Par Amadou Diouldé Diallo, journaliste historien : Souvenez-vous qu’en 2003 quand le général Lansana Conté a fait modifier la constitution pour s’octroyer un 3ème mandat, aucun parti d’opposition – y compris le RPG- n’avait accepté d’y prendre part. Face à ce boycott unanime, courageusement mené par des leaders politiques de gros calibre comme Bâ Mamadou, Alpha Condé, Siradiou Diallo, Jean Marie Doré, Sidya Touré, le pouvoir s’est vu obligé de fabriquer un candidat : un certain Mamadou Bhoye Barry, de Kindia. L’opposition avait auparavant boycotté le référendum qui avait permis au vieux général de briguer un 3e mandat. La suite, on la connaît. A peine réélu, les problèmes vont s’accumuler pour atteindre leur paroxysme en 2006- 2007 avec le vaste mouvement de grève mené par les syndicats qui se transforma en une véritable insurrection populaire dans tout le pays. Le régime réprima violemment les manifestants avec plus d’une centaine de morts, de blessés et des dégâts matériels importants et ne dut sa survie qu’à la proclamation de l’état de siège.

Un an après, le président Lansana Conté, rongé par la maladie et affaibli par la bataille des clans autour de lui et de ses quatre épouses, fut rappelé à Dieu, le 22 décembre 2008. Le lendemain, l’armée se succéda à elle-même, laissant pantois tous ceux qui (dont la plupart sont de nos jours dans l’entourage du président Alpha Condé) avaient conquis et entretenus le Koudaïsme. Ce boycott avait été vivement salué par l’ensemble des guinéens et augmenté la cote des leaders au sein de l’opinion. Et, voilà que 7 ans après cette mascarade électorale, le RPG qui était un des poids lourds de l’opposition accéda au pouvoir avec son président, le professeur Alpha Condé.

L’histoire qui aime souvent le rappel et les répétitions présente le même tableau mais cette fois-ci avec des leaders politiques bien différents de ceux de 2003. Sinon, comment expliquer qu’on boycotte les législatives et le référendum qu’on aille jusqu’à ne pas reconnaître les résultats qui en sont issus et engager des consultations au niveau des structures du parti à la base afin de prendre part à la présidentielle ? Alors, pourquoi n’a-t-on pas sollicité de la base, les mêmes consultations pour les scrutins législatifs et référendaires ? La réponse est toute trouvée. C’est une simple manipulation et instrumentalisation de la base pour assouvir les appétits de pouvoir du président et les intérêts de son entourage.

On en a cure des morts (près de 200 tous ou presque de la même ethnie) qui reposent au cimetière de Bambéto, les blessés, les handicapés à vie, les pillages et destructions d’édifices privés, le vol, le viol, les injures à caractère ethnique suivies de coups de pied dans les marmites.

L’axe, majoritairement habité par les peuls, a souffert ce martyr pendant ces 10 ans de pouvoir d’Alpha Condé au point qu’un observateur étranger a comparé cette partie de Conakry à AUSWITSCH, la ville allemande ou étaient déportés les juifs à la seule différence que sur l’axe, il n’y a pas de voie ferrée, de gare ou de fours crématoires. Et, ce n’est pas fini, car le déluge sera transporté au cœur même du Fouta, militarisé avec des actes de brutalité dont le summum seront les attaques au gaz lacrymogène du domicile du khalife général du Fouta Djallon, Elhadj Bano Bah, à Pita et de la prestigieuse fondation du très vénéré Waliou le Ndouyédio Thierno Aliou Bhoubha Ndiyan. C’est non loin de là que les forces de l’ordre renversèrent des bouilloires d’ablutions et empêchèrent la prière dans la célèbre mosquée du Kaldouyanké. Son fondateur et de Labé : Thierno Mamadou Cellou Diallo dit « Karamoko Alpha Mo Labé ».

Il faut ajouter à ce sombre tableau les destructions de Kaporo-Rails, Kipé 2 et Dimesse, majoritairement peuhle, l’exclusion et la discrimination des fils du Fouta dans l’administration publique et privée. Les statistiques en font foi.

Comment avec tous ces maux dont la majorité des victimes payent de porter les patronymes de sa région et considérés parfois à tort comme étant ses militants, Cellou Dalein voudrait se faire ridiculiser à nouveau par Alpha Condé ? On ne prend pas part à un match dont le résultat est connu d’avance parce que la partialité de l’arbitre est établie surtout quand les antécédents sont multiples.

A moins de se battre pour sa gloire personnelle et peut-être dans le cadre des deals qui peuvent même être matériels et financiers (car, les politiciens ont plusieurs cordes à leur arc) rien ne peut justifier une candidature de Cellou Dalein Diallo à la présidentielle du 18 octobre. Sinon, il aura soutenu deux 3ème mandats ; celui du Koudaïsme pour Lansana Conté dont il était un des fervents défenseurs et le Condéisme à vie. C’est trop pour le jugement de l’histoire ; trop aussi pour la responsabilité morale de toutes ces victimes des manifestations qu’il a organisées et menées sans répit, drainant des foules compactes, denses et immenses dont des leaders transhumants et d’autres sans aucune base populaire se sont servis comme tribune pour se faire connaître ou se faire désirer par le pouvoir d’Alpha Condé.

Cellou Dalein Diallo aurait bien pu se mettre à l’école de ce dernier dont le parti, le RPG, n’a pas enregistré une trentaine de morts en 24 ans de lutte contre le régime du général Lansana Conté ; simplement parce qu’Alpha Condé a opté pour d’autres stratégies qui se sont avérées payantes à la fin au lieu d’appeler ses militants à descendre indéfiniment dans la rue.

Pour cette présidentielle, Cellou Dalein Diallo a deux choses à faire : ne pas y prendre part et appeler ses militants et sympathisants au calme et à la retenue avant, pendant et après le scrutin au risque d’engendrer des troubles aux conséquences humaines et matérielles innombrables. Dix ans de manifestations de rue et son cortège de malheurs, ça suffit à charge pour le Séléyanké descendant de la plus illustre famille maraboutique du Fouta Djallon.

Au grand commis de l’Etat au riche carnet d’adresses et fils spirituel du général président paysan, patriarche Lansana Conté de se réinventer, d’explorer d’autres pistes de solutions et de conquête du pouvoir. Son image, sa grandeur et sa puissance sont encore intactes. Il s’agit pour lui de les maintenir immaculées en évitant de prendre des décisions dénuées de tout fondement comme se présenter à l’élection présidentielle qui lui fera perdre son aura et compromettra durablement son avenir politique.

Le baobab, arbre roi, ne doit pas se mêler aux arbustes auxquels il donne son ombre.

Par Amadou Diouldé Diallo, journaliste historien

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