L’année 2020 s’annonçait des plus agitées. Elle aura tenu toutes ses promesses. Notamment dans le combat politique. Dès octobre 2019, le front de refus contre le troisième mandat avait entamé la résistance. Celle-ci aura été fatale à beaucoup de militants de l’opposition. Mais aussi à nos libertés individuelles.

Répression contre les uns et ruses contre les autres

La militarisation de l’axe Hamdallaye-Kagbelen, la répression sévère dans les zones favorables à l’opposition et la division des Guinéens auront finalement raison de la résistance. Ce qui permettra au pouvoir d’’organiser ses élections législatives couplées avec le référendum constitutionnel le 22 mars 2020. Avec des candidats dont la plupart étaient taillés sur mesure, le parti au pouvoir obtiendra un score à la soviétique.

Sans surprise, la constitution de mai 2010, malgré les précautions prises par ses rédacteurs, sera balayée d’un revers de la main et remplacée par une autre moins contraignante pour les adeptes de pouvoir à vie. Dans la foulée, un évènement inédit s’est produit sous le ciel de la Guinée. Entre la constitution soumise au référendum et celle qui a été promulguée par celui-là même à qui elle profite, il y a un décalage. Ceux qui estiment s’être engagés dans le projet à cause de certaines innovations dont la création d’un poste de vice-président ou encore la candidature indépendante à l’élection présidentielle, n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Le grand boulanger a fini par rouler tout le monde dans la farine. Celui-ci n’en a cure des lamentations de certains juristes et autres membres de la société civile. Pour lui, c’est la fin qui a justifié les moyens. La fin, c’était le troisième mandat. Pour lequel il aura finalement remué terre et ciel. Pour y parvenir, des cadavres ont jonché nos rues. Des citoyens, regroupés pour l’enterrement de victimes de la répression consécutive à la même crise, sont pour la première fois gazés dans un cimetière à Bambéto.

D’autres faits tout aussi abracadabrants : une ambulance, transportant des corps, est prise à partie par les forces de l’ordre dans le fief de l’opposition, à Labé. Bilan, le chauffeur est mortellement atteint. D’autres faits non moins graves ont été commis aussi bien à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Un bémol tout de même, les manifestations sociales sont plus tolérées que les manifestations politiques. Surtout lorsqu’elles se déroulent cette fois dans le fief du pouvoir. A titre d’exemple, les revendications pour la fourniture du courant électrique à Kankan ont été gérées dans les règles de l’art par les agents des forces de sécurité.

Le choix cornélien de l’opposition

L’opposition, ou ce qui en restait, était devant un dilemme cornélien pour sa participation à l’élection présidentielle de 2020. Sans doute tirant les le leçons du boycott des élections législatives, qui a permis à des formations politiques peu représentatives d’obtenir des élus et surtout l’élection dans toutes les circonscriptions électorales favorables à l’opposition de députés du parti au pouvoir, le principal parti de l’opposition décidera d’aller à la présidentielle. Tout en embellissant cette participation par une consultation de la base.

Cette décision changera la donne. Obligeant le sortant à sortir de son confortable palais pour battre campagne à l’intérieur du pays. Une nouvelle fois, cette élection confirmera la bipolarisation de lutte politique. Avec d’un côté le parti au pouvoir renforcé par la fusion avec certains partis politiques et la démission d’autres. Isolée, l’UFDG tiendra tête au tout-puissant parti au pouvoir. Au point de revendiquer sa victoire dès le premier tour. Une auto proclamation qui fera rêver ses militants pendant quelques heures. Avant que le pouvoir ne sonne la fin de la récréation.

Cellou Dalein Diallo a montré qu’il est exactement au pouvoir d’Alpha Condé ce que ce dernier fut pour celui du président Lansana Conté. Ou même plus déterminé et plus coriace. Alpha Condé avait déclaré, peu avant la dernière présidentielle, qu’un opposant va s’autoproclamer vainqueur de cette élection pour ensuite aller se réfugier dans une ambassade. Cellou s’est autoproclamé mais est resté chez lui. Prouvant ainsi toute sa témérité. Bien malgré tout si Cellou est relativement intouchable, ce n’est pas le cas de ses lieutenants dont les principaux méditent actuellement à la prison civile de Conakry.

Quelques héros de la résistance contre le troisième mandat

Avec le référendum constitutionnel, la présidentielle remportée haut la main par le sortant, on peut dire que la résistance contre le troisième mandat a échoué. Et pourtant, cette lutte aura été à plusieurs égards un succès. Tout d’abord, elle aura permis de faire le tri entre les partisans et adversaires de la démocratie. Aussi bien au sein de la classe politique qu’au sein des acteurs de la société civile. Dans les deux entités, des critères subjectifs et totalement irrationnels ont été pris en compte en lieu et place de l’intérêt national.

Si, au sein de la classe politique, Cellou s’est montré une nouvelle fois, comme l’opposant incontesté et incontestable au pouvoir auquel il fait face depuis 10 ans, en revanche, au sein de la société civile, ils sont nombreux ceux qui ont ouvertement combattu le projet de pouvoir à vie. A leur risque et péril, ils ont fait preuve d’une intransigeance à toute épreuve. Ces hommes, épuisés par l’épreuve de force, dont certains ont séjourné en prison d’autres y sont encore, ont fait don de soi pour sauver la démocratie.

Dans un système où la corruption et l’achat de conscience sont monnaie courante, il est inutile de dire que ces messieurs ont décliné les offres tout aussi juteuses qu’alléchantes d’argent et de poste de responsabilité. Ils ont résisté aux pressions familiales, communautaires et religieuses. Ces Guinéens, qui se sont distingués, méritent notre respect et considération.

Ces compatriotes ont pour nom : Abdourahmane Sano, Sékou Koundouno, Ibrahima Diallo, Oumar Sylla connu sous le nom de Foniké Mangué, Abdoulaye Oumou Sow, sans oublier les avocats qui ont préféré défendre ceux qui défendent le peuple. Comme Me Mohamed Traoré, Me Thierno Souleymane Baldé, Salifou Béavogui, Me Alsény Aïssata Diallo, Me Thierno Souleymane Barry, Me Hamidou Barry. La liste est loin d’être exhaustive. Il y a aussi les martyrs comme Roger Bamba et bien d’autres dont l’histoire retiendra qu’ils sont morts pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit dans notre pays. Face à eux, les prédateurs de la démocratie et de l’état de droit qui ont préféré des postes ou/et l’argent contre nos institutions et nos Lois. Ils sont et resteront à jamais du mouvais côté de la douloureuse histoire de notre cher pays.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Téléphone : 664 27 27 47

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