Pendant qu’il mène des campagnes à gros frais à Conakry et à l’intérieur du pays pour changer la constitution guinéenne, le régime Alpha Condé continue de persécuter, arrêter et juger ceux qui s’opposent à ce changement qui permettrait au président actuel de se maintenir à la tête du pays après son dernier mandat, en 2020.

Le procès d’une dizaine de personnes interpellées lors de la manifestation du FNDC du 14 novembre 2019, qui avait été dispersée par les forces de l’ordre, s’est ouvert hier, lundi 02 décembre devant le tribunal de première instance de Mafanco. Tous les prévenus ont plaidé non coupables, a constaté un reporter de Guineematin.com qui était sur place.

Ces prévenus sont repartis en trois catégories : le premier groupe est poursuivi pour participation délictueuse à un attroupement, coups et blessures volontaires, destruction des biens publics. Le second, pour participation délictueuse à un attroupement, dégradation de biens publics. Et un troisième groupe est accusé de participation délictueuse à un attroupement, entrave à la liberté de circulation sur la voie publique. En comparaissant devant le juge, Amadou Kindy Baldé, tous ont rejeté ces accusations, expliquant qu’ils ont été arrêtés alors qu’ils ne participaient à aucune manifestation.

Après le passage des différents prévenus à la barre, le ministère public a sollicité le renvoi du dossier au 03 décembre 2019, pour lui permettre de bien préparer ses réquisitions. « Monsieur le président (du tribunal, ndlr), le ministère public que nous représentons demande qu’il vous plaise de renvoyer ces dossiers à demain, mardi 03 décembre 2019, pour que l’on puisse bien se prononcer là-dessus, pour qu’on puisse bien faire nos réquisitions. Je vais signaler qu’il n’y a longtemps que j’ai pris ces dossiers. Celui qui devait les prendre aujourd’hui est absent. Et en plus de ça, je peux vous dire qu’à l’heure où je vous parle, les conditions de mon installation dans mes fonctions ne sont pas encore réunies. Ce qu’on est en train de faire est une affaire de justice, il faudrait réunir tous les éléments nécessaires pour mieux faire le travail », a dit le procureur.

Une demande que les avocats de la défense ont trouvée incompréhensible. Ces derniers ont demandé au tribunal de décider comme il le souhaite, mais tout de même de mettre en attendant leurs clients en liberté. « Monsieur le président, la demande du procureur ne concerne que lui, et elle ne tient pas. Nous, ça ne nous concerne pas. Nos clients non plus. Ce qu’il invoque comme raison de renvoi ne concerne ni les avocats, ni les prévenus. S’il a des problèmes internes, c’est à lui de les gérer mais ça ne pas devrait empêcher le déroulement normal du procès. Et, monsieur le procureur a activement participé aux débats, il a posé toutes ses questions. Nous, nous n’avons même pas eu l’occasion de poser des questions.

Normalement, si quelqu’un avait à demander un renvoi, c’est nous. Mais c’est le contraire qui se produit. Mais nous, de notre côté, nous sommes prêts pour les plaidoiries que ce soit maintenant ou demain. Monsieur le président, qu’on renvoie ou non, nous plaidons qu’il vous plaise de d’ordonner sur siège la mise en liberté de nos clients qui croupissent en prison depuis plusieurs jours. Comme ça, nous répondrons à vos appels à tout moment où vous aurez besoin de nous », a dit maître Alsény Aïssata Diallo, un des avocats de la défense.

Une position appuyée par maître Thierno Souleymane Barry, également avocat de la défense. « Monsieur le président, le problème de la Guinée, c’est l’injustice. Il s’agit dans ces dossiers de la liberté de pauvres citoyens arrêtés lors de manifestations autorisées. Si le procureur ne retient rien contre nos pauvres clients, qu’il nous facilite la tâche au lieu de se mettre à demander de renvoyer à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui. Monsieur le président, nous plaidons pour la mise en liberté de nos clients. Et pour cela, que ce soit maintenant ou demain, nous sommes prêts pour les plaidoiries », a-t-il renchéri.

Sur siège, le juge a ordonné la remise en liberté des détenus et renvoyé les dossiers pour les plaidoiries et réquisitions. Mais, quelques minutes après, le procureur a contesté cette décision. Et le juge est revenu sur sa première décision relative à la remise en liberté des prévenus. Ces derniers sont retournés en prison au grand dam de leurs avocats. Ils devront revenir au tribunal afin d’être situés sur leur sort.

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

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