L’organisation de la présidentielle du 18 octobre dernier n’a pas fini de livrer tous ses secrets. Des détournements de fonds qui auraient été effectués pendant ce processus électoral sont signalés dans plusieurs circonscriptions électorales du pays. C’est le cas notamment à Mamou, où les membres des commissions administratives de distribution des cartes d’électeurs disent n’avoir pas reçu même la moitié de l’argent qui leur était destiné.

Selon une source locale qui a contacté Guineematin.com, chaque agent qui a participé à cette opération devait percevoir une somme de 600 000 francs guinéens. Mais, ils n’ont reçu que 250 000 francs. Les 350 000 francs restants ont pris une destination inconnue. « Ils nous ont recrutés pour la distribution des cartes d’électeurs pour une période de 30 jours. Ce n’est que 10 jours après qu’ils nous ont donné 150 000 francs chacun. En émargeant, nous avons vu sur une autre fiche que c’est 600 000 francs qui sont prévus par personne avec tous les détails.

Une semaine après, ils nous ont donné encore 100 000 francs chacun. Ce qui fait 250 000 francs que nous avons reçus. Quand nous avons posé la question au président de la CEPI, Aboubacar Keïta, celui-ci nous a demandé de prendre ce qu’on nous a donné et de rester à l’écoute pour la suite. C’est ainsi que nous avons travaillé jusqu’à la veille des élections, avant de réclamer le reste. Monsieur Keïta a dit que l’argent est venu, mais que ses amis lui ont dit d’attendre pour le paiement. Nous avons demandé pourquoi attendre, alors que cet argent concernait la distribution des cartes d’électeurs.

Nous avons dit qu’on doit nous payer intégralement parce que cette opération est terminée. Mais, jusqu’à nos jours, nous n’avons pas été payés, et on ne sait pas pourquoi. Chaque commission de distribution est composée de 5 membres, et la commune urbaine compte 102 bureaux de vote. Parmi ces 5 membres, personne n’a reçu son argent depuis lors. Donc, si vous multipliez 350 000 francs par 5 agents et vous multipliez cela par les 102 bureaux de vote que compte la commune, vous verrez que c’est plus de 178 000 000 de francs qui sont détournés », a-t-il expliqué, sous anonymat.

Contacté par Guineematin.com, le président de la Commission Electorale Préfectorale Indépendante (CEPI) de Mamou, Aboubacar Keïta, dit ne pas être au courant de la situation. « Je n’ai aucune idée sur ça. Et puis, je ne gère pas cette situation. Je reçois le montant global et je le mets à la disposition de la CECI. En plus, personne ne leur a dit que c’est 20 000 francs par jour. Celui qui vous a dit cela a menti. On leur a dit qu’on paie par tranche de 150 000 francs. Soit un montant de 450 000 francs pour chacun. Ils ont reçu les deux tranches, et j’ai mis l’argent de la dernière tranche à la disposition de la CECI », a-t-il laissé entendre.

De son côté, le président de la Commission Electorale Communale Indépendante (CECI) donne une autre version des faits. « Ce qui est écrit, c’est ce qui a été donné aux gens. Ici à Mamou, chaque quartier a un parrain. C’est ce dernier qui est chargé de payer les gens. S’il y a quelque chose à donner, c’est au parrain qu’on remet pour aller donner aux ayants droit. Et au niveau de la trésorerie, il y a une fiche d’émargement. La note technique qu’on nous a envoyée à partir de la CENI prévoyait 250 000 francs par agent distributeur pour tout le travail. On leur a donné ce montant en deux tranches, et c’est tout », se défend le responsable de la CECI.

Dans le souci d’en savoir un peu plus sur cette affaire, Guineematin.com a également interrogé le trésorier de la CECI, Mohamed Lamine Condé. Mais, à force de multiplier les sources, les versions aussi se multiplient. Car, lui aussi donne une explication contraire à celles de ses deux prédécesseurs. « Renseignez-vous auprès des autres agents s’ils ont reçu un papier qui dit qu’ils doivent recevoir 20 000 francs par jour. En tout, c’est 300 000 francs qui étaient prévus par agent distributeur. On leur a remis 250 000 francs en deux tranches et il est resté 50 000 francs, plus le bonus que la CENI a envoyé, soit un montant de 50 000 francs.

A mon niveau, j’ai remis les deux montants aux parrains qui ont la charge de payer les agents sur le terrain, parce que vu que le nombre d’agents à payer était trop élevé, je ne pouvais pas me déplacer pour aller payer tout le monde sur place. Il y a des commissaires au niveau des démembrements qui ont été responsabilisées pour devenir des parrains. Dès que l’argent vient, on le remet à celles-ci pour aller payer les gens. Maintenant, si les gens n’ont pas reçu, ce n’est pas de ma faute », a-t-il dit.

Cette divergence constatée au niveau des explications données par les différents responsables laisse transparaître des déviations dans la gestion des fonds alloués à cette opération du processus électoral.

A rappeler que dans la commune de Ratoma (à Conakry), c’est le président de la Commission Electorale Communale Indépendante (CECI), Abdourahmane Béa, qui a été accusé d’avoir détourné 44 millions de francs guinéens destinés à l’aménagement des bureaux de vote le jour du scrutin.

A suivre !

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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