Plainte de Thiâ’nguel à la justice de la CEDEAO : voici la réponse du régime d’Alpha Condé

1 septembre 2019 à 15 03 36 09369
Souleymane Thiâ’nguel Bah

La justice guinéenne n’a pas condamné Souleymane Bah, dit Thiâ’nguel, responsable de la Communication de l’UFDG. Ni au niveau de l’instruction, ni pendant le jugement, il n’a été établi que le nommé Thianguel (qui avait été poursuivi et condamné) est le même que Souleymane Bah, dit Thiâ’nguel. D’ailleurs, les deux (Thiâ’nguel et Thianguel) n’ont pas la même orthographe. Donc, la justice guinéenne a condamné Thianguel (qu’elle n’a pas pu identifier) et non Souleymane Bah dit Thiâ’nguel…

C’est à peu près l’idée de la réponse de l’agent judiciaire de l’Etat guinéen, à la plainte déposée à la justice de la CEDEAO par Souleymane Thiâ’nguel Bah, ancien Directeur de la Cellule de Communication de l’UFDG pour réclamer justice suite à sa surprenante condamnation par le TPI de Dixinn, le mardi 09 janvier 2018.

Rappel des faits

Après sa grâce présidentielle et dénoncé (avec Tibou Kamara et Diallo Sadakadji sur RFI) avant de le faire poursuivre et condamner suite à la tentative avortée d’un coup d’Etat présumé, le 19 juillet 2011- le vice-président de l’UFDG a été accusé de vouloir déstabiliser le parti et y a été alors exclu, le jeudi 04 février 2019. Furieux et convaincu de pouvoir transformer la sympathie de certains de ses compatriotes en soutien politique, Bah Oury (qui est un des fondateurs de l’UFDG) a refusé la décision du parti et décidé de se rendre à la réunion hebdomadaire du bureau exécutif national qui devait se tenir au lendemain de son exclusion.

Ainsi, dans l’après-midi de ce vendredi 05 février 2016, le vice-président exclu est arrivé au siège de l’UFDG avec quelques proches et un journaliste de Guineematin.com qui avait passé la journée à ses côtés. Et, comme on pouvait s’y attendre, le portail du parti lui a été fermé. Mais, il a voulu forcer l’entrée. Ce qui a entraîné un affrontement entre ses partisans et les agents chargés d’assurer la sécurité du siège. Dans cet imbroglio, une balle a été tirée d’on ne sait où et a atteint Elhadj Mohamed Koula Diallo, un des journalistes qui étaient venus couvrir cet attendu bras de fer. Le journaliste rendra l’âme peu après. Et, le monde sera surpris de découvrir son corps à la morgue de l’hôpital national Donka, à cause d’un simple malentendu entre dirigeants d’un parti politique.

Qui a tué Mohamed Koula Diallo ?

Peu après cet incident, l’UFDG a sorti un communiqué pour accuser Bah Oury d’agression et d’être l’auteur du tir qui a tué le journaliste. Le vice-président exclu réagira avec plus de virulence en retournant cette accusation de meurtre du journaliste à l’UFDG. Bah Oury ajoutera d’ailleurs que c’est lui qui était visé par la balle et portera plainte pour tentative d’assassinat. Une vingtaine d’agents de la sécurité du parti seront emprisonnés et un d’entre eux (Mamadou Saïdou Bah) y perdra la vie. Mais, rien n’a été retenu contre aucun d’entre eux. Même Amadou Sow et Alghassimou Keita (les deux agents de la sécurité de l’UFDG qui étaient encore en détention) ont été acquittés puisque RIEN n’a été retenu contre eux par le tribunal.

D’ailleurs, au cours des différentes audiences, le débat n’a jamais porté sur le meurtre de ce journaliste ; mais, sur la tentative d’assassinat de Bah Oury. Autrement écrit, le meurtre de notre confrère était devenu secondaire, mis entre parenthèses. Et, le problème qui a focalisé tous les débats était la tentative présumée de tuer l’ancien vice-président de l’UFDG.

Finalement, le tribunal de première instance de Dixinn ne condamnera aucun coupable du meurtre du journaliste, Elhadj Mohamed Koula Diallo. Par contre, il a estimé que Thianguel était le complice de ce meurtrier. Il a alors été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et un mandat d’arrêt a été décerné contre lui…

Qui est ce mystérieux Thianguel ?

Dans sa défense face à la plainte de Souleymane Thiâ’nguel Bah à la justice de la CEDEAO, l’avocat qui représente l’agent judiciaire de l’Etat a expliqué que le tribunal criminel de Dixinn avait bien mis devant le nom du condamné Thianguel la mention SAR, qui signifie « Sans Autres Renseignements ». Cela signifie concrètement qu’on n’a JAMAIS su qui était ce Thianguel !

Il importe de rappeler que c’est Bah Oury qui a été le tout premier à révéler l’inculpation de Souleymane Thiâ’nguel Bah, qui est un expert et consultant en communication et qui était au moment des faits Directeur de la Cellule de Communication de l’UFDG. Invité d’une émission de la radio privée « Horizon Fm », l’ancien vice-président de l’UFDG avait alors surpris l’auditoire en annonçant que « même Souleymane Bah, dit Thianguel est inculpé… ». Le journaliste demandera alors s’il s’agissait bien du « tout puissant chargé de communication de l’UFDG », Bah Oury répondra par l’affirmative. Mais, après tout, l’avocat de l’agent judiciaire de l’Etat écrit à la justice de la CEDEAO que Soueleymane Bah n’est pas ce Thianguel que la justice guinéenne a poursuivi et condamné…

Des avocats qui humilient la Guinée à l’étranger

A lire les arguments de Me Joachim Gbilimou, dans sa défense, au nom et pour le compte de l’Agent judiciaire de l’Etat, on a l’impression qu’il a été pris de court et a peut-être dicté quelques phrases à sa secrétaire pour répondre immédiatement à un courrier. Mais, on se rend compte qu’après le délai légal d’un mois pour sa défense, il avait demandé et obtenu un mois supplémentaire pour produire sa défense. Alors, on se demande bien comment est-ce que des préposés d’un Etat peuvent agir, au nom de tout un pays avec une légèreté aussi déconcertante !

Même le nom de Souleymane Bah est quelques fois altéré ! Et, l’étranger qui reçoit ce document (destiné à la justice de la CEDEAO) se demandera si Souleymane est Bah ou bien Diallo. Et puis, comment peut-on bâtir son argument sur la non identification d’un accusé, alors que le plaignant a bien expliqué à l’opinion qui était cette personne.

Pourtant, on apprend que même dans le dossier d’accusation, il était bien mentionné « Thianguel, se disant chargé de communication de l’UFDG ». Sans compter que dans sa lettre du 3 août 2016, adressé au ministre de la justice, Bah Oury avait encore clairement parlé de « Souleymane Bah dit Thianguel, responsable de la communication de Cellou Dalein » qui aurait pris la fuite…

Enfin, invité de l’émission Les Grandes Gueules de la radio Espace Fm, le ministre Cheick Sako, alors en charge de la justice, avait confirmé que ce Thianguel était bien le responsable de la communication de l’UFDG, suite à une question de précision, posée par un des animateurs. D’ailleurs, y a-t-il une foule de personnes qui se font appeler Thianguel dans l’entourage de Cellou Dalein Diallo pour dire qu’on ne parvient pas à identifier cette personne ?

A suivre !

Nouhou Baldé pour Guineematin.com

Ci-dessous, vous pouvez télécharger et lire la défense de l’Agent judiciaire de l’Etat contre Souleymane Thiâ’nguel Bah :

Mémoire en défense de l’Etat guinéen contre Thiâ’nguel

Souleymane Thiâ’nguel Bah
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Rentrée d’HADAFO médias, situation de la presse en Guinée : Lamine Guirassy à Guineematin

1 septembre 2019 à 10 10 10 09109
Lamine Guirassy, PDG du groupe Hadafo Médias
Lamine Guirassy, PDG du groupe Hadafo Médias

En prélude à la rentrée d’HADAFO médias, prévue demain, lundi, Lamine Guirassy, le PDG de ce groupe, a accordé un entretien à la rédaction de Guineematin.com le vendredi dernier, 30 août 2019. Il est revenu sur les nouveautés qui vont marquer cette nouvelle saison et évoqué la situation du monde médiatique guinéen, menacé par la situation économique mais aussi par la volonté des autorités du pays de restreindre la liberté de la presse.

Décryptage !

Guineematin.com : le 02 septembre 2019, c’est la rentrée d’HADAFO médias. Ce jour-là, tous les médias membres du groupe vont reprendre leurs programmes normaux, après deux mois de vacances. On sait que chez vous, chaque rentrée vient habituellement avec des nouveautés. Est-ce que ce sera le cas cette année encore ?

Lamine Guirassy : beaucoup de nouveautés évidemment. On a voulu instaurer cette année la rentrée des rentrées parce que l’actualité politique oblige, on va le dire comme ça dans ce sens qu’il y a plusieurs débats actuellement. Il fallait donc revoir la manière de faire avec l’arrivée de Kalac radio entre autres. Donc, il y aura de nouvelles émissions qui vont garnir l’antenne de la radio Espace avec beaucoup de talks évidemment. On a fait appel à deux doyens qui vont revenir cette année à l’antenne. Je veux parler de Moussa Dioumessy et de Tonton Marcel, ils étaient déjà sur nos antennes.

Là, on a voulu ressortir une émission qu’on a ici, qui s’appelle Politiquement correct dont feu monsieur Condé (Paix à son âme) animait les vendredis soir. Cette fois-ci, l’émission revient sous une autre forme, sous une autre couleur et elle sera diffusée dimanche matin sur radio Espace. D’autres nouveautés, c’est la déclinaison de l’émission Les Grandes Gueules. L’année dernière, on a commencé à donner la possibilité aux auditeurs pour qu’on puisse interagir directement, et pourquoi ne pas prendre quelques auditeurs qui se démarquent un peu de l’ordinaire.

Sur Kalac radio, notre nouvelle radio qui était à sa première puisqu’on l’a lancé au mois d’avril, il y aura la matinale qui sera animée par l’équipe de Salim Souaré, le directeur de la radio, et CX Camara qui est le directeur d’antenne. Du côté de Sweet FM, il n’y a pas un grand changement parce qu’on s’est dit que l’année a été très bonne sur Sweet. Donc on s’est dit pourquoi ne pas reconduire la même équipe et de continuer sur cette lancée avec quelques sessions que nous allons faire aussi non seulement en décembre, mais aussi l’année prochaine nous allons organiser un événement à l’occasion des 10 ans de Sweet FM comme nous l’avons fait pour la radio Espace.

L’autre nouveauté, ce sont nos éditions d’informations à la télévision qui seront désormais présentées en live, la matinale de la chaîne Espace TV qui a changé d’animateur, ça aussi ça sera en direct évidemment.

Pour cette rentrée, on avait souhaité avoir le Premier ministre comme invité dans Les Grandes Gueules lundi matin, malheureusement, pour des raisons de calendrier, il ne pourra pas être avec nous. On a souhaité aussi avoir le président Alpha Condé dans le studio d’Espace parce que pour nous, c’est bien possible. On l’a vu aller accorder une interview à une radio au Burkina Faso. Et on s’est dit qu’on a besoin de comprendre ce qui se passe au sommet de l’Etat, des gens parlent de nouvelle constitution, d’autres parlent de troisième mandat mais le président, lui, reste toujours muet sur la question, donc on a besoin de savoir ce qui se passe réellement. Mais ça aussi, ça n’a pas abouti.

Guineematin.com : vous avez profité des vacances pour faire aussi des productions. Personnellement, on vous a vu à Birmingham (Angleterre), à l’intérieur du pays notamment à Télimélé mais aussi plus récemment à Dakar (Sénégal). Quand est-ce que les téléspectateurs d’Espace TV pourront retrouver ces productions à l’antenne ?

Lamine Guirassy, PDG du groupe Hadafo Médias

Lamine Guirassy : alors, je précise d’abord que le programme s’appelle Et si c’était ça le bonheur. On a l’habitude, pendant les vacances, de partir dans les coins reculés, aller à la rencontre de ceux qui nous regardent à la télévision et ceux qui nous écoutent à la radio. Pour nous, c’est très important. Donc cette année, j’étais allé rendre visite à un ami à Birmingham, et quand la communauté guinéenne a su que j’étais là, tout le monde s’est intéressé. C’est ainsi que j’ai demandé à mon réalisateur de me rejoindre en Angleterre et nous avons tourné. Pour nous, c’était important de toucher un peu du doigt les réalités sur le terrain. Donc on a fait exceptionnellement pendant ces vacances, deux numéros du programme dénommé Et si c’était ça le bonheur.

Quand je suis revenu de l’Angleterre, je suis parti à Télimélé, parce que j’avais une promesse avec le bouillant maire de cette ville, Younoussa Goulgoul Diallo. Quand il est passé dans Les Grandes Gueules l’année dernière, il m’avait vraiment marqué. Je me suis dit qu’il faut aller le trouver à Télimélé et vérifier si tout ce qu’il disait était réel sur le terrain. Je ne l’ai pas informé très tôt que j’y allais, je l’ai juste appelé un soir, il m’a dit qu’il est à Télimélé et le lendemain j’ai pris ma voiture, je suis parti. Vous allez le voir dans le documentaire, c’est à deux kilomètres de Télimélé que je l’ai appelé pour lui dire que j’arrive. Il pensait au début que c’était une blague.

On m’avait déjà parlé de Télimélé : la manière dont la ville est délaissée comme si l’Etat a oublié complètement Télimélé. Donc la découverte était juste incroyable, je n’en revenais pas de voir qu’en 2019, une ville aussi intéressante que Télimélé soit aussi désœuvrée. Donc ce fut en tout cas une belle découverte pour moi. Vous allez évidemment voir ça à la télé à la rentrée. Je pense que ça va être en septembre ou en octobre.

Guineematin.com : vous effectuez cette rentrée dans un contexte marqué par une mobilisation des médias contre la débauche de convocations de journalistes à la justice. Comment vous percevez cette situation ?

Lamine Guirassy : je pense que c’est de l’intimidation tout simplement. On a suivi beaucoup de choses l’année dernière. Tout le monde a suivi les attaques dont nous avons été victimes l’année dernière avec des militants du RPG Arc-en-ciel qui sont venus attaquer la radio parce qu’on a fait croire à ces gens-là que c’est Espace qui a fabriqué le syndicaliste Soumah. Après ça, on a eu une semaine de fermeture avec la HAC. Mais tout cela ne nous a pas découragés. Donc tout ce qui se passe aujourd’hui, je pense que c’est de l’intimidation. Et c’est à nous de savoir ce qu’on veut à la fin du compte, parce que quand on met de côté la loi L002 sur la liberté de la presse pour utiliser une autre loi pour des cas de délits de presse, ça devient un problème.

Donc s’il n’y a pas d’union, si on ne se donne pas la main, si nous montrons l’image d’une presse qui est divisée, évidemment le gouvernement aura raison sur nous. Moi, quand j’entends certains acteurs politiques s’en prendre aux journalistes lors des assemblées générales des partis les samedis, je trouve que c’est extraordinaire. J’entends la dernière fois un ministre dire que les journalistes sont des mendiants, ils écrivent des articles sur vous et après ils vont vous voir pour vous demander un million ou deux millions. Je trouve tout ça lamentable. Mais je pense que les acquis qui sont là aujourd’hui, on doit les préserver.

On a connu des moments difficiles ici en Guinée, où même les sociétés de téléphonie, à un moment donné, avait bloqué tout, personne ne communiquait parce qu’avec les militaires, la situation était ingérable. On a su surmonter ces périodes-là, donc ce n’est pas maintenant pendant qu’on a un civil à la tête de la Guinée qu’on va accepter de reculer. Certes, ce ne sont pas nos ennemis une fois de plus, mais je pense que le respect c’est d’abord de s’écouter, le respect c’est de savoir son rôle. Mais si nous les membres de la corporation même on se marche dessus, on se divise en pro et anti je ne sais quoi, je pense qu’on ne va pas s’en sortir honnêtement parlant. S’il n’y a pas d’union, ça laisse porte ouverte à tout ce qu’on peut avoir comme conséquences derrière.

Guineematin.com : à vous entendre, c’est comme s’il n’y a pas une véritable union aujourd’hui entre les médias.

Lamine Guirassy : non, pas du tout. Il y a une union de façade. Les gens disent on est ensemble mais au fond il n’y a pas de sincérité chez certains. Pour moi, les autres radios sont des concurrents mais ce ne sont pas des ennemis. Donc il va falloir qu’on fasse la différence entre les ennemis et les concurrents. Mais en Guinée, j’ai l’impression que certains médias prennent d’autres comme des ennemis qu’il faut casser. Chose que je n’arrive pas à comprendre. Pour moi, le plus important c’est de faire son boulot normalement. Evidemment, les journalistes ne sont pas des super hommes, on ne veut pas dire que nous sommes intouchables. Mais on veut juste que les choses se passent selon les règles de l’art.

Guineematin.com : avec cette situation, est-ce que vous craignez pour l’avenir des médias en Guinée ?

Lamine Guirassy : s’il n’y a pas d’union, tout est possible. Honnêtement parlant, je pense que c’est maintenant ou jamais qu’il faut resserrer les rangs, c’est maintenant ou jamais qu’il faut avancer ensemble, parce que je pense que c’est seulement comme ça que nous allons gagner. Moi, il était prévu que je rentre de Dakar mardi, mais quand j’ai qu’il y a un sit-in qui était prévu devant la HAC, j’ai tout de suite interrompu le tournage à Dakar et je suis rentré à Conakry pour pouvoir assister à ce sit-in là parce que je pense que c’est seulement en agissant qu’on pourra avancer. Il va falloir se battre pour préserver nos libertés tout en faisant attention à ce qu’on nous faisons pour ne pas faillir.

Guineematin.com : il y a eu une synergie des médias, notamment des radios et des sites d’informations qui a été organisée jeudi. Est-ce un bon moyen de résister face à ceux qui veulent restreindre la liberté de la presse en Guinée ?

Lamine Guirassy : oui, c’est des actions salutaires parce que c’est un moyen de pression. Mais, je pense que ça ne suffit pas. Il faut envisager des actions plus fortes pour mieux se faire entendre. Je me rappelle lorsque Planète FM a commencé à avoir des problèmes à l’époque de Mandian Sidibé, quand j’ai dit qu’il faut faire une journée sans presse, je pense que c’était le début des ennuis d’Espace FM. Certains ont commencé à dire qu’Espace soutient l’opposition. C’est pourquoi je dis qu’il n’y a pas d’union véritable, parce que quand on fait des réunions et qu’il y ait des fuites, ça devient un problème. Donc des actions comme ça je pense que c’est bien, mais encore une fois il faut aller avec des actions plus fortes pour dire à ces autorités que nous avons nos droits et il faut qu’on nous respecte. Mais pour cela, il faut que nous-mêmes journalistes on se respecte d’abord.

Guineematin.com : en début de saison dernière, vous aviez en perspective le rachat d’une chaîne de télévision qui se trouve du côté des Antilles. Où en êtes-vous aujourd’hui avec ce projet ?

Lamine Guirassy : ce projet, on l’a finalement abandonné et on a opté pour d’autres projets comme la mise en place d’une radio Espace au Sénégal que nous avons aujourd’hui en perspective. Le problème, c’est que, acquérir une chaîne à l’étranger demande beaucoup de contraintes. Il y a beaucoup de conditions qui sont posées par le CSA, l’équivalent de la HAC en Guinée. Parmi ces conditions, il faut avoir 80% de programmes français à l’antenne et l’outre-mer parce que c’est une chaîne antillaise. Donc la place de l’Afrique, ça serait peut-être juste 1%. C’est ce qui m’a poussé à me retirer de ce projet et on a décidé de chercher à avoir une antenne de la radio Espace au Sénégal.

Pour nous, c’est important de développer la radio Espace au Sénégal parce que non seulement il y a une forte communauté guinéenne dans ce pays, on parle de 4 millions de guinéens vivant officiellement au Sénégal. D’aucuns me disent qu’il y en a plus. Donc après le Sénégal, on verra d’autres capitales africaines.

Guineematin.com : la mise en place de cette antenne de la radio au Sénégal, c’est prévu pour quand ?

Lamine Guirassy : en tout cas, on nous dit qu’on aura la fréquence avant la fin de l’année 2019. Espace aura 13 ans en 2020, donc on souhaite vraiment lancer les programmes de radio Espace Sénégal le 14 janvier 2020.

Guineematin.com : vous avez la radio Espace et ses filiales à l’intérieur du pays, vous avez Sweet FM, Kalac radio et maintenant vous visez le Sénégal. Quand on sait la situation économique des médias en Guinée, on a envie de se demander vraiment comment Lamine Guirassy parvient à s’en sortir si bien.

Lamine Guirassy : je pense que dans la vie, il faut savoir se planifier, c’est très important. Evidemment, il y a des partenaires qui nous accompagnent, notamment les sociétés de téléphonie, mais aussi d’autres partenaires. Mais, je pense surtout qu’il faut savoir s’organiser et ne pas mélanger l’entreprise à la famille. Si moi je disais que tout ce que je devais faire, il fallait compter sur la radio Espace, ça allait être un problème. D’où d’autres sources de revenus entre autres dans l’immobilier et tout ce qu’il y a autour. Je pense que si on ne mélange pas les poches, il n’y a pas de raisons que ça ne puisse pas avancer.

Guineematin.com : l’année dernière, vous étiez dans un projet de construction d’un siège du groupe HADAFO médias à Conakry ici, où en êtes-vous aujourd’hui avec ce projet ?

Lamine Guirassy : le projet est à 70% d’exécution. L’immeuble qui doit abriter les studios est carrément fini, aujourd’hui on est sur la construction des bureaux. On espère terminer tout ça en 2020 inch’Allah.

Guineematin.com : un dernier pour terminer cet entretien.

Lamine Guirassy : c’est de remercier vraiment la rédaction de Guineematin.com et ses lecteurs. Je garantis aux auditeurs que je serai cette fois encore à l’antenne et que nous ferons tout pour que d’ici la fin de saison 2020 pour qu’on puisse avoir nos antennes à Télimélé entre autres, il y aura également radio Espace Kindia que nous allons lancer et radio Espace Sénégal. Ce sont les trois objectifs que nous nous fixons pour cette nouvelle saison.

Interview réalisée par Alpha Fafaya Diallo et Aissatou Sow pour Guineematin.com

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