Arrestations arbitraires en Guinée : « tout le monde est en danger », Sadio Diallo après sa libération

Amadou Sadio Diallo

Comme annoncé précédemment, un jeune étudiant a été arbitraire interpellé hier, lundi 27 janvier 2020, à Koloma 2, dans la commune de Ratoma, par une équipe mixte de policiers et de gendarmes. Amadou Sadio Diallo a été arrêté entre 5 et 6 heures du matin, sans aucune explication et sans mandat ; et, il a été conduit à « une destination inconnue ».

Cette manière cavalière et rétrograde interpeller, sans mandat, un citoyen qui se préparait à la prière de l’aube, avait suscité une grande inquiétude chez les proches de ce jeune étudiant en mine et géologie. Ils avaient d’ailleurs dénoncé « un kidnapping » ; mais, aux environs de 13 heures, Amadou Sadio Diallo a recouvré sa liberté et est rentré chez lui. Cependant, ce jeune étudiant n’est pas prêt à oublier la manière dont il a été cueilli à son domicile pour finalement atterrir à Kipé où il a été auditionné. Avec assez de déception, Sadio Diallo estime que « tout le monde est en danger » aujourd’hui dans notre pays.

Lors d’un entretien avec un reporter que Guineematin.com a dépêché chez lui hier soir, après sa libération, Amadou Sadio Diallo a indiqué que ceux qui l’ont arrêté ne lui ont présenté aucun mandat. Ils n’ont également donné aucune information sur les raisons pour lesquels ils l’ont interpellé.

« A 5 heures et quelques du matin, quand je m’apprêtais à sortir pour faire mes ablutions, j’ai entendu des gens taper sur les portes des maisons qui se trouvent dans notre cour. Au début, je me suis demandé si ce sont des femmes qui préparaient très tôt ou si c’est autre chose. Mais, entre temps, j’ai vu un policier derrière ma fenêtre. Il braquait une arme sur moi. Il m’a dit d’ouvrir ma porte. J’ai obéit ; et, dès que j’ai ouvert la porte, les agents m’ont pris tout en me posant des questions sur le surnom de quelqu’un. J’ai répondu que je ne connais pas ce surnom. Ma réponse ne les a pas plu ; et, immédiatement, ils m’ont dit de partir avec eux. C’est ainsi qu’ils m’ont envoyé à leur direction à Kipé… Mais, avant d’arriver à Kipé, au rond-point de Bambéto, ils m’ont fait descendre du pickup à bord duquel ils sont allés m’arrêter, pour finalement me mettre dans un autre pickup », a relaté Amadou Sadio Diallo après son retour à la maison.

Cette arrestation à la soviétique qui a conduit à de longues heures de privation de liberté et de droit reste encore en travers de la gorge de ce jeune étudiant qui rêvait de savourer une journée paisible, avant l’acte III de la « résistance » du front national pour la défense de la constitution (ce mouvement qui regroupe l’essentiel de la société civile et des partis politiques d’opposition en Guinée) contre la nouvelle constitution. Car, son quartier (situé le long de la route Le Prince) est l’une des zones les plus chaudes pour les manifestations sociopolitiques à Conakry. Mais, en lieu et place de la quiétude qu’il rêvait, Amadou Sadio Diallo a eu droit à une demi-journée de ventre creux assaisonné de questions et d’allégations qui le présentent comme un cerveau des « actes de pillages » à Koloma lors des manifestations dans la capitale guinéenne.

Amadou Sadio Diallo

« Quand nous sommes arrivés à leur base à Kipé, j’ai voulu savoir pourquoi ils m’ont arrêté. Mais, malheureusement, ils ne m’ont pas répondu. J’ai aussi voulu appeler et informer mes proches, parce qu’en quittant mon domicile, je n’avais pas fermé ma porte. Mais, les agents m’ont dit que je n’ai pas le droit de téléphoner. De 10 heures à 12 heures, j’étais dans leur bureau d’audition. Ils m’ont interrogé sur les manifestations [du front national pour la défense de la constitution (FNDC)]. Ils m’ont aussi posé des questions sur les surnoms de certaines personnes dans le quartier. Mais, je leur ai bien fait dit que je ne connais pas ces personnes-là. Cependant, ils m’ont dit que selon leurs informations, je suis la première personne à Koloma qui dirige les actes de pillages et bien d’autres choses sur cette voirie. J’ai réfuté ces allégations… Pendant tout ce temps, je n’ai pas mangé. Ils ne m’ont même pas donné de l’eau à boire », a-t-il expliqué, tout en précisant qu’il est un simple étudiant qui s’est réveillé le matin et qui a vu que les choses ont déraillé par cette arrestation.

Après son audition, Amadou Sadio Diallo a été laissé sortir pour rentrer parmi les siens qui bouillonnaient déjà d’inquiétude. Mais, à la lumière de ce qu’il a vécu ce lundi, ce jeune étudiant trouve que si c’est comme ça que ça fonction, tout le monde est en danger en Guinée.

« C’est à 13 heures qu’on m’a libéré et je suis rentré à la maison. Je n’ai pas payé de caution… Ils m’ont dit que selon leurs informations, ils se sont trompés de personne… Mais, là où nous sommes actuellement, je dirais que si c’est comme que ça fonction dans ce pays, tout le monde est en danger. Parce que si un simple citoyen qui veut vivre paisiblement n’a plus le droit de vivre sa vie comme il le croit, tout le monde doit mépriser ce que nous vivons. Nous voulons tout simplement que les choses aillent bien ; mais, quand on vient arrêter quelqu’un sans motif, sans mandat… ce n’est pas acceptable », a dénoncé Sadio Diallo, visiblement très déçu du comportement des agents qui l’ont « Kidnappé » à son domicile et l’ont privé de liberté pendant des heures, alors qu’il n’est coupable de rien.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

Tel : 622 97 27 2

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