Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ! Cette expression viendrait d’un barbier qui aurait mis à l’entrée de son échoppe une grande pancarte proclamant : « demain on rase gratis ». Mais notre artisan, pas totalement idiot et près de ses sous, l’y laissait tous les jours.

Par conséquent, le quidam qui, le lendemain du jour où il avait vu la pancarte, venait se faire raser ou couper les cheveux et qui s’étonnait de devoir quand même payer, s’entendait répondre : « oui, mais il y a écrit que c’est demain que c’est gratuit ».

Notre « Professeur », lui, n’a pas eu besoin d’une pancarte pour nous fourguer, une fois de plus, un package de promesses mirobolantes censées sortir le pays de la gadoue de l’Alphagouvernance.

C’est vrai qu’avec toutes les fausses promesses qu’il n’a cessé de débiter depuis qu’il a posé ses valises à Sékhoutoureya, même mille pancartes ne suffiraient pas.

Il n’a pas dû chercher longtemps pour trouver son « nouveau » slogan, puisque c’était celui de son principal protagoniste lors de la campagne électorale de la présidentielle de 2015.

« Gouverner autrement », le plus logiquement du monde, est un slogan qui sied plus à quelqu’un qui ambitionne d’accéder au pouvoir pour faire une rupture, changer les choses, tourner la page du système en place afin d’améliorer la vie de ses concitoyens. Et non pas à un président qui a passé déjà plus de dix hivernages aux manettes, qui se fend d’un aveu d’échec tardif et promet malicieusement de faire un virage à 180 degrés.

Mais penser comme ça, c’est faire fi du culot extraordinaire de notre « Professeur », et de son profond mépris du Guinéen.

Dix ans, c’est presque le temps mis par Napoléon Bonaparte pour créer le baccalauréat (1808) et la Cour des comptes (1807), instaurer la banque nationale de France (1800) et les cours d’appel (1804), sans parler de bien d’autres réformes majeures qui font de lui encore aujourd’hui « le père des institutions françaises ».

Pour « Professeur » et ses affidés, une décennie c’est trop court pour que l’ancien opposant historique (devenu plutôt hystérique ces derniers temps), puisse marquer son passage au sommet de l’Etat guinéen.

Après deux quinquennats à la tête du pays, « Professeur » tord le cou à la Constitution qu’il a pourtant juré de défendre, et qui lui interdisait d’aller au-delà des deux mandats, s’octroie un troisième bail de six ans au prix de torrents d’hémoglobine, et vient, sans la moindre gêne et beaucoup d’arrogance même, lancer à la figure des Guinéens : bon voilà, on passe par pertes et profits la centaine d’opposants tués dans la répression des manifs contre le 3e mandat ; on oublie la roublardise qui a consisté à organiser un pseudo référendum pour remettre les compteurs à zéro ; on efface avec un bon coup de chiffon les scandales financiers et de tous ordres qui jalonnent mon règne ; on ferme les yeux sur le laxisme, la légèreté et la médiocrité qui ont caractérisé ma gestion de l’Etat et des hommes, et je vous promets que rien ne sera plus comme avant ! Parole de « Professeur ».

Nous voilà à nouveau ainsi embarqués dans un navire qui coule par le haut, avec comme capitaine, un « Professeur » farceur qui trouve que les Guinéens ressemblent étrangement à des dindons.

Gouverner, dit-on, c’est prévoir. Mais en l’occurrence c’est également vieillir. « Professeur » ne rate jamais une occasion de faire quelques tours dans Kaloum à marche forcée, question de montrer qu’il ne fait pas ses 80 piges et plus.

Il court les rues donc, mais, ô rage, ô vieillesse ennemie, avec le temps, même si la foulée ne semble pas plus lourde, les motifs d’inquiétude se situent ailleurs qu’au niveau de l’appareil locomoteur : ses aptitudes à diriger un État.

Après deux quinquennats et quelques mois, « Professeur » devrait normalement se rendre compte que les effets d’annonce n’accrochent plus. S’extraire de sa bulle pour constater que le moral, les poches et le panier des Guinéens et des Guinéennes sont désespérément en berne.

Que nenni ! Il embastille à tour de bras opposants et activistes hostiles à son mandat de trop, et prend tout son temps pour (re)mettre sur pied, laborieusement, ce que d’aucuns appellent déjà un cirque gouvernemental.

Pendant ce temps, surtout à Conakry mais aussi dans l’arrière-pays, sur les chantiers désorganisés qui empêchent les usagers de la route de distinguer ce qui est neuf mais déjà détérioré, de ce qui n’a pas encore été changé ou reconstruit, on nous impose des supplices BTPesques qui traînent en longueur, en attendant de voir se concrétiser enfin certaines promesses du « Professeur » : comme par exemple l’autoroute Conakry – Bamako…

Par N’Gara BA

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