Par Habib Yembering Diallo : Autrefois appelée la perle de l’Afrique, la capitale guinéenne est devenue au fil des années la merde de l’Afrique. Avec sa trilogie (obscurité, embouteillages et insalubrité) ayant pour corollaires la pollution. Selon la saison, les habitants pataugent dans la boue ou sont enveloppés par la poussière. Si bien que lorsqu’un Guinéen se retrouve, même à Dakar ou à Abidjan- à plus forte raison à Paris- la première chose qui l’impressionne, c’est qu’il peut, s’il le veut, porter une seule chemise pendant plusieurs jours, et il peut se passer d’un cireur de chaussure…

Confronté à cette implacable réalité, le Guinéen manque cruellement d’aire de jeu ou d’espace vert. Particulièrement l’habitant de Conakry, confiné en permanence bien malgré lui dans sa maison. Conséquence d’une gestion calamiteuse de la ville. On a l’impression que nos administrateurs locaux ne sortent pas de ce pays pour voir ce qui se passe sous d’autres cieux. Les quelques rares aires de jeu aménagés ces dernières années sont littéralement pris d’assaut par des vendeurs de tout acabit.

C’est le cas du carrefour de Gbessia Condéboundji où il y avait un bel espace qui mettait les riverains à l’abri du stress. C’était sans compter avec des administrateurs plus soucieux de se remplir les poches que de créer un cadre de vie agréable aux administrés. La transformation de ces lieux en débits de boisson n’est pas sans rappeler le dicton selon lequel « l’argent est devenu plus puissant que les hommes les plus élégants ». Au lieu d’alléger la souffrance morale et psychologique des riverains, ces lieux servent désormais à des activités génératrices de revenu.

L’exemple de Gbessia a été suivi par Kenien. Là aussi les mêmes causent sont en train de produire les mêmes effets. Au fur et à mesure que d’autres lieux seront aménagés, le cas de Gbessia risque de faire tache d’huile. Dans la foulée, les responsables de l’université Général Lansana Conté de Sonfonia ont aménagé derrière la cour de ladite université. L’endroit est littéralement pris d’assaut à tous les moments de la journée par des étudiants visiblement émerveillés par ce cadeau dont ils usent et même abusent.

Et pourtant, il va falloir, un jour ou l’autre, que les communes de la capitale fassent un effort pour donner un cadre de vie plus vivable et plus humain à la capitale. Même si, paradoxalement, partout où on trouve un petit espace celui-ci fait l’objet de vente. La corniche nord de Camayenne, qui permettait encore à l’habitant de Conakry de contempler le merveilleux cadeau que la nature lui a offert, qui est la mer, est en train de disparaître. Des immeubles y poussent comme des champignons. Tout comme le long de la voie ferrée CBK, qui pouvait être aménagé en espace vert, fait l’objet de construction anarchique.

Dans une ville entourée par la mer comme un mur de protection, il devient de plus en plus difficile de montrer à son enfant cette mer. Le seul endroit qui nous reste encore est celui qui est situé entre le rond-point ENAM et le camp Samory. Sachant que seuls les travailleurs se rendent dans la presqu’île de Kaloum, on peut affirmer sans risque de se tromper qu’il y a des femmes et des enfants vivant à Conakry qui n’ont pas encore vu la mer. La faute à ceux qui ont tout vendu ou occupé.

Cette triste réalité relance le débat sur l’impunité dont les administrateurs locaux ont bénéficié et continuent de bénéficier jusqu’aujourd’hui. Alors qu’ils étaient angoissés par la perspective de l’arrivée au pouvoir de celui qui n’avait jamais accepté de s’associer à la gestion calamiteuse du pays par le passé, celui-ci a battu campagne en 2010 avec une promesse ferme de ne pas procéder à la chasse aux sorcières. Garantissant ainsi l’impunité à ceux qui ont vendu les terrains prévus pour un hôpital, une école, une mosquée ou une église, un terrain de football ou même un cimetière. Si bien que dans certains quartiers de Conakry et sa proche banlieue, trouver où enterrer un proche peut être plus douloureux que la perte de ce proche.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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