Siradio Deen Barry

Pour revenir à l’actualité politique de notre pays, le constat ténébreux. Notre président actuel, autrefois chantre de la démocratie, défenseur du bas peuple et des sans voix, s’est transformé en bourreau du peuple, monarque absolu, maître suprême, roi de la censure et de la répression, valet et défenseur des régimes autoritaires. À qui la faute ? Est-ce le premier président guinéen qui se comporte ainsi ? Non, de toute évidence ! Sera-t-il le dernier qui nous fera déchanter ? Si rien n’est fait pour changer de paradigme, les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’avenir me paraît sombre.

La responsabilité de ce qu’est actuellement notre pays, un no man’s land dans lequel s’impose le plus fort, le médiocre, le fourbe, le corrompu et je ne sais quel autre qualificatif employer. Cette responsabilité repose exclusivement sur nos pseudos intellectuels, diplômés de prestigieux établissements, qui usent de leur savoir, non pas pour le bien de tous, mais pour tirer leurs épingles du jeu, afin de satisfaire leurs intérêts égoïstes et mercantiles. ils se sont battus et se battent, peu d’entre eux, pour leurs convictions, beaucoup pour la préservation de leurs intérêts, mais tous, dans un système politique de dupes et pour un modèle de gouvernance qui n’est pas inspiré de notre de société multiethnique.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme et la sagesse ne peut pas entrer dans un esprit méchant » disait Rabelais.

En revenant à notre sujet, il est certain que nous sommes dans une voie sans issue. Le salut ne viendra point de ces esprits méchants.

Je ne pointerai du doigt aucune communauté, car chez un peuple à majorité analphabète, le repli identitaire devient naturel, quand, pour le monopole du pouvoir, les tensions ethniques sont exacerbées de façon volontaire. Dans cette Guinée à majorité analphabète, le repli identitaire qui est ethnique, devient naturel, quand la folie répressive de la force publique, cible une ethnie, pour que la position victimaire soit ethniquement adoptée, afin de favoriser une politique ethno stratégique, au détriment d’une politique responsable. Ce repli ethnique est naturel, quand le pouvoir est revendiqué au nom d’âpres luttes ethniques, et sert essentiellement en guise de récompense, des intérêts personnels et égoïstes, et non la mise en œuvre d’un véritable programme de développement, qui profitera à la cause commune. Ce repli ethnique devient naturel, quand pour la quête du pouvoir, une communauté est appelée à être le fer de lance d’une résistance stérile, qui n’est rien d’autre qu’un appel au suicide, à l’abattoir, car en face, ceux qui détiennent la force publique et qui sont sensés nous protéger, ont perdu tout humanisme, tout sens du patriotisme et du devoir, de l’honneur et de la probité morale, qu’imposent leurs fonctions.

De ce qui précède, je suis certain que tant que la politique guinéenne sera animée par des partis politiques dont les présidences sont à la portée de tout militant engagé, de toute idéologie déracinée, et cela peu importe l’éthique ou la morale, les dérives des partis politiques auront implacablement des impacts négatifs, sur le vivre ensemble de nos communautés respectives, qui coexistent pourtant depuis des lustres.

D’après mon analyse, l’une des possibilités pour sortir de ce carcan de malheur qui perdure depuis notre indépendance, consiste à sortir du copier-coller de modèles étrangers, et à faire une introspection, afin de bâtir un modèle de gouvernance, adapté à nos réalités, à nos racines, à notre diversité ethnique, à notre peuple. Une étape nécessaire, pour espérer bâtir durable et sur des bases saines. D’où la nécessité FPL, constitué de colibris, qui portent chacun une goutte d’eau pour éteindre l’incendie qui consume notre maison commune. Chacun devra, en toute conscience, faire sa part. Ceci est un autre débat. Revenons à nos moutons.

Nos pays d’Afrique noir, résulte du morcellement d’anciens royaumes, aux peuples et aux cultures, diverses et variés.

Une richesse évidente. Ce processus de morcellement avait pour but, de cantonner par zones, à travers de nouveaux territoires, des communautés différentes. Ce qui a été fait à dessin, afin d’entretenir une guéguerre à relent communautaire, pour la prise ou le monopole du pouvoir. La stratégie est simple, diviser pour mieux régner. Mieux encore, régner sans être découvert, en y plaçant tout simplement un vassal. Au regard du suzerain qui sortait de la seconde guerre mondiale, la gestion d’une colonie par la mise en place d’un vassal était moins onéreuse, que d’y maintenir toute une administration et une armée. Encore plus malin, aucune mise en cause du suzerain ne serait possible, au nom d’une pseudo indépendance de la dite colonie. Rapport d’investissement dans un cadre bénéfice risque, une optimisation d’une ingéniosité remarquable et qui fonctionne jusqu’à nos jours. À qui la faute ? Pour des êtres doués d’intelligence, nous sommes à la ramasse. Un triste constat

Nous Guinéens, nous sommes de toute évidence, les seuls responsables. Pour cause, une fierté ethnique mal placée, un égoïsme, une soif de pouvoir et d’argent, une désunion, un manque de hauteur et d’intelligence, pour conjurer ce sort. Un défi à relever, en prendre conscience serait un début. Dans la jungle, Les animaux se livrent une guerre féroce pour assurer leur survie. Chaque animal aiguise ses armes, optimise ses capacités, et travaille durement pour survivre. Les états de notre monde sont comme les animaux de la jungle. Il y en a, qui, autrefois étaient solitaires, se sentent aujourd’hui obligés de s’unir en meutes, pour assurer leur survie. Dans un monde aux ressources limitées et à la démographie exponentielle, gare aux états inconscients et aux peuples cupides, qui se bercent d’illusions et refusent de voir cette vérité. Le prix à payer est certainement l’anéantissement, tel un animal qui se fait dévorer, conséquence de son imprudence et de son insouciance. La nature nous enseigne.

Pour finir, je rêve, je rêve de l’avènement d’une République fédérale de Guinée, composée de quatre régions solidaires et politiquement indépendantes. Aussi belles les unes que les autres. Le Soso, le Fouta, le Manding, le Zali. À la tête de ces régions, des gouverneurs élus chacun démocratiquement, par les citoyens guinéens ayant un patronyme originaire de la dite région. Des patronymes recensés et répertoriés par région et inscrits dans la constitution de la république fédérale. À charge à chaque gouverneur, de mettre en place son gouvernement régional, qui aura pour champs de compétence, la santé, les services sociaux, l’éducation, le droit civil, la gestion des terres, la sécurité intérieure. Un gouvernement fédéral présidé par un président de la république, avec une gouvernance tournante de 4 ans, qui passe de gouverneur de région à un autre, selon un ordre établi et inscrit dans la constitution.

À chaque fois qu’il revient à un gouverneur de région, de présider le gouvernement fédéral, est organisée dans la dite région, une élection régionale, pour élire un nouveau gouverneur. Une économie financière énorme, pour l’organisation des élections. Une seule élection régionale tous les 4ans et une économie d’une élection présidentielle de par la gouvernante tournante. Le gouvernement fédéral aura pour champs de compétence, la défense de l’état fédéral (le recrutement militaire se faisant à effectif égal dans chaque région), les banques et la monnaie, la navigation, la pêche, le droit criminel, les projets interrégionaux, la diplomatie. Ceci n’étant qu’une ébauche, les différents champs de compétence des gouvernements régionaux et du gouvernement fédéral devant être peaufinés, pour couvrir tous les domaines, de l’exécutif, du judiciaire et du législatif. Aussi se servir de nos coordinations régionales, pour créer un conseil des sages, dont le but sera de veiller à la stabilité politique de notre nation, à la prévention et à la résolution de futurs conflits ethniques. Plein d’autres pistes sont à explorer. L’organisation, le fonctionnement, les domaines de compétences de ses coordinations régionales et du conseil des sages, devront être déterminés et inscrits dans notre constitution.

En se référant à notre histoire, pour la mise en place de la gouvernance tournante, à travers un ordre de présidence fédérale, je pensais comme premier président de cette république fédérale de guinée, le gouverneur élu de la région de Zali (région forestière actuelle), pour réparer le tort subi par Dadis Camara, fils de cette région. Le candidat qui arrivera en première position dans cette région, deviendra premier président de la république fédérale de Guinée. Le candidat qui y arrivera deuxième, deviendra ainsi, gouverneur de la région de Zali (Guinée forestière). Pour les trois autres régions, les candidats qui y arriveront en tête, deviendront, les gouverneurs respectifs de ces régions.

En deuxième président fédéral, au terme des 4 années de mandature du premier président, je pensais au gouverneur de la région du Fouta (moyenne Guinée), afin de réparer le sentiment d’exclusion ressenti par la communauté peulh. Une élection régionale devra être organisée dans cette région, en vue du remplacement du gouverneur régional en exercice. Au bout des 4 années qui suivront, comme troisième président fédéral, je pensais au gouverneur de la région Sosso (actuelle basse Guinée) et une élection régionale devra être organisée dans cette région en vue de son remplacement. Au terme des 4 ans, la boucle sera bouclée par le quatrième président fédéral, qui sera le gouverneur de la région manding (actuelle haute Guinée). Une boucle qui se perpétuera ainsi de façon infinie. Ceci n’étant qu’une ébauche à parfaire.

Une mise en place d’un Grand conseil, qui rassemblera tous les anciens gouverneurs fédéraux, les membres du conseil des sages, les représentants religieux désignés par les différentes organisations religieuses. Ce Grand conseil étant la plus haute institution de notre pays. Les champs de compétence de ce conseil, seront à définir, les membres y siégeant à vie, sauf en cas de perte des capacités intellectuelles et après approbation de l’exclusion, par l’ensemble des autres membres du Grand conseil. Le but premier du Grand conseil, étant un rôle de conseiller et de veiller, avec une possibilité de poser un veto qui doit être approuvé par l’ensemble des membres, veto qui est inattaquable et qui s’applique sur les décisions des gouvernements régionaux et du gouvernement fédéral , le tout pour la stabilité et la préservation du pays. Les idées sont nombreuses. Le plus important c’est de faire en sorte que notre système politique soit adapté à notre réalité.

Voilà que j’arrive au bout de mon rêve, les autres pays noirs africains ont adopté le même type de fonctionnement. Au-delà de toutes les frontières nationales, les différents peuples parlent de la création d’une union fédérale des Etats D’Afrique (UFSA). Je me réveille avec un sentiment que le rêve n’était pas terminé. Il y a peut-être espoir que les choses aillent plus loin ? Une véritable gouvernance mondiale qui respecte la souveraineté de tous les peuples ? La réalité est tout autre.

Voilà pour ma part, comme le sont évoqués dans ce rêve, des pistes de solutions, qui pourraient permettre d’apaiser les tensions ethniques, de rebâtir notre pays sur des bases saines, de maintenir une compétition positive entre nos communautés, à travers nos régions respectives. De s’atteler au travail, de bâtir avec ambition un état stable.

Il est temps d’œuvrer pour l’accession à une véritable indépendance, qui est à la foi physique et mentale, au lieu de dilapider nos faibles ressources, dans un semblant de démocratie et d’autorité, sous fond de conflits ethniques.
La renaissance africaine est encore possible, mais seulement, avec de bons esprits.

Siradio Deen Barry, activiste, panafricaniste, altermondialiste passionné de politique, géopolitique, géostratégie. Je suis l’homonyme d’un illustre et digne fils de ce pays, qui a participé à la lutte pour l’indépendance et qui a dignement servi la première République : le Commandant BARRY Siradiou-Dine (qui a été de fait le n°2 de l’Etat-Major interarmées, ayant le grade de Lieutenant à l’indépendance et qui a dirigé le contingent militaire au Congo en 1960, l’adjoint direct du Général Noumandian Keita). Il était au lendemain des indépendances, l’un des piliers fondateur de notre armée nationale, et artisans du maintien de la paix et de la libération des peuples noirs en Afrique. Hélas, Il fût l’une des victimes des complots du premier régime, ce dernier à l’image de celui d’aujourd’hui, s’attelant à réduire à néant, tous les visionnaires, hommes expérimentés et ou de science qui auraient résisté, face à l’installation d’une dictature, pour laisser place aux béni-oui-oui d’incompétents et de médiocres, terreau de toute dictature. Ce grand homme est pour moi, une source d’inspiration.

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