Pour le reste de sa vie, Alpha Condé devra voir et revoir le film qu’il a joué ces dix dernières années. L’une des nombreuses erreurs que le désormais ancien président a commises c’est d’obtenir le pouvoir par les urnes et vouloir le conserver par la force. Il a ignoré que c’est la démocratie, avec ses corolaires de liberté d’opinion, de déplacement et de manifestations, qui protège aussi un élu.

L’investiture du nouveau président de la République ce 1er octobre 2021 tourne définitivement la page du règne tumultueux d’Alpha Condé. Les illusions du vieil homme de revenir au pouvoir grâce aux pressions de ses amis et de son réseau s’effondrent comme château de cartes. Si son reversement a suscité quelques réactions, cependant personne n’est allé jusqu’à demander son retour au pouvoir. C’est dire que la fameuse communauté internationale, qui avait fait les pieds et les mains pour le porter au pouvoir, ne se faisait aucune illusion. Elle savait dès le départ que c’est peine perdue. Les gens se sont plutôt focalisés suur sa libération.

L’armée guinéenne, qu’il clamait et proclamait fièrement avoir réformé, aura été effectivement républicaine jusqu’au bout. C’est-à-dire pendant les dix ans de règne légal du président élu en 2010. Dès lors que ce dernier a renié l’origine de sa consécration, du moment qu’il a rompu le contrat social avec le peuple, l’armée, qui est le rempart de la société, n’avait plus aucune obligation d’être républicaine vis-à-vis de lui. C’est le coup d’Etat constitutionnel du 22 mars 2020 qui a entrainé celui du 5 septembre 2021.

Les vrais amis d’Alpha Condé, tels que Kelefa Sall et Sékou Savané de la Guinée, Mamadou Issoufou du Niger, Boukounta Diallo et Abdoulaye Bathily du Sénégal et bien d’autres ont tenté de dissuader l’homme pour lui éviter la situation qu’il traverse actuellement. Sans succès. Parce que, comme nous l’avons souvent écrit, les pires ennemis de l’ancien président n’était ni Cellou Dalein Diallo, ni Sidya Touré encore moins Lansana Kouyaté. Ses pires ennemis étaient avec lui au palais. L’encourageant à ôter sa protection qui est la démocratie et ses contraintes.

Alpha Condé s’était battu avec les militants et responsables du RPG originel. Il a voulu régner avec ceux-là même qu’il a combattus. Au grand dam de ses militants. Lesquels se sont fait entendre à plusieurs reprises. Mais leur leader a fait la source oreille. L’ancien président a estimé à tort que pour réaliser son projet de présidence à vie, il fallait faire appel à ceux qui avaient joué le même rôle pour son prédécesseur. Ce qui faisait dire à certains observateurs que, finalement, seule la tête avait changé au palais. Tout le reste était là intact.

Avec le recul, on peut dire que si Alpha Condé n’avait pas marginalisé les cadres et militants de son parti, ces derniers auraient mis tout en œuvre pour éviter la catastrophe. Comme l’ont essayé de faire le doyen Sékou Savané et le jeune Ismael Condé. Mais leur mentor n’écoutait que les militants de la 25ème heure qui n’en avaient cure que la présidence Condé se termine la queue entre les pattes. Ces profiteurs de tout acabit n’avaient qu’un seul objectif : se remplir pleine les poches. Le reste ne les intéressait pas.

C’est ainsi qu’on a entendu un Premier ministre marteler qu’il préfère l’ordre à la loi. Au pire moment de la crise consécutive à la nouvelle constitution, un ministre de la Sécurité avait loué le professionnalisme des forces de l’ordre après une journée de manifestations particulièrement meurtrières. Et que dire d’un futur président de l’Assemblée nationale qui avait dit qu’il fallait aller à Bambeto armé. Ou encore d’un commandant d’une entité de la police qui qualifiait les manifestants de terroristes pour justifier la terreur de ses agents.

Sans compter les agissements de certains transfuges de l’opposition, appelés pompeusement communicants du parti au pouvoir ou ministre de la Défense sur Facebook et qui ont foulé au pied toutes les valeurs morales et ancestrales de ce pays. En s’en prenant à tous ceux qui ne regardent pas dans la même direction que leur bienfaiteur. Dans cette logique, personne n’était épargné. Ni des hommes politiques qui ont pourtant assumé les plus hautes fonctions dans ce pays. Et même des chefs traditionnels. Pour se faire une place au soleil, ces jeunes, qui se sont éduqués eux-mêmes, s’en prenaient à leur propre communauté accusée de soutenir celui qui voulait remplacer leur bienfaiteur au palais.

Habib Yembering Diallo pour guieematin.com

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