des sympathisants du président au stade de Pita

18 pour cent de l’électorat face à 43 pour cent ! C’était l’équation du deuxième tour de l’élection présidentiel de 2010 à une seule inconnue : qui de Mamadou Cellou Dalein Diallo (43 pour cent) ou de Alpha Condé (18 pour cent) sera président de la Guinée après le CNDD… Et, si on ajoute à ce jeu les coalitions qui se sont formées, on verrait encore l’écart plus grand entre les deux prétendants, puisque le troisième (15 pour cent) s’est rallié au premier, laissant le deuxième avec quelques voix seulement plus les zéros virgules, comme aimaient à le dire certains !

Seulement, en politique, il fallait surtout compter avec la personnalité des leaders ! Les jambes de Cellou Dalein Diallo se sont vite montées chétives face au renard politique, Alpha Condé, qui freinait chaque fois qu’un virage lui a semblé périlleux et accélérait tant que le jeu lui était favorable ; qui faisait exactement ce qu’un politicien était sensé faire. Et, même au lendemain de sa victoire, le désormais président a continué à faire danser sa musique ceux qui apprenaient le rôle d’opposants : « laissez-les aboyer… », disait le président Condé pour ne pas insulter autrement ses opposants ! Et, comme il le prédisait, « ils ont marché, marché, marché… » comme en rond, sans trop de victoires, parce que celles qui semblaient acquises ne l’étaient qu’un accord en… papier !

Aujourd’hui, c’est le chef de l’Etat qui prend l’hélicoptère présidentiel pour effectuer des tournées administratives, mais c’est en tee-shirt arc-en-ciel, chants et discours de campagne que Condé est reçu avec des déclarations dont les moins dithyrambiques alignent au moins trois superlatifs avant d’annoncer un soutien et une victoire (contre qui ?) d’Alpha Condé…

L’autre défaite des opposants à Condé : l’égocentrisme et le manque de solidarité avec les  »combattants » de tous bords !

Après avoir obtenu un éloignement du bouillant fondateur et premier vice-président de l’UFDG, la cellule de réflexion du RPG a soupçonné l’existence d’autres Bah Oury dans le pays, même si ces derniers répugneraient une telle comparaison. Mais, chaque fois qu’un Guinéen s’est montré critique, le régime a toujours indexé des poux sur le crâne rasé de ce dernier ; malheureusement, devant le mutisme de ceux qui pouvaient mieux se faire entendre… finalement, certains sont menacés, d’autres poursuivis ; qu’ils soient journalistes, politiciens ou simples citoyens.

C’est ainsi que le journaliste qui réveillait Conakry chaque jour avec ses scoops et confidences de la veille,  grâce à ses sources « basées à Sékoutouréah » a été contraint de s’exiler ! A cause de ces embêtantes révélations, Mandian Sidibé est obligé de vivre loin des siens et de son boulot…

Après Mandian Sidibé, c’est Amadou Diouldé Diallo qui s’élèvera contre les affirmations présidentielles qu’il ne trouve pas tout à fait exactes sur la réparation du palais des Nations ! «Ce n’est pas le président Alpha Condé qui a entamé les travaux de réfection du palais des Nations, mais bien le général Lansana Conté, paix à son âme ! », a tenu à préciser le journaliste Diouldé Diallo. A cause de ce seul malentendu, il sera sanctionné ; pas comme Mandian, mais sanctionné quand même ! Amadou Diouldé Diallo perdra son boulot et, évidemment, son salaire !

Et, plus récemment, ce ne sont plus des boulots et salaires qui sont visés : l’élu uninominal de Dixinn a dit apprendre la mort du président de la section motard de l’UFDG par son bourreau : « Il m’a dit que nous sommes deux visés : ils ont tué un hier soir et ils me tueront aujourd’hui ou demain », rapportait-il aux journalistes, auxquels il donnera aussi le numéro de l’appelant…

Cette semaine, c’est le célèbre reggaeman, Elie Kamano, qui a échappé à une interpellation musclée. Se refugiant dans les installations de l’UNICEF Guinée, l’artiste se fera sortir de-là par le ministre des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, Khalifa Gassama Diaby…

Demain, c’est Ousmane Diallo, élu uninominal de Gaoual qui devrait répondre de ses critiques du régime Alpha Condé devant le (tribunal ?) bureau de l’Assemblée nationale

Or, comme disait Farba (le griot), lorsqu’un chef veut régner comme il l’entend, il fait d’abord taire ceux qui crient fort ; ensuite, le reste devient pour lui comme ses femmes et son bétail : tout à son honneur et sa volonté !

Bref, à l’allure où vont les choses, avec la multiplication de ses erreurs et fautes, la frilosité de ses réactions devant les tueries des militants (plus de 50, sans aucune réaction sérieuse), avec l’évolution sans entrave des manœuvres électoralistes du régime, alors qu’il ne montre aucun signe véritable de résistance, beaucoup de ses militants disent avoir l’impression que Cellou Dalein Diallo prépare mal la suite de sa carrière d’opposant politique après ce qui s’annonce comme un cuisant échec s’il y a élections en 2015… Qui se rappelle d’ailleurs des communales et communautaires aujourd’hui ?

Nouhou Baldé

 

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