C’est précisément au moment où un remaniement ministériel est attendu, suite à la prestation de serment d’un président réélu, que la classe politique appelle à un dialogue. Le président de l’Union des forces républicaines a donné le ton. Depuis, d’autres lui ont emboité le pas. L’appel lancé par Sidya Touré fait boule de neige.

Pour beaucoup d’observateurs, ce concert d’appel au dialogue n’est pas anodin. Du moins pour tout le monde. Si pour certains il est désintéressé pour d’autres le dialogue pourrait déboucher sur la mise en place d’un gouvernement dit de large ouverture. Dans lequel gouvernement ils seront bien évidemment membres. Même si, il faut le rappeler, celui qui a donné le ton a précisé qu’il n’est candidat à aucun poste non électif.

Dans ce dialogue que les uns et les autres appellent de tous leurs vœux, la plupart insinuent que les négociations auraient pour objectif principal la libération de prisonniers politiques. Dont ceux du principal parti de l’opposition. Les initiateurs de ce dialogue auraient donc pour souci principal la libération de ces responsables en détention. Objectif louable. En contrepartie de cette libération, celui qui continue à clamer et à proclamer sa victoire à la présidentielle du 18 octobre devrait renoncer à cette revendication.

Si le dialogue devait déboucher à deux éléments, ce sera un retour à la case départ. Un président reconnu enfin par son challenger. Et des pères de famille privés de leur liberté revenant à la maison. Dans la foulée, si le dialogue inclut un gouvernement d’ouverture, d’autres partis politiques seraient représentés dans ce nouveau gouvernement. Et le tour est joué.

On a l’impression que ceux qui appellent à un dialogue en Guinée copient la situation en Côte d’Ivoire. Dans un pays où même l’ancienne puissance coloniale presse les protagonistes à aller au dialogue. Or les contextes ivoirien et guinéen sont différents. Dans le premier pays il y a véritablement de quoi négocier. Comme la libération du numéro deux de l’opposition. Mais aussi et surtout le retour des exilés dont le plus célèbre d’entre eux : Laurent Gbagbo.

En Guinée, la situation est totalement différente. Certes il y a désormais des prisonniers politiques comme les principaux responsables de l’UFDG détenus à la maison centrale de Conakry. Certes il y a des exilés comme le capitaine Moussa Dadis Camara. Mais si le pouvoir de Conakry le veut, aucun prisonnier ne dormira demain à Coronthie. En outre, le cas Dadis est radicalement différent de celui de Gbagbo. Le premier est encore un présumé auteur de crime. Tandis que le second a été blanchi par la plus haute juridiction criminelle internationale. C’est donc un concurrent de taille de Ouattara. Ce qui n’est pas le cas de Dadis pour Condé.

Les uns et les autres doivent œuvrer afin que les prisonniers politiques puissent recouvrer la liberté. Mais le dialogue guinéen devra aller plus loin que cela. Qu’il se tienne maintenant ou plus tard, il devra prendre en compte deux facteurs importants : la constitution et le fichier électoral. Or, on voit mal un président nouvelle réélu et sur la base d’une nouvelle constitution accepter tout de suite de remettre en cause cette constitution.

Or, cela devrait être un objectif non négociable pour l’opposition. Le retour à la constitution de 2010 ou une autre pareille et la reprise de fond en comble du recensement de la population électorale. Deux exigences majeures qui constituent une pilule amère à avaler pour le pouvoir. Lequel devra obtenir de l’opposition la reconnaissance du troisième mandat qui ira jusqu’à son terme. En attendant, tout dialogue qui ne prendra pas en compte cette double dimension ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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