Après les baraques et autres installations de fortune, c’est désormais les bâtiments qui sont concernés par la démolition à Kaporo Rails, dans la commune de Ratoma. Cette deuxième tragédie, après celle de 1998, jette des milliers de personnes dans la rue, exposées à tout à cause d’un gouvernement qui a cassé leur toit sans jamais s’apitoyer sur leur sort. Pour la journée d’hier, lundi 25 février, les habitants ont vécu dans la panique, dans un désordre qui ne dit pas son nom, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Des enfants apeurés, des femmes en pleurs, des pères de familles désemparés ne sachant plus où aller, des objets entassés çà et là, des agents de sécurité hargneux en terrain conquis…. c’est ce triste spectacle qui a prévalu ce lundi noir à Kaporo Rails, le quartier martyr. L’incompréhension est de taille.

Mme Diallo Lamarana, concessionnaire et native de Kaporo Rails

Madame Diallo Lamarana, concessionnaire et native de Kaporo Rails, les larmes aux yeux, n’a nulle part où aller. « Nous n’avons trouvé nulle part où aller. Ils ont saccagé notre maison, on dirait que nous ne sommes pas des guinéens. Je suis née dans ce quartier, j’ai grandi ici et je me suis mariée dans ce quartier. Ils n’ont même pas averti, même pas amené des documents, des mandats, pour nous dire que vous avez un délai pour sortir. Qu’est ce que vous voulez qu’on dise maintenant aujourd’hui ? Nous n’avons même pas vue le chef de quartier, il n’est pas venu. C’est récemment qu’il est parti dire à la mosquée qu’ils viendront le lundi pour saccager les maisons. Et aujourd’hui, très tôt le matin, ils viennent démolir alors qu’on n’a même pas fini de faire sortir nos bagages. Nous n’avons pas où aller. Maintenant, les autorités doivent comprendre une chose, nous sommes les fils et les filles de ce pays. Aujourd’hui, ils nous ont fait sortir comme si nous étions des étrangers, il y a des vieux malades. Moi, ma grand-mère est là, elle est aveugle. Où voulez-vous qu’on aille avec cette vieille et nos bagages? ».

Par ailleurs, madame Lamarana Diallo dit avoir les documents qui attestent qu’ils ont acquis légalement les parcelles de Kaporo rails. « Il y a des documents qui montrent que nos parents habitaient ce quartier avant même 1998. Il y a des documents qui montrent qu’ils sont là ça fait 51 ans. Ils nous disent que cette zone est une zone réservée. Comment ça se passe, que c’est une zone réservée? Pourquoi ils n’ont pas arrêté des personnes lorsqu’il y avait eu deux maisons de construites ? Pourquoi ils n’ont pas arrêté la construction si c’était une zone réservée? Nous avons le courant, de l’eau et tout, que l’Etat lui même a fait. Nous payons nos factures et si c’était réellement une zone réservée, est-ce qu’ils allaient venir réclamer toutes ces choses là ? ».

Plus loin, madame Lamarana Diallo explique que c’est un calvaire, mais qu’elle s’en remet à Dieu. « Je n’espère rien, sauf que Dieu est là. Les agents disent qu’ils ont reçu des ordres. C’est vrai, mais ils peuvent attendre que les gens font sortir leurs biens, même s’ils ont reçu les ordres ».

Abdoulaye Djibril Diallo

Pour sa part, Abdoulaye Djibril Diallo, cofondateur de groupe scolaire Balouta Diallo, dit son incompréhension. « Je me sens vachement frustré. On n’a rien fait sortir. On a tout laissé intact. C’est une école et s’ils décident de la casser, il n’y a pas de soucis. Bon, c’est un professeur qui est au pouvoir, s’il décide de casser l’école, moi je n’ai rien à dire. Ça fait 25 ans depuis la construction de cette école. Cette année, on avait 450 élèves et plus même, de la maternelle à la terminale. Les 80% de ces élèves sont du quartier. L’avenir des enfants se trouve dans les mains de l’Etat », lance-t-il.

Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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