Pendant que les uns pleurent les leurs, les autres font de la surenchère avec leur douleur. Le décès du père de l’ancien député de la circonscription uninominale de Labé a fait l’objet d’un véritable chantage. Avec d’un côté le ministère de la justice qui publie un communiqué dans lequel il se veut humaniste et soucieux du respect des droits du prisonnier politique qui est Cellou Baldé.

De l’autre, le gouverneur de la région qui met en garde les autorités. Leur disant que la présence de l’ancien député dans la cité de Karamoko Alpha est susceptible de provoquer des troubles. Reconnaissant de facto la popularité de l’homme et ce malgré qu’on veille nous faire croire que son parti ne représente plus grand-chose sur le terrain.

Or peu importait que le prisonnier politique obtienne une liberté provisoire pour assister aux obsèques de son père ou pas. S’il l’avait obtenu il y aurait eu deux poids deux mesures entre lui et certains de compagnons d’infortune. Et avec leur rétropédalage, les autorités ont poussé le cynisme à son comble. A la souffrance physique infligée à un homme elles ont ajouté une souffrance psychologique.

Le cas Cellou Baldé avait une similitude avec celui du capitaine Moussa Dadis Camara. A la seule différence que ce dernier, lui, avait été autorisé à venir à N’Zérékoré pour assister à l’inhumation de sa mère. Aujourd’hui on nous dit qu’un ancien député a plus de poids et que sa présence représente plus de menace que celle d’un ancien chef d’Etat. Fût-il un putschiste. Véritablement, nous sommes face à un véritable drame. Une mère ou un père, malade et agonisant, réclamant en vain à voir son fils jusqu’au dernier souffle. Peu avant la disparition du père de Baldé, d’autres cas ont ému l’opinion. Par exemple celui du père de notre collègue Nouhou Baldé décédé sans avoir vu son fils détenu à la maison centrale.

Ayant perdu un de ses fils, qui était un pilier de la famille, le vieil homme apprend dans la mort dans l’âme l’arrestation d’un autre de ses fils. En l’occurrence l’imam de Wanindara, arrêté et emprisonné à la Maison centrale depuis la dernière crise post-électorale. Très éprouvé, le vieux est inconsolable. Il tombe malade. Evacué à Conakry, il réclamera à voir son fils jusqu’au dernier souffle, en vain.

Après des cas comme celui-ci, que le gouvernement guinéen envisage la libération d’un seul détenu pour lui permettre d’assister aux obsèques de son père, c’était faire le médecin après la mort. Il aurait fallu permettre au prisonnier et au malade de se voir avant la disparition du second. Après son décès que son fils voie sa dépouille mortelle ou pas cela ne change rien. Ce qui n’est pas le cas si les deux s’étaient vus avant le décès du vieux.

On nous dira que ce n’est pas en Guinée seulement où un prisonnier perd un être cher pendant qu’il est en détention. Mais c’est en Guinée seulement qu’on en fait un marchandage politique. Parce que le gouvernement, à travers son ministère de la justice, a voulu donner l’impression à l’opinion publique, tant nationale qu’internationale, qu’il est le plus respectueux des droits de ses prisonniers.

Le ministère et le gouvernorat de Labé se sont livrés à une véritable surenchère. Le premier dit je le libère s’il coopère. Le second met en garde. Devant une telle situation, Cellou Baldé devait faire preuve de dignité en renonçant à sa liberté. Comme Mandela le faisait régulièrement en déclinant les propositions de sa libération, disant que sa liberté sans celle du peuple noir n’était pas une.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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