Après le report du double scrutin, les Guinéens ont poussé un ouf de soulagement. Le pire a été évité de justesse. Mais, l’opposition et le FNDC restent prudents. Ils savent qu’en cédant devant la demande de la communauté internationale, leur adversaire a incontestablement marqué des points. S’il est toujours perçu comme le principal auteur de la crise avec sa nouvelle constitution et ses élections qui excluent les principaux partis de l’opposition, en revanche son acceptation de la demande de ses pairs le présente désormais en homme de dialogue.

Dans cette histoire, c’est véritablement celui qui perd qui gagne, paradoxalement. C’est donc Alpha Condé, qui a cédé contre la volonté de ses partisans, qui tire son épingle du jeu. Ses adversaires en sont conscients. Pour qui connait l’homme sait qu’il ne va jamais céder sur un point sans avoir obtenu un autre. Il a donc dû obtenir de garanties de la CEDEAO. Cette dernière envoie une mission d’experts de l’organisation pour assainir le fichier électoral dénoncé par l’opposition.

La CEDEAO se serait-elle engagée, contre l’assainissement du fichier, le report du référendum et les élections législatives, à cautionner une nouvelle constitution ? C’est là toute la question. Le fichier électoral n’est qu’une partie de la crise. La principale pomme de discorde, c’est la nouvelle constitution qui ouvrirait la voie à un troisième mandat. Or, la précipitation de l’envoie d’une équipe d’experts en informatique par l’organisation sous régionale donne l’impression que pour elle le fichier est une fin en soi.

Et la venue de ces experts risque d’occulter le vrai débat. Le vrai débat qu’il faille poser sur la table est celui du projet de nouvelle constitution. A supposer que, par miracle, les experts parviennent à assainir correctement le fichier électoral et que la CEDEAO parvienne à son tour à convaincre le président guinéen d’organiser des élections législatives inclusives couplées au référendum, l’opposition va-t-elle participer à ces élections ?

Si la réponse à cette question est oui, on peut encourager l’organisation sous régionale à continuer sa mission. Si en revanche, on est convaincu d’avance que ni l’opposition ni le FNDC n’accepteront cette hypothèse, il faudrait alors s’atteler à l’essentiel. L’essentiel pour le moment, c’est le maintien de l’actuelle constitution.

Le FNDC a déjà annoncé les couleurs avec une nouvelle journée de résistance contre ce projet projetée ce jeudi. Une menace que M. Alpha Condé ne manquera pas d’exploiter. Pour dire à ses interlocuteurs d’Afrique et d’ailleurs que c’est lui seul qui œuvre pour la paix et la quiétude.

Pour nombre d’observateurs, si la communauté internationale veut aider la Guinée à sortir la tête de l’eau, il faudrait toucher le fond de la crise. A savoir, le projet de nouvelle constitution. Tant que ce projet est maintenu, les efforts des uns et des autres ne seront qu’un coup d’épée dans l’océan.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

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