Ahmed Sékou Touré, premier président de la Guinée indépendante

Pour l’Association des Victimes du Camp Boiro, le régime de Sékou Touré (premier Président de la République de Guinée) a décidé l’élite guinéenne à travers les purges qu’il a menées de 1969 à 1980. L’AVCB a revisité cette page sombre de l’histoire de la Guinée au cours d’une conférence de presse tenue ce vendredi, 22 janvier 2021, à Conakry, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Composée de personnes ayant été emprisonnées au Camp Boiro et de fils de personnes ayant été tuées sous la première République, l’Association des Victimes du Camp Boiro mène depuis de longues années, une lutte visant à faire la lumière sur toutes les exactions commises pendant le règne de Sékou Touré et rendre justice aux victimes. C’est dans ce cadre qu’elle a décidé de venir s’exprimer aujourd’hui devant les médias pour raconter aux jeunes générations comment l’élite guinéenne a été décimée après l’accession du pays à l’indépendance. Et, c’est le secrétaire général de l’AVCB, Abdoulaye Conté, qui s’est exprimé sur le sujet.

« Après notre accession à l’indépendance, en 1958, en 1959 déjà, les tueries ont commencé. Les tueries en Guinée vont être orchestrées et planifiées sous forme de complots. Toute la stratégie du PDG va tourner autour de complots. Des complots pour arrêter des personnes qui sont considérées comme étant des adversaires potentiels de Sékou Touré. Et, le premier complot qu’ils ont appelé complot des intellectuels intervient en 1960. C’est à l’époque que les Touré Fodé, pharmacien ; Diallo Yaya qui était ingénieur, Lamine Kaba qui était imam de la mosquée de Coronthie et Ibrahima Diallo des Lois sociales ont été sauvagement tués.

Le deuxième complot, c’est en 1961. C’est le complot dit des enseignants. Après l’indépendance, les enseignants ne voulaient pas que leurs homologues français quittent la Guinée. Parce que ça donnait la qualité de l’enseignement à la Guinée. Ils sont rentrés en conflit avec Sékou Touré et donc, le complot des enseignants est né. Et là, la crème des enseignants est passée pratiquement par ce complot-là. Pour les citer, vous avez entendu parler de Koumandjan Keïta, Mamoudou Traoré, Baldé Hasimiou, entre autres.

Ce complot est un tournant décisif pour l’enseignant guinéen. Parce que pratiquement, tous les enseignants à l’époque qui avaient de très bons niveaux ont fui ou ont été arrêtés. Le troisième complot est celui dit de Petit Touré qui était considéré comme un riche commerçant. Il a été tué en 1969 avec d’autres grandes personnalités parce qu’il était entré en politique. Et, à chaque fois, c’était des dizaines de centaines de personnes qui étaient exécutées », a expliqué le responsable de l’Association des Victimes du Camp Boiro.

Abdoulaye Conté, secrétaire général de l’AVCB

Il ajoute que la purge s’est poursuivie et s’est même intensifiée après les coups d’Etat de 1966 et 1968 au Ghana et au Mali. « En 1966, le président N’Kwamé Kruma du Ghana est renversé par des militaires. Et en 1968, Modibo Keïta du Mali est renversé à son tour. Alors, automatiquement, le président Ahmed Sékou Touré a juré que lui, il ne va pas se laisser faire en Guinée. Il a pris de l’avance et il a créé le complot Kaman Diaby.

Kaman faisait partie de l’élite de l’armée guinéenne, il était le premier pilote de chasse d’Afrique occidentale française. Il a été tué avec d’autres officiers de l’armée guinéenne et des civils dont Barry Diawadou et Dr Maréga. De 1970 à 1980, les vraies purges, les plus violentes, les plus haineuses se mettent en place », a dit M. Conté, précisant que son propre père a été tué pendant cette période.

Abdoulaye Conté indique que toutes les victimes de ces « purges ont été victimes de toutes sortes de tortures, avant d’être condamnées à mort ou à perpétuité de façon complètement illégale. « La manière dont ces condamnations ont été faites montre l’illégalité de la procédure. Vous ne pouvez pas condamner quelqu’un que vous arrêtez, vous le soumettez à la diète, vous le torturez, vous lui enlevez des aveux. Il ne passe à aucun moment devant un juge, ne bénéficie de l’assistance d’aucun avocat et il est condamné à mort. C’est cruel », a fustigé le secrétaire général de l’AVCB.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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