Alpha Condé

L’émission « le débat africain » de RFI du dimanche dernier, 28 juin 2020, était consacrée à la crise politique en République de Guinée. Le sujet portait précisément sur la falsification de la nouvelle constitution, « faux en écriture publique ». Et, à tout seigneur tout honneur, nul n’était mieux placé pour parler de ce sujet que la personne qui a alerté l’opinion publique sur la différence entre le texte initial soumis au référendum et celui qui a été promulgué par le chef de l’Etat.

Outre Maître Pépé Antoine Lamah, qui a révélé cette forfaiture, il y avait un autre guinéen dont l’avis peut compter dans cette histoire de la nouvelle constitution puisqu’il était le ministre de la justice au moment où le régime de Conakry a entamé le processus qui a abouti au fameux texte incriminé. Maître Cheick Sako a démissionné à cause justement de cette initiative du chef de l’Etat.

Egalement dans ce débat animé par Alain Foka, il y avait un juriste sénégalais parmi les invités. Et, pour boucler la boucle, deux jeunes guinéens particulièrement actifs sur la scène politique locale : Aliou Bah, qui se heurte au refus des autorités d’agréer son parti, le MEDEL, et Souleyamane Keita, nouveau député du parti au pouvoir, ancien conseiller chargé de mission à la présidence de la République et coordinateur de la cellule de communication du RPG arc-en-ciel, le parti au pouvoir.

Tout au long du débat, les invités ont expliqué tour à tour que ce qui s’est passé en Guinée est plutôt inédit. C’est pour la première fois dans l’histoire qu’un texte soumis au référendum est modifié entre le vote et sa promulgation, ont expliqué, les juristes, y compris le Sénégalais.

C’est sans doute en raison du caractère ubuesque de la forfaiture que les faucons du régime ont refusé de participer à cette émission. Habituellement, ce sont Kiridi Bangoura et Rachid N’Diaye qui défendaient la position du gouvernement dans un débat comme celui auquel nous avons eu droit ce dimanche. Et, depuis la nomination d’Aboubacar Sylla comme ministre des transports, celui-ci est porte-parole du gouvernement. Pourquoi, ce trio a préféré briller par son absence dans un débat où, tout de même, il y avait en face de très grosses pointures ?
Apparemment, ils ont évité de se retrouver devant cette situation inconfortable dans laquelle leur gouvernement s’est empêtré. Préférant envoyer le jeune Keïta à l’abattoir. Ce dernier a donné l’impression que l’élève a bien appris la leçon du maître, en tentant d’expliquer que c’est l’opposition qui aurait inséré un autre texte dans le circuit pour discréditer le pouvoir. Une hypothèse à laquelle même l’animateur n’a accordé du sérieux, à plus forte raison les autres invités. Pour noyer le poisson, le représentant du pouvoir a usé et abusé de la rhétorique bien connue, qui voit un complot partout. Mais, c’était sans compter avec l’expérience de celui qui menait le débat.

Lorsque, dans un débat parmi les plus écoutés sur le continent, des éminents juristes, dont un étranger, affirment, preuves à l’appui, que ce qui s’est passé en Guinée est unique et sans précédent dans le monde entier, aucun guinéen ne devrait se réjouir. Y compris les farouches opposants du régime. Une nouvelle fois, la Guinée s’est distinguée. Et, négativement ! Ce qui s’est passé est une espèce de malédiction. Déjà, la nouvelle constitution était contestée par une bonne partie de la classe politique, de la société civile et même de l’homme de la rue. Voilà que le pouvoir apporte de l’eau au moulin de ses adversaires. Il a fait ce qu’aucun autre gouvernement n’avait fait avant lui…

C’est autant dire que les propos de Souleyamane Keïta, selon lesquels « à entendre l’opposition, on aurait l’impression que le ciel tombe sur Conakry » ne pouvaient pas tomber mieux. Car, avec cette exception guinéenne, soulignée par tous les juristes invités de cette émission, c’est véritablement le ciel qui est désormais tombé sur la Guinée.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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