Habib Yembering Diallo

Cher ami,

Comme tu le sais, la planète entière est confrontée à une crise sans précédent. Mais il y a des crises dans la crise. Notre pays, lui, fait exception dans cette crise mondiale. Non pas positivement comme certains pays qui sont relativement épargnés par la pandémie. Mais négativement. Et pour cause, au lieu de faire face à une seule épidémie, nous, nous sommes confrontés à plusieurs maladies. Dont celle qui a fait notre triste célébrité il y a quelques années.

Le ministre de la Santé est en temps d’épidémie ce que le ministre de la Défense est en temps de guerre. C’est même plus que cela. Car dans une guerre l’ennemi est visible. Dans le cas présent, il est invisible. J’allais dire qu’ils sont invisibles dans la mesure où, contrairement à ce qui se passe sous d’autres cieux, et comme je l’ai déjà dit, nous nous faisons face à plusieurs épidémies dont deux parmi les plus redoutables au monde.

Tu conviendras avec moi qu’être à ma place à cette période, n’est ni souhaitable ni enviable. Même si, je dois le reconnaitre, j’ai aussi mouillé le maillot pour être maintenu à mon poste. Bien malgré tout, si je savais que l’autre épidémie reviendrait s’ajouter à celle qui secoue le monde, je pense que n’aurais pas autant mouillé le maillot pour le premier mandat de la quatrième République que les autres qualifient de troisième mandat. Mais laisse-moi t’épargner de la politique. L’heure n’est pas à la politique.

En tant que soldat je dois me battre. D’autant que dans un monde où tous mes collègues sont sur la ligne de front, je suis le seul, en même temps, qui fait face à deux fronts. Je pense que ce n’est certes pas enviable mais c’est quelque chose qui restera dans les annales de l’histoire. Si toutefois je parviens à me tirer d’affaires. Et c’est là justement l’objet de ma lettre.

Cher ami, c’est à un moment où j’ai plus que jamais besoin du soutien des miens que ces derniers me mettent des bâtons dans les roues. Le mot n’est pas fort. Ils sabotent mes actions sur le terrain. Sinon comment peut-on expliquer que, dans le contexte que nous traversons, un centre de traitement fasse l’objet d’attaque ? Comment peut-on imaginer une seule seconde qu’après ce qui s’était passé chez nous il y a quelques années, que les gens n’aient pas tiré les leçons de ce drame qui nous suit encore comme notre ombre ?

Pour toutes ces raisons, je souhaite que tu t’impliques contre l’attitude et le comportement des nôtres afin qu’ils ne récidivent pas. Il faut qu’ils sachent que le pays et le monde entière nous observent. Qu’ils comprennent que nous n’avons pas droit à l’erreur. Que nous ne devons pas nous livrer au monde pieds et mains liés.

Encore une fois, tu conviendras avec moi que le drame dans lequel des innocents avaient péri est encore dans la mémoire collective. Je t’informe que les fonctionnaires et autres missionnaires ne se bousculent pas à la porte de mon département pour se rendre dans cette région. Parce que personne ne veut être la prochaine victime. Malheureusement, les nôtres donnent l’impression de prêter le flanc à ceux qui veulent les stigmatiser. Sinon les centres de traitement devaient être surveillés et protégés par eux-mêmes.

C’est justement à cette tâche que je souhaite ardemment que tu t’allèles désormais. Celle de sensibiliser les nôtres afin qu’ils changement de comportement. Pour que, plus jamais, ce qui s’était passé là-bas ne se reproduisent. Il y va de leur image. Mais aussi de leur intégration dans notre pays. Mais au-delà de note pays il y va de notre intégration dans le désormais petit village planétaire.

J’ai commencé par te dire que je suis en guerre. Je souhaite que cette guerre soit dirigée contre les épidémies qui menacent notre existence sur terre. Et non contre les nôtres. Même si, il est évident, que si la carotte s’avère inefficace et contreproductive, je serai obligé d’user du bâton. Ta mission consiste à ne pas en arriver là. Dis-moi tout ce dont tu as besoin pour accomplir correctement et honorablement ta mission. Mais je ne veux plus entendre parler d’attaques contre ceux qui se sacrifient pour sauver les autres.

Ton ami, le ministre en guerre.

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47.

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure ressemblance.

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Guineematin