Amadou Damaro Camara, président de l’Assemblée nationale

Dissoudre l’Assemblée nationale guinéenne, c’est la solution que préconisent certains pour décrisper la situation politique, au lendemain de la réélection contestée du président Alpha Condé à un troisième mandat. Depuis plusieurs jours, le sujet suscite un grand débat au sein de la classe politique et de la société civile. Mais que pensent les citoyens de cette proposition ? Un reporter de Guineematin.com a posé la question à quelques habitants de Conakry, ce mardi 24 novembre 2020.

Décryptage :

Abdoulaye Noba, maçon : moi, je souhaite la dissolution de l’Assemblée nationale pour que l’UFDG, l’UFR et tous les autres partis qui ne sont pas représentés soient représentés à l’Assemblée nationale. Je pense que si les autres partis ne sont pas représentés là-bas, ce n’est pas bien pour le pays. S’ils sont à l’Assemblée, ça va apporter un peu de changement dans la gestion du pays et le maintien de la quiétude sociale.

Almamy Daouda Condé : dissoudre l’Assemblée Nationale et refaire d’autres élections législatives va augmenter la frustration. Parce que ceux qui sont à l’Assemblée nationale sont aussi des Guinéens. On te dit de venir faire les élections législatives, tu refuses. Tu attends qu’on termine ces élections et tu reviens plusieurs mois après pour parler de dissolution de cette Assemblée, à cause de qui ? Qui est supérieur à qui en Guinée ? Il n’y a pas un parti qui est supérieur aux autres partis.

Et puis, si toutefois on dissout cette Assemblée nationale, l’argent qui a été financé pour organiser les élections, qui va le rembourser ? Parce que ce ne sont pas les Blancs qui ont donné cet argent. C’est Alpha Condé qui a serré la ceinture avec les Guinéens pour économiser et faire les élections. Si on arrive donc à dissoudre cette Assemblée, qui va financer les prochaines élections ? Et en vertus de quoi on va dissoudre l’Assemblée ? A cause d’un parti politique ? Je suis contre cette idée. Si quelqu’un touche à notre Assemblée, il va nous toucher.

Amadou Kourouma, enseignant : c’est encore une autre déception. Ce n’est pas à la fin mais c’est au début qu’on construit la paix. Ce sont les premiers actes qui construisent la paix. Mais, je crois qu’il est impossible de construire la paix après qu’il y ait eu des tueries, qu’on ait perdu des quarantaines d’âmes et surtout des jeunes. Qu’on dissolve l’Assemblée nationale ou pas, ça ne peut pas faire revenir à la vie toutes ces âmes qui ont été ôtées de manière injuste. Donc, c’est une affaire purement politique, on ne sait pas où mettre la tête.

Si l’avis du citoyen guinéen comptait, on allait dire de reprendre tout. Même la présidentielle, puis après les législatives. Mais nous sommes maintenant au beau milieu de la mer dans un bateau qui coule. L’avis du citoyen n’a jamais compté. C’est seulement une déception. Moi, je demande juste aux citoyens de se ressaisir, mener bien le combat, d’éviter surtout la violence. Après tout, la Guinée demeure. On peut tout tolérer sauf la perte d’une nation.

Ibrahima Kann, commerçant : pour moi, c’est une diversion. L’Assemblée nationale ne peut pas résoudre tous les problèmes de ce pays actuellement. Il y a un problème de constitution, il y a un problème d’institution, de la responsabilité des institutions dans le cheminement du pays. Le problème de la Guinée, c’est un problème d’institutions. Le président a fait deux mandats et il continue de faire un troisième mandat dans l’illégalité totale. Donc, dissoudre l’Assemblée et revenir à des élections avec la même CENI, avec ses mêmes problèmes, on va retomber toujours dans les mêmes habitudes et on aura une Assemblée nationale commandée par le RPG qui ne reflète pas la réalité de l’électorat guinéen.

Moi, ce que je propose, c’est qu’on fasse une transition d’un an et qu’on remette le pouvoir aux civils comme ça se fait un peu partout. Parce qu’en Guinée, ces derniers temps, on a fait des élections qui ne reflètent pas les réalités. L’élection du 18 octobre, tout le monde sait qui a gagné. Mais on n’a pas pu donner les bons résultats. Les institutions n’ont pas pu jouer leur rôle. Quand vous prenez la Cour constitutionnelle, elle n’a fait que bâcler le travail. Elle a rejeté tous les recours. Donc, l’Assemblée nationale ne peut pas tout résoudre en Guinée. Il faut que ce président qui a fait deux mandats quitte le pouvoir. C’est ça qui peut résoudre le problème guinéen.

Souleymane Bah : vous savez, en Guinée, il n’y a rien qui tourne à la normale actuellement. Que ce soit l’Assemblée ou la présidence ou les institutions, il n’y a que de la pagaille. Si nous savons que même si on dissout cette Assemblée nationale pour aller à de nouvelles élections il y aura des contestations après, ce n’est pas la peine qu’on y aille. Parce que c’est gaspiller notre contribuable, c’est gaspiller notre argent. En tout cas, personnellement, je n’apprécie pas d’aller à des élections actuellement en Guinée, parce qu’on ne donne pas les vrais résultats issus des urnes. Et même si tous les autres partis politiques partaient à l’Assemblée nationale aujourd’hui, ça ne va rien apporter. Parce que celui qui est à la tête est mauvais. Si la tête n’est pas bonne, le reste devient mauvais.

Propos recueillis par Mohamed DORE pour Guineematin.com

Tel: +224 622 07 93 59

 

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