Depuis quelques années, le Centre Islamique de Formation et de Documentation (CIFOD) met en œuvre un programme de formation intitulé « Apprendre à lire le Coran en trois mois ». Un programme qui cible principalement les adultes intellectuels n’ayant pas eu la chance d’apprendre à lire correctement le livre saint des musulmans à bas âge.

Pour en parler, la rédaction de Guineematin.com a reçu Nassirou Diallo, le coordinateur de la structure. Notre entretien a porté entre autres, sur le déroulement de ce programme.

Décryptage !

Guineematin.com : parlez-nous de votre programme intitulé « Apprendre à lire le Coran en trois mois ? »

Nassirou Diallo : c’est une opportunité qui, je peux dire sans risque de me tromper, est une première en Guinée et qui est à la portée des musulmans. Les cours sont dispensés en français. Ce qui veut dire que toutes les communautés peuvent participer à cet apprentissage. Jusque-là, il y avait des centres d’apprentissage du Coran, mais le plus souvent c’est en langues nationales, donc à la portée d’une seule communauté. Donc c’est ce besoin qu’on est venu combler.

Guinneematin.com : quand vous dites que les cours sont dispensés en français, est-ce que c’est le Coran lui-même que vous enseignez en français ou bien c’est juste la communication qui se fait en français et la lecture du Coran en arabe.

Nassirou Diallo : c’est juste la communication que nous faisons en français pour permettre à nos auditeurs de bien comprendre nos cours.

Guineematin.com : en quoi ce programme est important pour les musulmans ?

Nassirou Diallo : d’abord, il faut noter qu’aucun acte d’adoration ne peut avoir de la valeur pour un musulman sans le noble Coran. Lorsque nous prenons les 5 piliers de l’islam par exemple, le premier c’est l’attestation de l’unicité de Dieu et la prophétie de Mohamed (PSL). Une fois que le nouveau converti atteste que Dieu est un et que Mohamed est son envoyé, la première des choses qu’il doit faire c’est de chercher à connaitre Dieu dont il a attesté l’existence. Et il n’y a pas une meilleure manière de connaitre Dieu qu’à travers ce que lui-même il nous enseigne sur lui. C’est le Coran qui est sa parole. Donc connaitre Dieu et son Prophète, ça passe par le Coran. Le Coran c’est la parole de Dieu qui a été révélée par le prophète Mohamed et dont on a l’assurance qu’elle n’a subi aucune altération.

C’est sa forme originale que nous détenons avec nous jusque-là. Quant au Prophète Mohamed (PSL), lorsqu’on demanda à son épouse quel était le comportement du Prophète, elle répondit que c’est le Coran. Donc, connaitre Dieu et le Prophète c’est le Coran. Ensuite, quand nous prenons la Salat (la prière), qui est le 2ème pilier de l’islam, la prière ne peut se faire sans le Coran. Chaque unité de prière c’est la Fatiha plus un extrait du Coran. Là, il faut noter que beaucoup de musulmans se limitent à mémoriser un certain nombre de sourates juste pour la prière sans pouvoir déchiffrer les versets. Ce deuxième pilier de l’islam est profondément lié à la lecture du Coran.

Quand nous prenons la Zakat, elle est instituée par Dieu dans le Coran. Plusieurs versets du Coran commencent par dire : accomplissez la prière et acquittez-vous de la zakat. Et c’est le Coran qui précise quels sont les bénéficiaires de la zakat. Ce pilier aussi est très bien lié au Coran. Quand nous prenons le mois de Ramadan qui est le 4ème pilier de l’islam, vous constatez vous-mêmes l’atmosphère qui prévaut pendant le mois de Ramadan. C’est un mois où le Coran est encore de plus à l’honneur. Les adorations, c’est d’abord la prière, et la prière c’est le Coran. Les invocations, c’est aussi le Coran. Quand nous prenons les dix derniers jours du mois de Ramadan, on cherche partout des jeunes qui mémorisent le Coran pour faire la lecture dans les mosquées. Donc ce grand pilier de l’islam aussi est lié au Coran.

Quand vous prenez le pèlerinage qui est le 5ème pilier de l’islam, il est conformément lié au Coran aussi. Quand on va à la Mecque, la meilleure manière de se rapprocher de Dieu à travers les invocations c’est le Coran. Une fois de plus, aucun acte d’adoration ne trouve vraiment toute sa valeur pour le musulman sans le Coran. Donc on peut dire valablement que le Coran c’est le pilier des piliers de l’islam. Le Coran c’est le texto, c’est le SMS qu’Allah, le créateur de l’univers, a adressé à chacun de nous en tant que musulmans. Il mérite qu’on lui accorde de l’attention et qu’on cherche à bien comprendre son contenu plus que tout autre message.

Et en termes de récompense, le musulman qui lit le Coran, il a dix récompenses par lettre alphabétique. Ça c’est le Prophète qui nous l’a dit. Chaque lettre alphabétique au cours de la lecture du Coran a dix récompenses. Que dire alors de quelqu’un qui lit entièrement la sourate Fatiha, ou une page du Coran ou le Coran entier. Donc c’est des récompenses énormes pour le croyant. Et on en a besoin pour cette vie et pour le jour dernier. Il faut noter aussi que le Coran sera l’intercesseur du musulman le jour du jugement dernier. Le Coran intercédera en faveur de ses compagnons du bas-monde. Le Coran viendra s’adresser à Dieu pour lui dire que celui-ci était mon compagnon fidèle dans le bas monde, il me lisait régulièrement. Je te supplie de l’épargner, de le sauver du châtiment et de l’accepter dans ton paradis.

Il faut noter ensuite que c’est un ascenseur spirituel. Ceux qui seront admis pour le Paradis dans l’au-delà, il leur sera dit : lisez et psalmodiez le Coran comme vous le faisiez dans le bas-monde et montez dans les degrés du Paradis. C’est comme un grand immeuble à étages qu’on monte par ascenseur. Chacun aura à lire ce qu’il retient du Coran et il se limitera à la limite du dernier verset qu’il connait. Ça sera sa demeure. Ça aussi c’est le Prophète Mohamed(PSL) qui nous l’enseigne. Voilà donc ce que nous pouvons dire de façon brève sur l’importance de l’apprentissage de la lecture du Coran pour le musulman.

Guineematin.com : le Coran est assez vaste. Comment est-ce qu’on peut apprendre à le lire en seulement trois mois ?

Nassirou Diallo : le Coran est révélé dans la langue arabe, il faut connaitre donc les basiques de la langue arabe pour bien le lire. Comme toute autre langue, il faut connaitre l’alphabet ainsi que les voyelles, les éléments grammaticaux de base pour pouvoir déchiffrer toute écriture dans cette langue. Au bout de trois mois, nous apprenons aux disciples à connaître les 28 lettres de l’alphabet arabe, puis à connaître les voyelles qui permettent de faciliter la lecture des consonnes. Ensuite, nous leur donnons ce qu’on appelle les liaisons entre les lettres alphabétiques, forme séparée, pour constituer un mot.

A l’occasion de cette liaison, certaines lettres peuvent changer de forme. On avertit les disciples sur tous ces changements qui peuvent arriver à cause de ces liaisons-là. Ensuite nous leur apprenons le doublement des consonnes, le doublement des voyelles, ou les voyelles longues qui permettent de tirer dans la lecture. Nous leur apprenons l’article défini aussi. Donc nous les avertissons sur ces éléments très basiques. Et au bout de trois mois, vous serez étonné de constater que l’intéressé arrive à déchiffrer les versets du Coran. Parce que ce n’est rien d’autre que l’enchaînement des lettres alphabétiques accompagnées des voyelles longues et des voyelles double. Avec ça seulement, l’intéressé a l’initiation qu’il faut pour pouvoir ouvrir le Coran au hasard et déchiffrer les versets du Coran.

Guineematin.com : quel est le public cible de ce programme ?

Nassirou Diallo : le public cible de ce programme, ce sont les intellectuels adultes. Parce qu’on a vu que c’est dans ce domaine qui avaient un grand trou jusque-là. Ces intellectuels qui ont consacré l’essentiel de leur vie à l’apprentissage académique sont là dans le besoin de saisir une seconde chance pour pouvoir apprendre à lire le Coran. C’est ce vide qu’on a identifié et qu’on cherche à solutionner. On peut parler de quelques différentes catégories qui sont concernées par l’apprentissage de la lecture du Coran, notamment les nouveaux convertis à l’islam qui ne connaissent rien dans le Coran. Ils sont en besoin de pouvoir apprendre à lire le Coran.

Ensuite, il y a des gens de culture musulmane qui lisent le Coran mais qui ne savent pas prononcer correctement toutes les lettres et ne savent pas respecter tous les principes de la lecture. Ils utilisent l’accent « Warss » mais en omettant le « Tadjwid ». Je précise que l’accent « Warss » est bien authentique tout comme l’accent « Hafss ». Mais il faut l’utiliser avec le « Tadjwid », qui est une science qui s’occupe spécialement de l’étude
de la lecture correcte du Coran en redonnant à chaque lettre son
droit d’être prononcé correctement, en respectant toutes les règles
qu’il faut pour une bonne lecture.

Donc, il faut prendre le « Tadjwid » comme une nouvelle technologie que l’intéressé doit intégrer dans son système. Parce que c’est ça la lecture correcte du Coran à l’unanimité de tous les savants musulmans. Il y a aussi la catégorie de ceux qui ont une certaine base. Mais ils n’ont pas continué et ils veulent s’améliorer. Eux aussi, ils peuvent venir vers nous, on va identifier le niveau où ils sont et voire lequel des niveaux va leur convenir mieux pour leur amélioration.

Guineematin.com : la formation est payante. Parlez-nous des coûts.

Nassirou Diallo : à ce niveau, nous sollicitons auprès de ceux qui sont intéressés à notre programme, de participer financièrement à la hauteur de 35 mille francs guinéens comme frais d’inscription et 75 mille francs guinéens la mensualité pour le niveau débutant. Ça, c’est pour nous permettre d’être autonomes. Parce qu’il faut noter que nous ne sommes pas subventionnés par l’Etat ou par les organismes internationaux. Nous évoluons avec nos propres moyens. Donc, si nous avons cette assistance de la part de nos disciples, ça va nous permettre d’être autonomes, pour faire face aux différentes dépenses que nous devons faire.

Guineematin.com : vous avez clôturé récemment la 8ème édition de ce programme et vous comptez lancer la 9ème édition en janvier prochain, quels les centres dans les cours les cours vont se dérouler ?

Nassirou Diallo : cette 9ème édition sera lancée les 4 et le 5 janvier 2020. Le programme c’est le samedi ou dimanche. Ceux qui sont disponibles les samedis de 15 heures à 18 heures, on les inscrit dans un centre prévu à cet effet. Ceux qui sont disponibles les dimanches, on les inscrits dans un centre de dimanche matin 10 heures à 13 heures. Ceux qui sont disponibles les dimanches soirs de 15 heures à 18 heures, on les inscrit dans un de nos centres prévu aussi pour cette tranche. Les cours de 15h-18h se déroulent au groupe scolaire Victor Hugo de Matoto et à Billy Université de l’aéroport. Les cours de dimanche 10h-13h, on les fait à la Source de la Minière, le groupe scolaire Hadja Fanta Fofana de Sankoumbaya de Kissosso, le
groupe scolaire Abdoul Mazid Diaby de Yembéya Kiroti.

Ensuite, les cours de dimanche 15h-18h se tiennent à l’Université Mahatma Gandhi de Lambanyi, Koumandjan Keïta de Coléah, le groupe scolaire Bella Ecole de Kipé, le groupe scolaire la Tourterelle, qui est ouvert nouvellement à Lansanayah barrage, le groupe scolaire Solokouré de la Cimenterie, la California School qui est à la T6 et le groupe scolaire Badroudine Al-Islami de Bambéto.

Ces centres-là, sont ouverts les dimanches de 15 heures à 18 heures. Nous démarrons le programme les 4 et 5 janvier prochains.

Pour ceux qui veulent nous contacter, ils peuvent appeler les numéros suivants : 620 50 89 99 ; 657 98 56 59.

Entretien réalisé par Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 589 527/654 416 922

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