Les mots et les maux du ministre

Habib Yembering Diallo

Dans la foulée, le maire de la commune où se trouvent les deux cimetières, nous a adressésune fin de non-recevoir à la demande de fermeture les lieux. Après ce refus et la venuedes miens, je ne suis pas resté insensible à ces concerts d’indignations. Pris entre les injonctions de mon patron et les indignationsde tout ce monde, je suis véritablement entre le marteau et l’enclume. Désobéir au premier est synonyme de mon renvoie du gouvernement. Mais défier tous les autres pourrait me rattraper demain. 

Les uns et les autres font valoir leurs arguments. Les partisans de la fermeture de ces cimetières estiment que dès lors qu’il n’y a plus d’habitants dans les zones il n’y a plus aucune raison d’avoir de cimetières. Arguant que le centre directionnel n’est pas une zone d’habitation. Les autres répliquent que ce n’est pas parce qu’on ne va plus enterrer dans ces cimetières qu’il faille les profaner. Et le maire de la commune a utilisé ces mots très forts pour me dissuader de de passer de la parole à  l’acte. 

Pour te dire la vérité,  je ne sais pas comment gérer cet épineux problème. Sachant que nous sommes des mortels, sachant que nous sommes tous des musulmans, le mot profanation me fait froid au dos. Entrel’exécution de la volonté de mon patron et l’appel à sursoir voire abandonner ce projet et tout le mythe lié à lui, je pense que je devrais choisir le second. Par exemple, convaincre mon patron de la nécessité de clôturer ces lieux sans toutefois toucher à une seule tombe. Même si, selon Mark Twain, « On pourrait citer de nombreux exemples de dépenses inutiles. Les murs des cimetières : ceux qui sont dedans ne peuvent pas en sortir, et ceux qui sont à l’extérieur ne veulent pas y entrer ».

Tu conviendras avec moi que même si je vomis le Saint Coran que notre décision est débarrassée de la politique politicienne personne ne va me croire. En premier lieu toi-même, si du dis la vérité. Parce que tout simplement le cimetière que l’oppositionqualifie celui ses martyrs fait partie. Pour elle et pour beaucoup d’autres observateurs, notre décision n’a d’autres objectifs que de faire de ce cimetière ce que nos prédécesseurs ont fait du Camp Boiro.

En tant que technicien je ne voulais pas m’impliquer dans cette histoire. Déjà mon nom a pris un sacré coup à cause de la démolition des maisons. Si je devais ajouter à cela la profanation de ces cimetières, le passage de ton ami dans le gouvernement aura été tout sauf honorable et mémorable. C’est pour cette raison que je suis à la recherche de solution qui puisse me blanchir. Je ne t’apprendrai rien en te disant que nos compatriotes ont la mémoire très courte. Si je démissionnais demain pour marquer mon désaccord par rapport à cette situation, mes pourfendeurs d’aujourd’hui seront les premiersà m’applaudir. 

Mais démissionner dans ce pays est la chose la plus difficile. Car parents, amis et connaissances ne voudront pas entendre ce mot. Pour eux entre l’honneur et le bonheur il ne faut pas hésiter une seule seconde pour choisir le second. Si j’ai pris la peine de me livrer à cet exercice que je n’ai pas fait depuisbien longtemps, c’est que, bien évidemment, j’ai besoin de ton avis sur la question. 

En attendant cet avis, que j’attends avec impatience, je te prie de garder le contenu de lettre strictement confidentiel. 

Ton ami le ministre

Habib Yembering Diallo, joignable au 664 27 27 47

Toute ressemblance entre cette histoire et une autre n’est que pure coïncidence.

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