Les mots et les maux du ministre

30 mai 2021 à 18 06 39 05395
Habib Yembering Diallo

Cher ami, 

C’est toujours un exercice qui est tout sauf une promenade de santé pour moi de me mettre à table pour écrire. Raison pour laquelle je le fais rarement. Bien malgré tout, il y a des situations devant lesquelles il faut absolument se livrer à cet exercice. C’est pour cette raison que je t’adresse cette missive. L’objectif est de te parler de la pagaille qui règne dans une structure relevant d’une manière ou d’autre de mon département. 

Tu as sans doute compris de quoi il s’agit. Car c’est l’évènement qui défraie la chronique en ce moment. D’autres diront qu’il déchaine les passions. Mais je laisse toutes ces expressions aux journalistes qui en font les choux gras en ce moment. Je te vois déjà frémir en disant que ton ami a subitement amélioré son français. Ce n’est pas mon sujet. Encore moins ma préoccupation. D’autant plus que je suis « franglophone ». 

Je reviens donc à mon sujet. Même si tu as suivi les différentes péripéties de cette rocambolesque affaire, je me dois de te planter le décor. Quand il était question d’élection à la tête de la fédération nationale de football, il y a eu deux candidatures de taille dont celle du sortant. Les deux principaux challengers ont constitué chacun un réseau de copains de conquis. Avec un double un objectif : faire les éloges d’un et persifler l’autre. 

Les gens se sont mis à s’insulter sur la toile. Et puis les deux candidats décident d’enterrer la hache de guerre. Mettant ainsi tous ceux qui s’insultaient devant une situation peu confortable. Si bien que, quand ils se retrouvaient les uns devant les autres, ils ne pouvaient pas se regarder dans les yeux. Ils ont appris à leurs dépens qu’il ne faut jamais êtreplus royaliste que le roi. 

Après cette parenthèse, je reviens au sujet. C’est-à-dire à l’élection elle-même. Celle-ci n’a pu avoir lieu. Et pour cause, le candidat ayant obtenu le renoncement de son concurrent avait beaucoup d’adversaires voire d’ennemis. Lesquels ont utilisé le réel et l’occulte pour sa disqualification. Ce qui fut fait. Depuis ce retrait notre fédération est à l’image d’une veuve riche dont les frères du défunt mari sont pauvres. 

Plus grave, la division, la délation et les coups bas ont mis à nue les pratiques peu honorables qui gangrènent notre fédération. La quelle est à la FIFA aujourd’hui ce qu’un homme qui étale ostensiblement ses nouvelles richesses dans un contexte de vol et de détournement est aux enquêteurs. Autant un tel homme est un suspect autant notre fédération est surveillée aujourd’hui à la loupe par l’orage chargé de gérer ce secteur au niveau planétaire. 

Dans la foulée, des adversaires, vraisemblablement au service de l’l’opposition, ont envoyé un document que je qualifieraide tract à la fédération internationale pour dire qu’il ne faudrait accorder aucun crédit au système électoral de notre pays. Mettant en exergue ce qui s’était passé pour l’électiond’un maire où, selon nos détracteurs, une élection dont le nombre de votants était de 45 personnes seulement a connu une fraude. Or tu conviendras avec moi que l’élection d’un maire et celle d’un président d’une fédération n’ont rien à avoir l’une de l’autre. Bien malgré tout, cela confirme, s’il en était besoin, que notre passé  peut toujours nous rattraper. 

Encore une fois je me rends compte que je me suis écarté de mon sujet. Permets-moi donc d’y revenir. Ma crainte, voire mon angoisse, c’est que cet imbroglio ne discrédite dangereusement et durablement notre football, au point d’annuler un rendez-vous qui devrait être le couronnement la réussite du 1er mandat de la 4ème République. Je veux parler de l’organisation de la CAN par notre pays. Car en dépit de l’autosatisfaction que l’on nous brandit çà et là, force est de reconnaître que notre pays figure parmi les pays qui comptent le moins sur le continent. Tu conviendras avec moi encore que tous les pays qui comptent ont organisé au moins une fois cette compétition. Le nôtre s’affiche avec sa sœur et homonyme de Bissau, la Sierra Leone, le Liberia ou encore la Gambie. 

L’organisation de la CAN par notre pays et sous le règne de l’homme du changement devait inscrire le nom de notre pays au rang des grands du continent. Mais j’ai bien peur que les gens ne nous disent que celui qui est incapable de s’occuper de ses propres enfants ne peut pas prétendre le faire pour ceux de ses voisins. Bref, sans être paranoïaque, je vois la main de nos adversaires derrière cette affaire. Car ils ne veulent pas que notre président réussisse là où ils ont échoué. 

Nous sommes en train de travailler pour redorer le blason de notre fédération. Mais il y a désormais beaucoup de préjugés. Et comme l’a dit Einstein « Il est plus facile de briser un atome que de briser un préjugé ». 

C’est sur cette citation que ton ami, que certains ont qualifiéironiquement de taximan, termine cette longe lettre. Je te prie de me répondre dès sa réception afin de me donner ta pertinente opinion sur cette question ainsi que tes éventuelles propositions de sortie de crise. Si tu le fais, ce sera l’occasionpour moi de parler de toi à mon patron à l’occasion de la présentation de ce document. 

Ton ami le ministre.

Habib Yembering Diallo joignable au 664 27 27 47.

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence.

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Usage excessif de la force lors des déguerpissements : « c’est à l’huissier de dire aux forces de l’ordre qu’on n’est pas là pour ça », dit Me Sory Daouda Camara

30 mai 2021 à 17 05 59 05595
Me Sory Daouda Camara, président de la chambre nationale des huissiers de justice de Guinée

Depuis quelques semaines, on assiste à des opérations des déguerpissements dignes d’actes de vandalisme dans certaines concessions de Conakry et environs. Et, ce sont des huissiers de justice et des agents de sécurité (policiers et gendarmes) qui sont incriminés dans cet usage excessif de la force à l’endroit de pauvres citoyens sans défense. Au nom de « l’exécution forcée » d’une décision de justice revêtue de la formule exécutoire, les agents de sécurité réquisitionnés par les huissiers se livrent à des actes de pillage et de vandalisme (soustraction frauduleuse de biens et de numéraire) sur le terrain.

Par endroit, ces agents prennent le malin plaisir de rouer de sévères coups de matraques aux victimes du déguerpissement. A les observer agir, on croirait bien que l’exécution des décisions de justice rime brutalité et vol. Mais, pour Me Sory Daouda Camara, le président de la chambre nationale des huissiers de justice de Guinée, le rôle dévolue à la force publique dans l’exécution des décisions de justice, notamment le déguerpissement, est de protéger la personne physique de l’huissier de justice et la famille visée et ses biens contre d’éventuels voleurs.

« La force publique doit être là, parce qu’il y a des cris qui viennent parfois et les gens peuvent venir pour profiter et soustraire les biens de la famille déguerpie. Donc, la force publique est là pour non seulement veiller  et protéger le corps physique de l’huissier de justice, mais aussi protéger les personnes et les biens des personnes à expulser. Les forces de l’ordre ne touchent même pas aux objets, normalement.  Ils ne sont pas là pour ça. La manutention n’est pas faite par eux. C’est pourquoi il y a des civils qui viennent accompagner l’huissier pour faire la manutention. Parce que très souvent, les personnes à déguerpir, si c’est elles qui doivent porter elles même leurs effets, l’opération peut prendre assez de temps. C’est pourquoi on fait venir une main d’œuvre pour faciliter la sortie des objets », a indiqué Me Sory Daouda Camara.

Selon le président de la chambre nationale des huissiers de justice, c’est aux huissiers de justice (qui sont des auxiliaires de justice) de diriger la main des forces de l’ordre dans l’exécution forcée des décisions de justice. Me Sory Daouda Camara assure que les forces de l’ordre réquisitionnées et déployées sur le terrain ne doivent rien entreprendre sans l’autorisation de l’huissier qui peut à tout moment décider de continuer ou d’arrêter l’exécution forcée.

« On ne peut pas expulser sans décision de justice. C’est une décision qui ordonne l’expulsion. Lorsque l’huissier a cette décision, il  demande aux personnes concernées de partir d’eux mêmes des lieux sans contraintes, sans violences, sans la présence de la force publique. C’est devant le refus des gens que l’huissier se fait accompagner par les agents. Sinon, quand l’huissier vient, il vous dit dans 8 jours il faut quitter. Vous pouvez plaider en disant : écoutez maître 8 jours c’est trop juste, accordez nous un mois. Il n’y a pas un huissier qui refusera ça, à condition que vous respectiez vos engagements. C’est lorsque les gens refusent de partir d’eux mêmes que l’huissier fait venir la force publique pour les contraindre à partir. Mais, les forces de l’ordre n’ont aucune décision à prendre sur le terrain. Elles accompagnent les huissiers. Donc, toute l’autorité c’est sur l’huissier de justice. La force publique n’a pas de décision là-bas. C’est l’huissier qui décide de suspendre, de continuer, de ne pas continuer. Donc, s’il y a des exactions, c’est à l’huissier d’attirer l’attention des forces de l’ordre pour dire qu’on n’est pas là pour ça, on est là pour telle ou telle autre chose, donc vous n’avez pas à faire telle chose. Tout ce qui n’est pas normal, c’est l’huissier qui va faire observer ça par les agents », a confié Me Sory Daouda Camara.

Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 58 95 27 / 664 41 32 27

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Citoyenneté et entrepreneuriat : 50 jeunes de la commune de Matam à l’école de l’ASPUN

30 mai 2021 à 17 05 53 05535

Après Ratoma et Kaloum, l’association pour la solidarité, la paix et l’unité nationale (ASPUN) a organisé hier, samedi 29 mai 2021, une journée de formation en faveur de 50 jeunes de la commune de Matam. Cette formation,  axée sur la « citoyenneté et l’entrepreneuriat », a réuni les jeunes leaders et les secrétaires généraux de jeunesse des 24 quartiers de la commune de Matam. La cérémonie de lancement de ladite formation s’est déroulée à la maison des jeunes de Matam, en présence des représentants de la mairie, ainsi que des directeurs communaux des jeunesse des 5 communes de Conakry, a constaté un reporter de Guineematin.com qui était sur place.

La présente formation entre dans le cadre de la promotion des valeurs de paix et de cohésion sociale en cultivant davantage le sens patriotique et l’esprit d’entreprise chez les jeunes. C’est pourquoi, cette formation des jeunes s’accentue sur la citoyenneté et l’entrepreneuriat.

Mamadou Falilou Bah, président de l’association pour la solidarité, la paix et l’unité nationale (ASPUN)

« Cette activité de formation entre dans le cadre de la poursuite de notre plan d’action en faveur des jeunes de toutes les communes de Conakry. Nous avons pour objectifs de promouvoir, sur le plan national, les valeurs d’unité, de solidarité, de paix et de cohésion sociale, de promouvoir la citoyenneté et l’esprit patriotique, l’entrepreneuriat, la mise en place d’un partenariat avec les ONG et associations. Nous sommes aussi engagés à porter ce crédo sur l’ensemble du territoire avec l’accompagnement de chacun et de tous », a indiqué Mamadou Falilou Bah, le président de l’ASPUN.

Au nom de la mairie de Matam, Kissima Sylla (le conseiller communal) a salué cette initiative en faveur des jeunes. Il a également émis le souhait de voir cette formation contribuer à un changement de mentalité au sein de la jeunesse.

Kissima Sylla, conseiller communal à la mairie de Matam

« Cette démarche est la bienvenue dans notre commune. Nous adhérons à cet atelier parce qu’on parle de formation et la jeunesse guinéenne a besoin d’être formée pour servir de relais. Parce que si on n’est pas formé, on ne peut pas aspirer remplacer les institutions. Ici, on parle d’unité, de solidarité. Voilà pourquoi cette association doit être accompagnée et encadrée pour qu’à l’avenir toute la jeunesse puisse en profiter. Cette formation va sûrement contribuer au changement de mentalité des jeunes. Et dans ce cas, la mairie se mettra à la disposition de cette association pour la réussite de sa mission », a dit Kissima Sylla.

De son côté, Mamadou Saliou Souaré, coach formateur en développement personnel, leadership, entreprenariat et citoyenneté, a invité la jeunesse à plus de responsabilité.

Mamadou Saliou Souaré

« C’est un réel plaisir de venir partager avec ces jeunes venus d’un peu partout dans la commune de Matam sur l’importance d’être un bon citoyen. La Guinée a toujours eu l’envie de savoir qu’est-ce qui freine un peu son développement. Mais en réalité, le problème est entre nous, au milieu de nous et avec nous-mêmes. Il faut que nous changions notre état d’esprit, que nous soyons de bons citoyens pour qu’on puisse avoir un pays dirigé par de bons citoyens. Du point de vue entrepreneurial, il faut aussi dire qu’aujourd’hui, on ne peut pas développer notre pays seulement à travers l’emploi étatique. Aucun pays au monde n’a réussi à employer tout le monde ; et donc, il faut qu’on apprenne à entreprendre pour être un employeur dans le futur. Cela passe par la responsabilité de la jeunesse qui passe tout le temps à accuser tel ou tel », explique le formateur Mamadou Saliou Souaré.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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Education civique des jeunes : l’ONG Cojedev-Guinée à l’offensive dans les écoles de Conakry

30 mai 2021 à 17 05 33 05335

Dans le cadre de son programme d’éducation civique des jeunes, le consortium des associations des jeunes pour la défense des violences en Guinée (Cojedev-Guinée) s’est rendu hier, samedi 29 mai 2021, au groupe scolaire Hadja Mariama Soumah, situé dans le quartier Foula Madina, en haute banlieue de Conakry. Les responsables de cette organisation de la société civile ont échangé avec plusieurs élèves de cette école sur les maux qui gangrènent la jeunesse guinéenne et les solutions à apporter à ces problèmes, a constaté Guineematin.com à travers un de ses journalistes.

Cette initiative vise à permettre à ces jeunes élèves de connaître les comportements à adopter pour éviter de tomber dans les travers sociaux : la consommation de la drogue et de l’alcool, la délinquance juvénile, le banditisme, le vol, le viol, le brigandage… et la manipulation politique.

Mamadou Boussouriou Diallo, président du Cojedev-Guinée

« Nous avons choisi cette école parce que d’abord, elle est dans une zone qui est un peu excentrée de la commune de Ratoma. Bien que la violence politique ne soit pas très répandue par-là, il y a d’autres formes de violences que nous vivons dans les familles, à l’école, mais également dans la rue. Nous avons voulu débattre avec les élèves de cette école sur le comportement qu’un bon jeune doit avoir à savoir : le respect de la loi, la maîtrise des instruments juridiques liés à l’exercice de certains droits civils et politiques. Les comportements qu’un jeune doit avoir vis-à-vis de la société, vis-à-vis de la République, vis-à-vis de la famille et le reste de la communauté », explique Mamadou Boussouriou Diallo, président du Cojedev-Guinée. Il ajoute que son organisation a produit, grâce à l’artiste André Flamy, un texte Slam dans lequel ils ont identifié « les véritables difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes de Guinée ».

François Kalivogui, chargé de projet de l’ONG Cojedev-Guinée

Cojedev-Guinée a produit aussi un livret scolaire, à travers lequel l’ONG sensibilise les élèves sur ce qu’un jeune doit faire et ce qu’il doit éviter. « Nous avons projeté aujourd’hui ce livret scolaire dans lequel nous avons énuméré beaucoup de maux, comme les fléaux qui gangrènent notre société.  Nous avons parlé de la consommation de la drogue, la délinquance juvénile, le vol, le viol, etc. Et comme solutions, nous avons parlé du respect de la loi, du respect des institutions, la protection du patrimoine national, le respect des symboles de l’Etat, la protection de l’environnement… », a indiqué le chargé de projets du Cojedev-Guinée, François Kalivogui. 

Mariama Camara Aziz, élève de la 12 ème sciences sociales participante

Au terme de cette rencontre, les élèves ont salué cette initiative du Cojedev-Guinée, qui leur a permis d’apprendre à mieux se comporter pour espérer avoir un avenir radieux. Les participants ont promis d’appliquer les conseils reçus et à les vulgariser auprès d’autres jeunes. « J’ai beaucoup appris aujourd’hui au cours de ce dialogue. Et je ferai tout pour vulgariser cela auprès de mes amis », a dit Mariama Camara, élève en classe de 12ème  Sciences sociales.

Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel : 620589527/664413227

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Augmentation du prix du carburant ? Cellou Dalein écrase les arguments du gouvernement

30 mai 2021 à 6 06 47 05475

C’est une sortie fracassante qui met en lambeaux les arguments jusque-là avancés par le gouvernement guinéen pour justifier son ambitieux projet d’augmentation du prix du litre de carburant à la pompe. A l’occasion de l’assemblée générale virtuelle de son parti (Union des forces démocratiques de Guinée) hier, samedi 29 mai 2021, Cellou Dalein Diallo s’est exprimé sur les velléités du pouvoir Alpha Condé de revoir à la hausse le prix des produits pétrolier. L’économiste-opposant et ancien Premier ministre, à travers un cours magistrale sur la « structure des prix des produits pétroliers » actuellement appliquée en Guinée, a déclaré « inopportune » cette augmentation. L’ancien chef de file de l’opposition guinéenne a également démenti les propos selon lesquels le gouvernement subventionne le carburant. Il a aussi demandé aux autorités de surseoir à cette augmentation en cette période où la majorité des guinéens sont confrontés à la faim et à la malnutrition à cause la crise sanitaire qui a fortement effrité leurs économies.

Tout d’abord, Cellou Dalein Diallo s’est évertué à amener le gouvernement et ses arguments au pile au riz, en brandissant « la structure des prix des produits pétroliers » actuellement appliquée en Guinée.

« Comme vous le savez, cette augmentation est annoncée par le gouvernement qui essaie de défendre cette décision qui n’est pas du tout opportune. J’ai entendu dire que l’Etat subventionne à hauteur de 140 milliards de francs guinéens le carburant dans ce pays. J’ai sous les yeux les chiffres actuels de la structure des prix. Je rappelle que j’ai eu l’opportunité de contribuer à mettre en place ce qu’on a appelé à l’époque la structure des prix des produits pétroliers », a-t-il introduit.

Poursuivant son speech, le leader de l’UFDG a laissé entendre le prix de revient du litre de carburant qui se paye actuellement à 9000 francs guinéens à la pompe est de 6634 francs guinéens. Et, il est employé à étayer la manière dont ce montant (6634 francs guinéens) est partie entre l’Etat et les acteurs qui sont impliqués dans la chaine du carburant.

« Le fournisseur étranger qui facture en dollars, l’équivalent guinéen de sa facture c’est 5128 francs par litre. Ensuite vous avez les frais de passage à la SGP (société guinéenne pétrole), chaque litre paye 100 francs guinéens. La péréquation transport, lorsqu’on a négocié la privatisation de l’ONA du secteur pétrolier, on avait décidé et suggéré au gouvernement qui l’avait accepté, que le citoyen de Yomou ou de Lola paye au même prix à la pompe que le citoyen de Coyah ou de Kaloum. Donc, il y a une péréquation transport qui est mise en place pour payer le transport sur l’ensemble du pays. Et pour chaque litre, on prélève 550 francs guinéens. Il y a les importateurs, les grandes compagnies (Total, Shell…), ils ont une rémunération de leur implication dans le processus. Sur chaque litre, on leur paye 555 francs guinéens. Les distributeurs, c’est-à-dire les propriétaires de stations, reçoivent 300 francs guinéens par litre. C’est ce qui fait un total de 6634 francs guinéens. Le total des prélèvements de l’Etat et de ses démembrements c’est 2366 francs guinéens qui se décomposent comme suit : vous avez les droits et taxes divers qui font 2330 francs. C’est-à-dire 1643 plus 687 de droit de douane. Maintenant, à cela vous ajoutez deux montants faibles, mais prélevés par l’Etat. Vous avez l’ONAP (office national de pétrole) que l’Etat a mis en place et dont le fonctionnement est assuré par vous et moi à chaque fois qu’on achète un litre d’essence. Donc, nous payons à ce titre 20 francs par litre. Et, vous avez un projet de délocalisation du dépôt ailleurs. Sur chaque litre, chacun de nous paye 17 francs guinéens. Alors, l’ensemble des prélèvements opérés par l’Etat représentent 2366 francs guinéens », a expliqué Cellou Dalein Diallo.

Selon l’opposant au régime Alpha Condé, le problème actuellement du gouvernement réside dans le fait qu’il avait budgétisé beaucoup plus de prélèvements. Et, comme entre-temps la monnaie s’est dépréciée et le prix du carburant est monté sur le marché international, le prix qui devait revenir ici à moins de 4000 francs est à 5128. Egalement, le facteur d’ajustement qui est la taxe s’est réduit. Cependant, le leader de l’UFDG estime que cela ne doit pas conduire actuellement à une augmentation du prix du carburant.

« A cette chaque fois que vous achetez un litre de carburant, sachez que vous payez pour l’Etat, au titre des différents impôts et taxes, 2366 francs guinéens soit 26% du prix à la pompe. Vous pouvez comprendre que l’Etat n’a pas perçu ou budgétisé tout ce qu’il souhaite, mais l’Etat ne subventionne pas le carburant. L’Etat ne prélève pas autant qu’il avait prévu, mais il prélève quand-même. Donc, lorsqu’ils assurent qu’ils subventionnent le carburant, on se demande vraiment avec quelle sorcellerie. Parce que le prix de revient à la pompe, après avoir payé toutes les charges, c’est 6634 francs guinéens. Pour le moment ce n’est pas l’Etat qui nous aide à supporter. Il faut que ça soit clair… Ce n’est pas opportun actuellement d’augmenter le prix du carburant. Pourquoi ? D’abord, nous sommes en crise économique et sanitaire. Les conditions de vie sont difficiles, l’inflation est forte, on a 12 ou 13% d’inflation. Les prix sont montés. Il faut être juste. Il y a eu quelque part l’augmentation du frète maritime suite aux conséquences de la pandémie. Mais, il y a eu la mauvaise politique monétaire et budgétaire de l’Etat. Pourquoi ? L’Etat a organisé trois scrutins en 2020. Alpha Condé a dit : je ne veux pas du financement de l’Union européenne, de l’OIF, des Nations Unies ; parce que je ne veux pas que quelqu’un fourre son nez dans mes élections. Il y avait des fonds disponibles et on a organisé ces trois coups d’Etat constitutionnel et électoral en achetant les consciences et en commandant du matériel. Donc, l’Etat n’ayant pas suffisamment de ressources, la planche à billets a été utilisée. En 2020, la masse monétaire a augmenté de 23%. Parce que l’Etat n’ayant pas d’argent demande à la banque centrale de financer, on a utilisé la planche à billets. Et naturellement, la conséquence immédiate a été que les prix ont augmenté. Donc, c’est pour combler les défis créés par le détournement, la corruption et le financement du double scrutin (législatif et référendaire) et la présidentielle de 2020 qui ont creusé le déficit qu’on demande maintenant aux pauvres citoyens de payer », a indiqué Cellou Dalein Diallo.

Pour l’ancien Premier ministre, les arguments du gouvernement pour justifier l’augmentation du prix du carburant ne tient pas de bout. Et, une hausse du prix du carburant va sérieusement effriter les conditions de vie des guinéens.

« Bientôt la période de soudure ; et vous savez, pendant cette période de soudure les greniers sont vides. Les récoltes sont attendues pour octobre-novembre. Les paysans compensent ce déficit par l’importation de céréale, notamment le riz. Mais, vous connaissez l’état de nos infrastructures. Le prix du transport est déjà trop élevé en raison des charges d’entretien des véhicules qui résulte du mauvais état de la route… Le Fonds d’entretien routier, tout l’argent qui est rentré là-dans est sorti pour le double scrutin et l’élection présidentielle du 18 octobre. Alors, moi je dis, en augmentant le prix du carburant, même si les denrées de premières nécessités sont disponibles, elles ne seront pas accessibles à l’écrasante majorité des guinéens dont les revenus se sont fortement rétrécit ces derniers temps en raison de la pandémie et de l’inflation. Donc, c’est vraiment inopportun. Et, les arguments que développe le gouvernement ne sont pas pertinents. Parce que chacun de nous paye et il prélève, peut-être pas suffisamment, mais il prélève. Et, il ne prélève pas pour financer la consommation… Ils disent aussi que si nos prix sont bas et qu’à côté les prix ne sont pas aussi bas, il y aura un risque de réexportation. Sur le plan économique c’est neutre. Je suis contre la fraude (…), mais la réexportation n’a pas d’effet. Le carburant qu’on importe ici, on paye déjà l’impôt. C’est que le léonais qui importe son carburant de Guinée, le carburant là a déjà paye d’impôt. Et, pour l’acheter, il est obligé d’utiliser la Léone qui vient directement au marché de change, ou bien il finance des importations à partir de la Sierra Léone pour ici. Donc, du point de vue des réserves de change et de la balance de payement, il n’y a pas d’effet. Et, sur le plan des finances publiques c’est un avantage. Parce que vous vous prélevez d’impôt pour ravitailler la région ; et la région consomme des produits qui ont payé les taxes ici et non prélevé par le fisc de leur pays. Donc, c’est par ignorance que certains soutiennent que c’est dangereux », a martelé Cellou Dalein Diallo.

Le leader de l’UFDG estime aussi que l’Etat devrait se servir de la « plus-value » qu’il a engrangé lorsque le prix des produits pétroliers était bas pour compenser les « moins-values » qu’il enregistre actuellement.

« Ce n’est pas honnête. Parce que lorsque le prix du pétrole a dégringolé, il (l’Etat) a eu beaucoup de plus-values. Alors, ces plus-values devraient financer les moins-values de maintenant, étant donné que nous sommes dans un contexte de difficulté particulière. Mais, il semble que le gouvernement d’Alpha Condé veut malgré tout augmenter le prix et compliquer davantage la vie à ses compatriotes… J’ai pitié des guinéens, de mes compatriotes. Je sais comment on vit dans les villages à l’heure actuelle. Mais, on ne pense pas aux guinéens, c’est ça le problème. Le manque d’humanisme de nos dirigeants, c’est ça qu’on déplore et c’est pourquoi nous devons continuer à combattre pour que la Guinée soit dirigée humainement. Les gens sont confrontés à la faim et la malnutrition, on va augmenter le prix des denrées et il sera impossible de nourrir son enfant. Lorsque tu regardes ton enfant qui a faim, tu n’as pas les moyens de le nourrir, tu as honte de ton enfant, tu as honte de toi-même », a indiqué Cellou Dalein Diallo. 

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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