Comme annoncé précédemment, pour lutter contre la propagation de la maladie du COVID-19 en Guinée, le président Alpha Condé a pris la semaine dernière des « mesures contraignantes » dans le domaine des transports à Conakry. Le chef de l’Etat guinéen a annoncé la limitation (à trois) du nombre de passagers à bord des voitures de transport en commun dans la ville de Conakry.

Cette décision impopulaire qui n’a été suivie d’aucune mesure d’accompagne a pris de court les chauffeurs de taxi de la capitale guinéenne. Et, en signe de protestation, ces derniers ont décidé d’aller en « grève » en immobilisant leurs véhicules. Une action qui a été d’une conséquence terrible pour les habitants de Conakry. Beaucoup d’entre eux ont eu un mal de chien pour trouver un moyen de déplacements hier, lundi 30 mars 2020, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui a fait le tour de la ville de Conakry.

Au niveau des rond-points et un peu partout au bord des routes de la haute banlieue de Conakry, des groupuscules sont visibles. Ils sont tous à la recherche d’un taxi. Ils scrutin sans cesse la bande noir de goudron dans l’espoir d’apercevoir un petit véhicule jaune (couleur des taxis). A bout d’espoir, certains citoyens ont tout simplement préféré rentrer chez eux. Les plus courageux, ceux qui tenaient vaille que vaille à rallier leurs lieux de travail, se sont livrés à la merci des conducteurs de taxi-moto. Ces derniers, ayant trouvé une aubaine, fixent les prix en fonction de la tête du client. Du rond-point d’Enco5 à celui de Bambéto, les plus cléments des taxi-motards font payer 25 000 francs guinéens.

Mais, cette situation n’est pas anodine. Elle est la conséquence d’une grève des conducteurs de taxi. Ces professionnels du volant ont garé leurs véhicules pour protester contre la mesure des autorités sur la limitation à trois le nombre de passagers. Les chauffeurs demandent une augmentation du prix du transport ou une baisse significative du prix du carburant à la pompe.

Maître Mamadou Diaby, conducteur de taxi

« Les mesures du gouvernement concernant la limitation des places est vraiment salutaire. Car, la pandémie du coronavirus est une réalité. Mais, le gouvernement aurait mieux fait s’il décidait de diminuer le prix du carburant à la pompe avant d’engager ces mesures. Car, sans la diminution du prix du carburant, nous ne pouvons pas prendre trois personnes seulement dans nos véhicules. Parce que dans ces conditions, nous ne pouvons pas travailler. Car, même le prix du carburant que nous consommons ne va pas sortir. Si le gouvernement ne diminue pas le prix du carburant, nous les chauffeurs, nous resterons derrière la décision du syndicat des transports. Nous ferons ce que le syndicat nous dira de faire. Aucun taxi ne circulera aujourd’hui dans la ville de Conakry. Notre convention est de ne pas travailler dans les conditions actuelles », a confié Maître Mamadou Diaby, un conducteur de taxi.

Pour cet autre taximan, maître Ousmane Diallo ce mouvement de protestation va continuer dans le transport urbain à Conakry, jusqu’à ce que le gouvernement propose des mesures d’accompagnement. « La grève continue jusqu’à ce que le gouvernement baisse le prix du carburant. Car, nous ne pouvons pas travailler dans les conditions actuelles là. On ne peut pas diminuer le nombre de personnes à bord des taxis et laisser le prix de l’essence à 10.000 francs le litre à la pompe. C’est injuste, c’est insupportable. Nous sommes conscients de la gravité de la pandémie du coronavirus ; mais, il faut que l’Etat diminue le prix du carburant pour aider la population », a-t-il indiqué.

Pour Ibrahima Diallo, le secrétaire adjoint du syndicat des transports d’Enco5, la solution à ce problème se trouve dans les mains du gouvernement.

Ibrahima Diallo

« Cette pandémie du Covid-19 se propage plus rapidement dans le transport. Mais, en Guinée, le gouvernement n’a pas pris les dispositions à temps. Sinon, à cette phase, on n’aurait pas parlé d’élections dans notre pays. Ces élections ont été un moyen de propagation de ce virus en Guinée. Au moment où on a compris qu’il y a eu cette maladie, le gouvernement aurait empêché non seulement les élections, mais aussi le transport (terrestre, maritime et aérien). Car, ce sont les principaux foyers de propagation du virus. Malgré tout, nous syndicats, nous avons pris des dispositions. Nous avons installé des kits de lavage de mains à chaque point de départ. Et nous avons parlé à tous les chauffeurs d’exiger que les clients lavent leurs mains avant de monter dans les véhicules. Si possible, les chauffeurs doivent disposer d’un bidon dans la voiture pour les passagers qui montent entre les tronçons. À notre niveau, nous avons pris ces mesures et nous attendons la réaction du gouvernement face à nos demandes qui sont : diminuer le prix du carburant à la pompe et accepter quatre personnes dans les taxis villes, 6 à 9 personnes dans les taxis qui font le transport interurbain », a expliqué Ibrahima Diallo.

Alpha Oumar Telico Baldé pour Guineematin.com

Tél. : 623323636

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