Alpha Condé, président de la République

Si les Guinéens ne connaissent pas l’état d’urgence, ils connaissent en revanche l’état de siège. Au pire moment de la crise de janvier et février 2007, le gouvernement avait instauré un état de siège. Lequel était très contraignant pour le citoyen, privé de sa liberté. Sur la base de cette réalité vécue il y a 13 ans, les citoyens s’attendaient à une certaine restriction de leur liberté après l’instauration de l’état d’urgence sanitaire. Rien n’en est. Cet état d’urgence n’a eu pour le moment aucun impact sur le quotidien du citoyen.

Seul bémol, la fermeture des lieux de culte et les écoles. Pendant que les mosquées, les églises et les écoles sont hermétiquement fermées, les marchés et par endroits les débits de boissons, eux, sont ouverts. D’autres sont même bondés du monde. Or si le nombre de fidèles dans une moquée ou celui d’élèves ou d’étudiants dans une salle de classe ne dépasse rarement 50 personnes, au marché ce sont des milliers qui se retrouvent chaque jour.

En sillonnant Conakry et sa proche banlieue, on peut observer un certain nombre de choses devant lesquelles on se demande s’il faut pleurer ou plutôt en rire. Ce fut par exemple le cas ce dimanche à Kagbelen. Plus précisément sur la route qui mène au camp Kwamé N’Kurumah. Alors que la cour de la mosquée est cadenassée, non loin de là un débit de boisson ouvre sa porte par derrière. Un autre, lui est carrément ouvert. Le monde à l’envers dans un contexte où, à défaut de recourir aux chefs religieux pour prier le Créateur de nous débarrasser de cette pandémie, on devait néanmoins appliquer l’interdiction équitablement.

Que dire du transport routier. La mesure gouvernementale interdisant la surcharge sans aucune mesure d’accompagnement est ignorée par les transporteurs. Ceux qui respectent le nombre autorisé, double le tarif. Provoquant des grincements de dents ici et là. Raison pour laquelle les transporteurs étaient en en débrayage ce lundi pour justement protester contre la mesure gouvernementale.

Or, dans un contexte comme celui-ci, la moindre chose que l’Etat pouvait faire c’était de diminuer le prix du carburant à la pompe. Même si le prix du baril était en hausse sur le marché international. Ce qui n’est pas le cas. Comme l’ont fait nombre de gouvernements en Afrique et dans le monde, pendant cette crise sanitaire sans précédent aucun sacrifice n’est de trop pour un gouvernement. Le nôtre fait exception.

S’agissant de l’insalubrité de la ville, celle-ci reste plus jamais sale. Et pourtant plus que par le passé l’assainissement de Conakry et de toutes les villes de Guinée pour prévenir la propagation du mal devait être une priorité. Les montagnes d’ordures restent et demeurent comme si de rien n’était. Il y a qu’à voir les marchés de Gbessia, de Matoto, d’Enta et de Sonfonia pour ne citer que ceux-là. Ou, plus loin, le rond-point du KM 36 où la montagne d’ordures domine désormais le mur de limitation construit pour séparer le marché de la route.

Finalement, il serait intéressant que le gouvernement guinéen nous explique c’est quoi un état d’urgence sanitaire. Si celui-ci consiste à s’occuper des malades, quelle est la différence entre Ebola et Corona en termes de gestion de l’épidémie. Or, comme on le voit ailleurs, il n’y a aucune comparaison entre les deux. Si Ebola est plus létal, Corona, lui, est plus contagieux. A situation exceptionnelle mesures exceptionnelles.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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