Nadia Nahman, Cheffe de cabinet du président de l’UFDG

« Cette interdiction intervient sans base légale, aucun acte de nature administratif ou judiciaire ne vient motiver une telle décision. Aucun acte n’a été notifié au président Cellou Dalein Diallo et cela témoigne que c’est l’humeur du chef. Ici, nous sommes dans un Etat de non droit, nous sommes dans un Etat où l’arbitraire règne en maître… Il faut inscrire cet acte liberticide dans le cadre des exactions et des violations des droits et libertés qui sont dirigés contre l’UFDG et ses dirigeants », a fustigé Nadia Nahman, dans un entretien accordé à Guineematin.com peu après le retour de Cellou Dalein Diallo à son domicile.

Comme annoncé dans nos précédentes dépêches, le leader de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) a de nouveau été empêché hier, mardi 16 mars 2021, de sortir de la Guinée par le pouvoir d’Alpha Condé. Cellou Dalein Diallo voulait se rendre en Côte d’Ivoire pour représenter l’international libéral aux obsèques de l’ancien Premier ministre ivoirien, Hamed Bakayoko. Mais, il a été contraint de débarquer de l’appareil d’Air Côte d’Ivoire par des agents de la police qui lui ont aussitôt retiré et confisqué le passeport à l’aéroport de Gbéssia. Et, cette restriction de la liberté de mouvement du principal opposant au régime Alpha Condé a suscité la colère de Nadia Nahman, sa cheffe de cabinet qui était avec lui dans l’avion. L’opposante dénonce « un acte liberticide, une tyrannie et un terrorisme d’Etat » du pouvoir d’Alpha Condé contre Cellou Dalein Diallo et les responsables de l’UFDG.

Décryptage !  

Guineematin.com : le président Cellou Dalein Diallo a voulu se rendre à Abidjan pour représenter l’international Libéral aux obsèques de l’ancien Premier ministre Hamed Bakayako. Il a été empêché à l’aéroport et son passeport confisqué. Puisque vous étiez avec lui, pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé au juste ?

Nadia Nahman : pour expliquer les faits à destination des lecteurs et lectrices de Guineematin.com, il faut savoir que le président Cellou Dalein Diallo a reçu mandat de la grande famille libérale, l’International Libéral, dont il est le vice-président exécutif, de les représenter aux funérailles de feu Hamed Bakayoko, Premier ministre Ivoirien, et de porter un message de condoléance à Alassane Ouattara, au RHDP qui est un membre actif de l’International Libéral, à la famille de Hamed Bakayoko, ainsi qu’à tout le peuple ivoirien.

Alors, à l’aéroport où nous nous sommes rendus, puisque j’étais à ses côtés, il a pu cette fois-ci accomplir sans difficultés toutes les formalités de voyage. Ce qui n’était pas le cas, souvenez-vous pour les faits qui remontent à Soumaïla Cissé du Mali. Il avait été également empêché de sortir du territoire. Alors, cette fois-ci, il a pu effectuer toutes les formalités sans difficultés. Il a pu passer la police de l’air et des frontières et il est même resté une heure dans le salon business de l’aéroport. Et, c’est lorsque nous nous sommes embarqués dans l’avion, vers 14 heures 30 minutes, et qu’au moment précis de la fermeture des portes pour le décollage, la police a fait irruption dans l’avion et a discuté quelques minutes avec le personnel de bord qui a finalement exigé notre débarquement de l’avion. Il s’agissait de la compagnie Air Côte d’Ivoire. Le président Cellou Dalein Diallo s’est exécuté ; et, à la sortie, un policier lui a retiré son passeport qui est à l’heure actuelle confisqué.

Vous savez, Alpha Condé a dû, sans nul doute, être informé tardivement qu’il (Cellou Dalein Diallo : ndlr) voyagerait et il a donné les instructions de manière à ce qu’il puisse être empêché de sortir du territoire. C’est aussi ça la politique du gouverner autrement.

Guineematin.com : est-ce qu’au niveau de l’aéroport on vous a expliqué les raisons de ce refus de voyager ?

Nadia Nahman : aucune raison. Cette interdiction intervient sans base légale, aucun acte de nature administratif ou judiciaire ne vient motiver une telle décision. Aucun acte n’a été notifié au président Cellou Dalein Diallo ; et, cela témoigne que c’est l’humeur du chef. Ici, nous sommes dans un Etat de non droit, nous sommes dans un État où l’arbitraire règne en maître. Parce que c’est une violation flagrante de son droit de circuler librement qui est garantie à tout citoyen et fondamentalement. Il faut inscrire cet acte liberticide dans le cadre des exactions et des violations des droits et libertés qui sont dirigées contre l’UFDG et ses dirigeants. Donc, si c’est de cette manière-là qu’ils comptent obtenir l’abdication ou la capitulation de l’UFDG, ce ne sera pas gagné. Parce qu’il n’y aura pas de recul à notre niveau. Nous continuerons le combat pour la défense de notre victoire. Le combat, nous le poursuivrons jusqu’à la conquête de nos droits et libertés qui sont impunément confisqués par le régime d’Alpha Condé.

Guineematin.com : maintenant, que comptez-vous faire ?

Nadia Nahman : on va mener le travail que l’on est en train de mener. Nous sommes dans un Etat où s’exerce contre nous un véritable terrorisme d’Etat. Rappelez-vous, au sortir de l’élection présidentielle d’octobre 2020, l’UFDG a perdu 51 personnes, on a notre siège et locaux qui sont jusqu’à présent occupés par l’Armée. On a nos principaux collaborateurs qui sont en prison en ce moment. Donc, nous continuerons à réclamer, à nous battre jusqu’à la satisfaction de nos revendications. Et, c’est un combat qui va bien au-delà de l’UFDG. Aujourd’hui, ça arrive à monsieur Cellou Dalein Diallo, demain, ça arrivera à un autre citoyen. Si on laisse notre pays s’enfoncer dans la tyrannie d’Alpha Condé de manière durable et irréversible, c’est tout l’avenir de la démocratie guinéenne qui est hypothéqué. Et, j’en appelle à tous les citoyens épris de paix et de justice de se lever et de s’ériger contre ces pratiques liberticides. Aujourd’hui, c’est la confiscation de nos droits et libertés, ce qui est en train de se passer, c’est le déguerpissement des habitations et des commerces sans aucune indemnité, sans préavis et de manière sauvage. Sans même parler du bien-fondé de la démarche, il faut voir le caractère inhumain et dégradant aussi. Aujourd’hui, c’est la fermeture illégale et unilatérale qui crée de fortes pressions sur les ménages. On a toutes ces contraintes et je pense qu’il est temps pour le peuple de Guinée de se lever et de s’ériger contre ces pratiques d’un autre âge.

Guineematin.com : est-ce que vous avez notifié à l’International Libéral de cette interdiction de voyager ? 

Nadia Nahman : l’International Libéral est effectivement informé de cette interdiction de sortir du territoire. Ils sont en train de prendre toutes les mesures qui peuvent être prises dans le cadre et les limites de l’organisation.

Guineematin.com : votre message de la fin ?

Nadia Nahman : mon mot de la fin, c’est de dire que c’est une humiliation suprême pour le peuple de Guinée. On ne peut pas laisser la tyrannie, après avoir vécu pendant 10 ans de mauvaise gouvernance, 10 ans de privation, 10 ans de spoliation, 10 ans d’humiliation. À un moment donné, il faut que le peuple de Guinée dise stop, ce n’est pas possible. On ne peut pas continuer à être la risée du monde et à subir de telles violations de nos droits les plus élémentaires.

Interview réalisée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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