Hassane Sanoussy Camara, préfet de Boké

Hassan Sanoussy, le préfet de Boké, tient à supprimer la liberté de la presse dans sa préfecture. Limogé en 2013 de ses fonctions de préfet de N’zérékoré pour avoir été soupçonné d’être impliqué dans les massacres perpétrés à Zogota en 2012, le représentant personnel du président Alpha Condé dans le Kakandé a encore hérissé ses poils contre les médias de la préfecture qu’il gouverne actuellement. « J’entends une seule radio dans mon territoire ici, une seule radio en train de saboter ces actions-là, je te mets aux arrêts et je te fais condamner. Ça, je le jure et je vous parle en toute responsabilité parce que je commence à écouter beaucoup de bruits… J’écouterai toutes les radios, de Kamsar à Sangarédi, en passant par les autres sous-préfectures. On ne sabotera pas ces actions… », a notamment dit Hassan Sanoussy Camara.

Selon des informations confiées à Guineematin.com, la colère du préfet serait partie de la gestion des contributions des sociétés minières dans la lutte contre le nouveau Coronavirus ou Covid-19. Abritant une dizaine de sociétés minières, Boké n’a pour le moment pas vu défiler des donateurs pour combattre ce dangereux virus chinois. Sans doute déçu, le préfet a saisi la première occasion, sans bien préparer le terrain pour faire éclater sa colère.

A l’occasion d’une sortie publique pour la distribution de kits sanitaires « offerts par le président de la République », en présence du ministre de la Communication, originaire de la préfecture, Hassan Sanoussy Camara a dénoncé la pingrerie des sociétés minières qui appauvrissent Boké sans venir en aide à la préfecture même à des moments aussi difficiles que cette pandémie. « Voyez ces véhicules qui montent et descendent avec la poussière. Il faudrait que ces sociétés minières sans exception soient des sociétés humaines et qu’elles comprennent que la vie des populations est en danger », a lancé l’autorité préfectorale.

Un tel discours aurait été bien apprécié par les communautés et dans les médias, notamment privés, puisque cette perception d’entreprises minières inhumaines est la mieux partagée contre la plupart de ces sociétés qui appauvrissent les sols, détruisent l’environnement et narguent souvent les populations autochtones. Mais, le préfet a été contredit devant public par un ministre…

Une intervention inappropriée

Se tenant aux côtés du préfet, le ministre de la communication n’a pas eu la patience de laisser Hassan Sanoussy savonner les exploitants de la bauxite de Boké. Amara Somparé a juré qu’une aide a déjà été apportée à l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS). Ce que ne nie pas le préfet, insistant que Boké n’a tout de même rien reçu de ces sociétés minières, en tant que préfecture victime de cette exploitation (que les protecteurs de l’environnement surnomme de sauvage, NDLR). Dans l’audio que Guineematin.com a écouté, on entend le ministre prendre avec assez de sérieux la défense des sociétés minières… « Je dis et je reprends que je ne reconnais dans mon territoire aucune société minière humaine et solidaire à cette maladie. Aucune société minière n’a pensé à nous donner un bidon à plus forte raison un sceau », a insisté le préfet.

Dans l’ensemble, les commentateurs ont estimé que le jeune ministre a manqué d’expérience. Il aurait dû respecter une certaine forme administrative en ne s’adressant pas de cette manière au préfet, devant tous les administrateurs territoriaux qui étaient présents pour la remise des kits. S’il était plus expérimenté, Amara Somparé aurait par exemple appelé le préfet à l’écart pour tout lui expliquer et lui demander gentiment de corriger son discours au lieu de lui couper la parole devant tout le monde, en ayant un débat aussi inamical en public…

La plume ravageuse du journaliste Sékou Diallo

A la radio Espace Kakandé, le journaliste Sékou Diallo ne demandait pas mieux pour écrire sa plume. Livrée en soussou (la langue locale dominante), cette plume récolte plus que les échos escomptés. Ça se partage, se commente et s’envole jusqu’à atterrir dans la cour du roi ! Le préfet écoute se fâche, réécoute et s’énerve. Le responsable de la radio a alors été convoqué par l’autorité préfectorale et le patron des lieux ne barguigne pas. « Je n’ai jamais entendu une autorité proférer les injures aussi grossières depuis que je suis né. Il a promis aussi qu’il mettra la radio à terre », a expliqué à Guineematin.com Fodé Oumar Camara, Rédacteur en chef de la radio Espace Kakandé.

Mais, pourquoi le préfet était si énervé ?

« Dans notre rubrique ‘’La Plume’’, Sékou Diallo a dit en Soussou que le président Alpha Condé ne badine pas avec les entreprises minières évoluant à Boké. Si c’est un préfet qui va se hasarder à parler des entreprises minières autrement, il ne pense pas que cela plaira au président de la République. Et, c’est tout le problème ! En écoutant ça à la radio, le préfet a dit que les gens se sont moqués de lui dans sa préfecture, il ne va pas l’accepter…», ajoute le rédacteur en chef de la radio.

Notre confrère a annoncé que la convocation du préfet leur a déjà été déposée et que le journaliste Sékou Diallo se prépare à répondre demain, lundi 27 avril 2020.

A suivre…

Alpha Assia Baldé poiur Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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