Pr Hassan Bah, médecin légiste

Ces dernières années, la Guinée connait un très grand nombre de cas de viols, notamment sur les mineures. Les chiffres fournis par les spécialistes font froid dans le dos. De très nombreux cas sont aujourd’hui jugés dans les tribunaux criminels du pays avec quelques fois de lourdes peines infligées aux violeurs. Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com ce vendredi, 21 février 2020, Professeur Hassane Bah, médecin légiste, chef du service de médecine légale du CHU Ignace Deen, est revenu sur ce phénomène. Selon lui, sur une consultation moyenne de 25 malades par jour, au moins 8 à 10 sont des filles violées.

Guineematin.com: professeur, est-ce qu’on peut connaître le bilan des cas de viols que vous avez enregistrés dans votre service courant l’année 2019 ?

Professeur Hassane Bah : ce que je peux vous dire, nous avons une moyenne de consultations journalières de 25 à 30 malades en victimologie, des personnes qui ont été frappées où violées, et qui ont décidé de porter plainte. Donc, sur une consultation moyenne de 25 malades, nous avons au moins 8 à 10 personnes violées par jour. Donc, nous avons en moyenne 8 à 10 filles qui sont violées par jour. Donc, vous pouvez vous même faire le calcul. Il y a quelques années, les agressions sexuelles représentaient 20% de nos consultations. Aujourd’hui, les agressions sexuelles, y compris le viol, représentent plus de 35% de nos consultations.

Guineematin.com: quelle est la tranche d’âge de ces victimes ?

Professeur Hassane Bah : la plupart de ces filles sont malheureusement aujourd’hui des filles pré-pubères, qui ont un âge inférieur à 12 ans. Nous avons, dans 30% de ces viols, les filles ont un âge compris entre 8 à 12 ans.

Guineematin.com: de façon exceptionnelle, est-ce que vous recevez dans vos locaux des personnes très âgées qui sont victimes de viols ?

Professeur Hassane Bah : oui, mais c’est très rare. Les personnes âgées victimes de violences sexuelles sont très rares. Malheureusement aujourd’hui, ce sont les filles mineures qui sont beaucoup plus victimes de violences sexuelles.

Guineematin.com: quels sont les risques et les séquelles qu’une fille violée encoure et quelles pistes de solutions peut-on mettre en place pour la soulager ?

Professeur Hassane Bah : comme je vous ai dit, la plupart des filles violées sont des filles qui ont un âge inférieur à 12 ans. Donc, c’est des filles pré-pubères. Les conséquences sont d’abord anatomiques parce que ces filles présentent des déchirures vaginales et quelques fois même des perforations. Donc, sur le plan anatomique, il y a des lésions que ces filles là gardent. Mais, le plus important aussi ce sont les conséquences psychologiques. Parce qu’imaginez une jeune fille de 8 à 10 ans, violée par une personne âgée, cela représente quelques chose de très important sur le plan psychologique. Donc, le fait que cette fille soit agressée par une personne qu’elle ne connait pas peut avoir des répercussions psychologiques. Récemment, on a eu une jeune fille adolescente de 12 ans qui s’est suicidée par pendaison. C’est très rare de voir le suicide d’un enfant de 12 ans. Mais la raison est que l’enfant était violée de façon récurrente par son père. Donc, c’est pour vous dire que ces enfants nécessitent, en plus des soins médicaux, une prise en charge psychologique. Pour ce qui est des séquelles, elles peuvent être des lésions anatomiques. Elles peuvent être la déchirure vaginale, la perforation du vagin avec des fissures recto-vaginales. Ça, c’est des lésions anatomiques qu’on rencontre souvent et ces lésions nécessitent des réparations chirurgicales. Maintenant, ces lésions anatomiques peuvent avoir des conséquences sur la santé de la reproduction. Donc, ces filles auront, généralement, à la longue des problèmes liés à l’accouchement. Parce qu’il y a déjà des cicatrices et il y a des lésions qui peuvent compromettre et qui constituent un risque pour un accouchement normal.

Guineematin.com: lorsqu’une fille est violée par une personne atteinte du VIH/SIDA, est-ce qu’elle a la chance d’être sauvée ?

Professeur Hassane Bah : oui, parce que de plus en plus maintenant, comme on a compris qu’il y a un risque de transmission de VIH à la suite d’un viol non protégé, on met les filles qui présentent ce risque là, notamment les filles victimes de viols collectifs, un traitement préventif contre le VIH/SIDA. Donc, elles sont soumises à un traitement à base antirétrovirale selon un programme qui est disponible au niveau du Comité Nationale de Lutte contre le VIH/SIDA.

Guineematin.com: quelle est la période qu’il faut observer pour qu’une défloration vaginale soit qualifiée d’ancienne ?

Professeur Hassane Bah : la défloration, pour qu’elle soit ancienne, à partir du 8ème jour, ça devient déjà ancienne. Parce que ça cicatrise vite. Nous, on défini ça par rapport à la nature de la cicatrice. Si plus vite elle est cicatrisée, plus on considère qu’elle est ancienne.

Guineematin.com: généralement, dans les procès liés aux crimes de viols, les rapports médicaux légaux que vous délivrez sont le plus souvent remis en causes par certains avocats. Qu’en dites-vous?

Professeur Hassane Bah : mais c’est normal, il est dans son rôle. Un avocat dont le contenu du rapport ne favorise pas son client, il va contester. Il est dans son rôle. C’est tout à fait normal. Mais, ce qu’il faut dire, vous pouvez ne pas être d’accord, et il appartient au juge de commanditer une contre-expertise. Si on n’est pas d’accord sur un rapport délivré par le médecin légiste, on peut ordonner une contre expertise. La loi le dit ainsi. Sinon, c’est tout à fait normal. Mais le problème de l’interprétation de ce rapport est un réel problème. C’est un handicap. Parce que si tu ne comprends pas le rapport, ça devient du Chinois. Mais ce qu’il y a, nous, on est en train de former et les magistrats et les officiers de la police judiciaire sur l’interprétation de ce rapport.

Guineematin.com: avez-vous un dernier mot ?

Professeur Hassane Bah : je pense que c’est important aujourd’hui de comprendre que le phénomène de violences sexuelles dans notre pays est un réel problème de santé publique. Donc, nous devons tous nous impliquer, chacun dans son domaine, pour réduire de façon drastique la recrudescence de ces violences sexuelles. Parce que c’est un fléau et on se pose la question pourquoi ? Et là, j’interpelle les magistrats pour qu’ils rendent de bonnes décisions de justice. Il y a des dispositions dans le code pénal guinéen qui disent que le viol est considéré comme un crime. Donc, un auteur de violence sexuelle qualifiée de crime doit être condamné à la hauteur de sa forfaiture.

Interview réalisée par Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel: 620 589 527/ 654 416 922

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