Dr Mohamed Condé, coordinateur national adjoint de la Coalition National des Professionnels de Santé

Le Syndicat des Pharmaciens et Officines Privées de Guinée menace d’aller en grève générale et illimitée à partir de cette semaine sur toute l’étendue du territoire national. Dr Mohamed Condé, médecin en service à la Pédiatrie de l’hôpital national Ignace Deen et coordinateur national adjoint de la Coalition National des Professionnels de Santé (CONAPROS), se dit opposé à une grève mais apporte son soutien au combat que mènent les pharmaciens. Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com dans la journée de ce lundi, 17 février 2020, Dr Condé a également invité le ministre de la Santé à trouver une solution à cette crise en faisant appliquer les recommandations formulées par le Chef de l’Etat lors de sa rencontre qu’il avait eu avec le syndicat des pharmaciens

Guineematin.com : le syndicat des pharmaciens menace d’aller en grève générale et illimitée à partir de cette semaine sur toute l’étendue du territoire national. Comment la CONAPROS, structure de la société civile, a accueilli cette décision ?

Dr Mohamed Condé : j’avoue que d’entrée de jeu, la lutte que mène le Syndicat des Pharmaciens Privés de Guinée est une lutte noble dans la mesure que vous savez que les médicaments sont très primordiaux dans la santé. C’est un facteur de santé publique. Donc, cette menace d’aller en grève est due au faite qu’ils ont constaté beaucoup de choses qui ne va pas dans l’amélioration de la santé de la population qu’ils entreprennent d’aller en grève. C’est la raison pour laquelle nous, en tant que coalition nationale des professionnels de santé, nous accueillons favorablement ces différentes décisions. Nous dénonçons les tares au niveau du secteur pharmaceutique afin qu’on puisse trouver une solution.

Guineematin.com : des observateurs avertis pensent que des hauts commis de l’Etat, notamment au ministère de la Santé, sont impliqués dans le trafic des feux médicaments. En témoigne la disparition d’un camion qui avait été arraisonné l’année dernière par la brigade Médicrime. Qu’en dite-vous ?

Dr Mohamed Condé : vous savez, il y a beaucoup de non-dits par rapport à ce gros camion qui avait été arraisonné et qui s’est retrouvé en Haute Guinée. C’est vrai, certaines personnes accuseraient des hauts commis de l’Etat, notamment le ministère de la Santé. Mais, il faut dire grosso modo que le secteur pharmaceutique est très miné. Ce n’est pas seulement le cas de ce gros camion, mais il y a beaucoup de médicaments que nous retrouvons sur le marché parallèle, il y a beaucoup de grossistes aujourd’hui. C’est le combat de l’Ordre National des Pharmaciens et Officines privées de Guinée. Et ces grossistes-là, vous allez constater à la tête de chacun d’eux, nous avons un pharmacien responsable. Donc, les pharmaciens se battent pour une chose, c’est vrai, il faut dénoncer ; mais, il faut aussi dénoncer le comportement de certains pharmaciens qui sont responsables de la pléthore de ces pharmacies grossistes dans le pays.

Le visa d’importation est délivré par le ministère de la Santé. Donc, le ministère de la Santé et certains pharmaciens sont responsables de cette situation que nous connaissons aujourd’hui. La solution qu’il faille trouver c’est quoi ? Comme vous le savez, le président de la République, Son Excellence professeur Alpha Condé lors d’une réunion qu’il a tenue avec les syndicalistes, je veux parler de l’ordre des pharmaciens privés, il avait été convenu qu’il n’y ait que trois grossistes en Guinée. Parce que la norme internationale voudrait qu’il y ait un grossiste pour 4 millions de personnes. Donc si on estime qu’en Guinée nous sommes 12 millions d’habitants, il va s’en dire que nous aurons besoin de 3 grossistes en Guinée. Et, ce sont les recommandations faites par monsieur le président de la République au ministère de la Santé avec le syndicat des pharmaciens pour qu’il y ait un nombre très réduit de grossistes en Guinée.

Guineematin.com : ces recommandations du président de la République ont du mal à être exécutées sur le terrain. C’est d’ailleurs une des raisons qui pousserait le syndicat des pharmaciens à aller en grève même si des démarches sont en cours pour trouver une solution à cette crise. Est-ce que vous avez un message particulier à l’endroit du ministre de la Santé, Dr Rémy Lamah ?

Dr Mohamed Condé : l’appel que j’aimerai lancer à son excellence monsieur le ministre de la Santé, c’est de voir les clauses qui ont été déjà éditées à travers les recommandations de son excellence monsieur le président de la République. Parce qu’il avait été demandé, puisque j’avais eu l’opportunité d’assister à certaines réunions du syndicat, de limiter les sociétés grossistes à trois. Et lorsque nous avions organisé une cérémonie de remerciements en faveur du président de la République par rapports aux efforts qu’il a eu à faire au niveau du secteur de la Santé, il a tenu à rappeler à l’ancien ministre de la Santé, Dr Edouard Lamah, qu’il lui a demandé de limiter les sociétés importatrices de médicaments à trois ; mais qu’il a reçu une liste de 7 sociétés et qu’il voulait savoir pourquoi cela, parce que les normes voulaient qu’il y ait trois. Mais, il y a une chose qu’il faut signaler, la plupart des grossistes-là, il se trouve que le Visa qui leur a été donné par le ministère de la Santé, tous ces produits se retrouvent à Madina. Donc le médicament, même s’il est de bonne qualité, s’il ne suit pas le circuit normal, c’est que c’est un faux médicament. Et le médicament n’est bien que dans la main d’un pharmacien, le médicament n’est pas bon dans la main des profanes.

Aujourd’hui, nous assistons à beaucoup d’insuffisances rénales, de personnes qui souffrent de dialyse. Ce n’est pas seulement dû à des maladies héréditaires, mais c’est dû à ces médicaments que ces personnes consomment de façon abusive à des doses élevées qui font que nous avons beaucoup de malades en Guinée, il y a beaucoup de personnes qui meurent. Donc, il faudrait que le ministère de la Santé prenne en considération les recommandations venues de la présidence afin que nous ayons trois ou quatre sociétés grossistes en Guinée. Ce que le syndicat des pharmaciens réclame ce n’est pas de la mer à boire, c’est aussi facile que nous pouvons l’appliquer sur le terrain. Mais pourquoi ce n’est pas fait ? Donc la question, ça veut dire qu’au ministère de la Santé, il y a des gros bonnets qui ne veulent pas qu’il y ait une réduction des sociétés importatrices de médicaments parce que ça devient leur gagne-pain. Donc nous, nous dénonçons cela. Parce que notre objectif, c’est la moralisation du secteur médico-pharmaceutique. Nous, la coalition des professionnels de la santé ne soutenons pas l’idée de la grève pour le moment. Mais, nous soutenons le combat que mènent les pharmaciens. Nous aimerions nous impliquer afin que nous puissions trouver une solution, afin que nous puissions trouver une solution à ce problème qui mine le secteur pharmaceutique.

Guineematin.com : c’est la fin de cet entretien. Est-ce que vous avez un dernier mot ?

Dr Mohamed Condé : mon dernier mot, c’est un appel pressant au niveau ministère de la Santé. Je demande humblement de veiller à ce que le secteur pharmaceutique soit vraiment assaini. Aujourd’hui, n’importe qui peut venir en Guinée, créer une société grossiste, importer des médicaments et intoxiquer la population. Chose qui n’est pas normale. On peut avoir de bons médecins en Guinée, nous avons de bons médecins en Guinée ; mais, si nous n’avons pas de bons produits, il va s’en dire que les patients ne seront pas guéris. Je vous donne un exemple : moi-même en personne, j’avais une sinusite que je devais traiter avec l’amicilline Acide clavulanique, j’en ai pris ici en Guinée. Malheureusement, je n’ai pas eu gain de cause. J’ai fait un voyage sur Dakar, au Sénégal, où j’ai acheté le même produit dans une de leur pharmacie. J’ai eu gain de cause. Cela veut dire que presque la majorité des produits qui viennent en Guinée ne sont pas de bons médicaments, ce sont des faux médicaments. Donc, c’est un appel pressant que nous lançons au ministère de la Santé de veiller à la régularisation de l’importation des médicaments pour que les Guinéens soient fiers de leurs médecins, sinon nous serons toujours rejetés par les populations alors que nous faisons bien notre travail.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18 

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