qu’il faut évoluer. Et puis, avec ses enfants, je le voyais les envoyer à l’extérieur pour étudier. Il m’a dit un jour : écoute, si tu as des enfants, ne leur laisse pas des immeubles, de l’or ou du diamant à partager. Laisse-leur une bonne éducation. Donc, je me bats pour envoyer mes enfants étudier. Je me rappelle de ses enfants : Kaba, Aliou, Hassimiou, quand ils les envoyaient étudier. Depuis, c’est ce conseil que je suis », soutient-il.

Selon monsieur Diallo, lors de sa dernière rencontre avec le défunt, ce dernier avait pris le soin de lui confier sa famille. Et, il était loin d’imaginer que Thierno Diaka lui faisait ses adieux. « La dernière fois qu’on s’est rencontrés, c’était il y a quelques semaines à l’occasion de l’enterrement d’un autre grand frère, le Colonel Mikael Souaré. Thierno Diaka était arrêté en face du cimetière et il voyait son ami d’enfance couché à jamais.

J’étais loin d’imaginer que quelques semaines après, il allait le rejoindre. Ce jour, son fils Hassimiou Souaré est venu nous trouver et on a eu quelques 5 à 10 minutes d’échanges. Quand Hassimiou est parti, Thierno Diaka m’a dit qu’il me confie sa famille. Je me suis demandé c’est quel défi il est en train de me donner encore. Et, c’est aujourd’hui, avec son départ, que je mesure la portée de ce défi que je vais essayer de relever. J’avoue que c’était un homme profondément humain », conclut le conseiller en communication du Premier ministre guinéen.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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