Madame Bah Hadja Maïmouna Diallo, épouse de Chérif Bah et vice-présidente du bureau national des femmes de l’UFDG

Déjà plus de deux mois que des responsables de haut niveau de l’UFDG et de l’ANAD sont arrêtés et détenus à la maison centrale de Coronthie, Conakry. Interrogée le samedi dernier, 9 janvier 2021, par un journaliste de Guineematin.com, madame Bah Hadja Maïmouna Diallo a exprimé ses inquiétudes face à cette détention prolongée et sans jugement des opposants dont son époux et vice-président de l’UFDG, Elhadj Ibrahima Chérif Bah. La vice-présidente du bureau national des femmes de l’UFDG a dénoncé les arrestations arbitraires, les mauvaises conditions de détention des opposants et plaidé pour sa mise en liberté provisoire, à défaut d’une liberté définitive.

Décryptage !

Guineemation.com : votre époux, monsieur Cherif Bah et certains de ses collègues membres de l’UFDG et de l’ANAD ont été arrêtés et écroués à la maison centrale de Coronthie depuis deux mois. Comment vivez-vous cette absence de votre époux ?

Hadja Maïmouna Diallo : merci de me donner l’opportunité pour m’exprimer sur ce sujet. Effectivement, mon époux et beaucoup de cadres de l’UFDG sont injustement incarcérés à la maison centrale de Conakry. Je puis vous dire, en tant qu’épouse, que c’est très pénible aussi bien pour moi que pour mes enfants. Surtout quand on sait que c’est de l’injustice et qu’il n’a rien fait qui puisse le mettre dans ces conditions-là ; et lui et tous ses compagnons. Donc, c’est quelque chose de très pénible, surtout quand on pense à tout ce qu’il représente pour nous et à tout ce qu’il a fait pour ce pays. Je sais que sais que mon mari est un homme patriote qui aime son pays, qui n’a jamais voulu quitter ce pays. Il a fait tout ce qu’il qui a pu pour servir loyalement ce pays. Donc, ça fait très mal quand quelqu’un se bat contre quelque chose durant toute sa vie ; et, après, il est accusé pour la même chose. Tout ce qu’il a fait dans sa vie, c’est pour ne pas commettre de l’injustice ou une infraction pouvant ternir son image. Aujourd’hui, pour rien, on joue avec sa personnalité, on joue avec sa dignité.

Guineematin.com : Cherif Bah et ses compagnons sont détenus depuis deux mois sans jugement. Qu’est-ce que vous réclamez aujourd’hui à la justice ?

Hadja Maïmouna Diallo : écoutez, c’est très simple. Si la justice avait respecté les règles du jeu, si la justice avait respecté la loi de notre pays, mon mari ne serait pas en prison jusque-là. Parce qu’on aurait déjà pu commettre un juge qui aurait pu déjà l’entendre et peut-être que cette histoire serait terminée. Parce que c’est un dossier vide ! Il n’a rien du tout fait qui puisse faire en sorte qu’il soit incarcéré même deux jours, à plus forte raison deux mois.

Guineematin.com : qu’est-ce que vous ressentez parce que votre époux a quand-même été une grande personnalité de ce pays pour avoir notamment dirigé la Banque centrale de la Guinée pendant plusieurs années. Qu’est-ce que vous ressentez ? Pensez-vous qu’on ne lui a pas restitué la monnaie ?

Hadja Maïmouna Diallo : je ne peux pas accuser tout le monde. Je sais que les Guinéens, dans leur majorité, reconnaissent ce que monsieur Cherif Bah a fait pour ce pays. On est encore là, c’est la même génération. C’est hier seulement qu’il était gouverneur de la Banque centrale. Les gens savent tout ce qu’il a pu faire pour notre pays pour stabiliser notre monnaie, pour éviter à notre pays de trébucher à travers la monnaie guinéenne. Tout le monde le sait, et les gens le reconnaissent. Aujourd’hui, tout le monde sait encore qu’il est victime de l’injustice… Il n’a rien fait. Vous êtes guinéen, je suis là. On est tous en Guinée, nous savons aujourd’hui tout ce qui se passe dans notre pays. C’est un régime qui est là pour malmener toutes les personnes qu’elle veut si vous n’êtes pas de la même tendance politique. C’est tout.

Guineematin.com : comment trouvez-vous ses conditions de détention ?

Hadja Maïmouna Diallo : exécrable ! Ses conditions de détention sont les plus médiocres qui puissent être. Je ne pouvais jamais imaginer que mon mari pourrait vivre dans des conditions pareilles. C’est extraordinaire.

Guineematin.com : quel est son moral ?

Hadja Maïmouna Diallo : dès lors qu’il ne se reproche de rien, il a heureusement le moral. Il comprend ce qui lui arrive et il l’accepte parce qu’il n’y a aucun autre moyen. Si c’était une vraie justice, il allait se défendre, les avocats sont là pour le défendre. Il allait prouver par A plus B qu’il n’a rien fait de mal. On ne peut pas l’accuser de fabrication d’armes, alors qu’ils n’ont trouvé aucune arme dans sa maison, alors qu’ils n’ont vu aucune usine de fabrication d’armes dans sa maison. L’accuser de fabrication et de détention d’armes de guerre, ça, c’est extraordinaire. C’est tellement facile à prouver que c’est du n’importe quoi… On ne peut pas l’accuser de destruction des biens publics. Personne n’a vu Cherif Bah avec un caillou dehors et tous ses compagnons qui sont en prison aujourd’hui. C’est des hautes personnalités de ce pays, c’est des symboles de ce pays. Ils ne peuvent pas se permettre certaines choses. Donc, quand on est accusé des choses aussi légères, ça veut juste dire qu’il n’y a pas de justice ; et, quand une telle situation arrive à quelqu’un, il doit la vivre dignement. Et, c’est ce qu’il est en train de faire.

Guineematin.com : c’est la fin de cet entretien. Un dernier mot ?

Hadja Maïmouna Diallo : mon dernier, c’est quand-même d’interpeller le président de la République et le gouvernement pour qu’ils acceptent de faire jouer à la justice son rôle. Ils doivent comprendre qu’ils ont fait assez de tort à ces personnes qui sont en prison alors qu’elles n’ont rien fait. Ceux qui sont en prison ne sont pas du RPG ; mais, même s’ils ne sont pas du RPG, ce sont des guinéens qui ont besoin de vivre dans ce pays et profiter de tous leurs droits comme le prévoit la constitution. Ce sont des Guinéens, ils n’ont nulle part où aller et ils n’iront nulle part. Ils sont dans ce pays. Depuis qu’ils sont nés, ils sont ici, ils ont vécu ici et ils vivront ici jusqu’à leur mort. Donc, il n’y rien qui puisse faire qu’ils vont partir. Et, ce sont des personnes dignes de confiance. Je demande à la justice de les libérer ne serait-ce qu’une liberté provisoire. Parce qu’ils ont toutes les garanties que ces personnes ne sortiront pas de ce pays. C’est d’abord pour leur propre image, pour leur propre personnalité. Et, à cause de leur patriotisme, ils ne vont pas fuir. Ils sont là, ils ont passé toute leur vie ici. Donc, ils méritent d’être libérés, ils méritent ce minimum de confiance pour qu’ils puissent se présenter à la justice en temps voulu, surtout qu’ils n’ont rien fait et qu’ils ne se reprochent rien.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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