Depuis quelques jours, des engins lourds sont en action au quartier Kaporo rails, dans la commune de Ratoma. Sur ordre du ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire, Dr Ibrahima Kourouma, des bâtiments sont entrain d’être démolis sur les lieux sous l’œil impuissants des populations de Kaporo-rails.

Dans une déclaration rendue publique ce lundi 25 févier 2019, la jeunesse de Kaporo rails a dénoncé cette situation avant de lancer un appel au président Alpha Condé qui avait promis en mai 2016, de se pencher sur le cas Kaporo-rails.

Voici le contenu de cette déclaration, lue par Mamadou Saidou Diallo :

« C’est avec une vive émotion que la jeunesse de Kaporo-Rails a assisté, le mardi 19 février 2019, au débarquement d’un détachement de la gendarmerie dans ce quartier martyr, jadis calme. L’étonnement était d’autant plus grand que parmi les visiteurs se trouvaient le général Ibrahima Baldé, haut commandant de la gendarmerie nationale et le ministre de la ville et de l’aménagement du territoire, Dr Ibrahima Kourouma.

Le même jour, l’équipe de l’habitat, escortée par plusieurs pick-up de la gendarmerie, a marqué au rouge les kiosques, les garages et autres baraques. Cette campagne a été curieusement élargie aux habitations. Pourtant, lors de son passage dans le quartier le 2 février, le ministre Ibrahima Kourouma avait signifié aux autorités et à la population de Kaporo rails que le déguerpissement ne concerne que les kiosques et les garages.

Le mercredi 20 février, l’opération de déguerpissement a commencé par les kiosques et baraques et, en une heure, le marché Habbiba a été démoli. La haine n’épargne même pas les arbres et les installations électriques. Depuis lors, nos pères et mères vivent dans l’angoisse la plus totale.

Malgré cette situation déplorable, les sages ont appelé les jeunes et les femmes à ne pas recourir à la violence. Pendant ce temps, le contingent de la gendarmerie a continué à assiéger le quartier comme si nous étions en temps de guerre.

Pourtant, lors de sa visite à Kaporo-Rails le 4 mai 2016, le président Alpha Condé déclarait, je cite : il est du pouvoir du gouvernement de déguerpir des citoyens, mais cela se fait dans des conditions démocratiques, c’est-à-dire dans le respect des personnes et de leurs biens. En cas de nécessité de service et d’utilité publique, on peut déguerpir des citoyens, mais pas de façon sauvage, comme cela a été fait à Kaporo rails.

Il a poursuivi en affirmant : nous voulons dire à Kaporo rails, que toute la Guinée a été peinée de ce qui s’est passé ici. Mais, nous devons nous tourner vers l’avenir. Ensemble, nous devons fermer cette plaie et faire en sorte que les gens de Kaporo rails, qui ont été déguerpis, soient rétablis dans leurs droits.

Le chef de l’Etat est allé jusqu’à demander pardon à la population, un fait rare dans l’histoire de la Guinée : donc, je dois présenter des excuses aux citoyens de Kaporo-Rails, parce qu’ils ont été injustement agressés. Même si l’Etat avait le droit de déguerpir, il fallait respecter leur dignité et leurs droits. Nous allons faire en sorte que cette dignité et ces droits soient respectés.

Nous pensons que la parole d’un président de la République est sacrée, elle ne devrait pas être souillée par des cadres, quelque soit leur rang.

Cette campagne est une violation systématique de la Constitution guinéenne, en son article 13, qui stipule que « le droit de propriété est garanti. Nul ne peut être exproprié, si ce n’est dans l’intérêt légalement constaté de tous et sous réserve d’une juste et préalable indemnité ». Ce droit est aussi garanti par l’article 534 du code civil et les articles 54 et 55 du code foncier et domanial.

Aujourd’hui, c’est un nouveau drame qui se joue à Kaporo-Rails, 21 ans après la tragédie provoquée par le régime Conté. Plusieurs milliers de familles sont affectées. A ce jour, le recensement est en cours pour vous fournir toutes les statistiques.

Il y a suffisamment d’espaces vides à Kaporo-Rails qui auraient pu servir de lieux d’implantation de l’administration publique. Mais hélas, on veut tout raser. Au nom de quoi ?

Nous nous adressons au président de la République, qui est le président de tous les guinéens. Aujourd’hui, nous nous sentons étrangers dans notre propre pays. Nos maisons sont menacées, nos mères et nos femmes n’ont plus de marché et nos petits frères, qui étudiaient dans les écoles privées, ont maintenant un avenir incertain, car certains de leurs établissements sont dans le viseur du pouvoir. Nous demandons au président Alpha Condé d’user de tout son pouvoir pour éviter un deuxième KAPORO-RAILS.

Nous sommes étonnés du silence coupable des institutions de la République, des organisations de la société civile et les organisations de défense des droits de l’Homme.

La jeunesse de Kaporo-Rails reste et demeure attachée à la paix. Elle rappelle seulement que cette paix ne se construit pas dans l’injustice.

Vive la population de Kaporo-Rails !

Vive l’égalité entre les guinéens !

Je vous remercie ! »

Propos recueillis par Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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