C’est toujours avec beaucoup de fierté qu’un père voit son fils embrasser son métier. Sékouba et Kabinet ont hérité de la voix mâle de l’illustre Sory Kandia Kouyaté ; le Général Sékouba du capitaine Doubani Konaté ; Elhadj Badrou de Thierno Abdourahmane Bah ; Julien de Mamadou Aliou Kéita Njoléa ; Abdourahmane de Docteur Mamadou Saliou Diallo et de Nénédio Souaré, infirmière d’Etat.

Le grand père et homonyme était aussi docteur, mais vétérinaire celui-là. Il a longtemps servi à Youkounkoun en pays Coniagui, et eut des fils remarquablement bien formés : Hadja Néné Gallé ; l’ingénieur des ponts et chaussées, Chérif ; l’administrateur civil, Saïkou Yaya, etc.

Comme on le voit, l’ancien ministre de la Santé de la République de Guinée est né et grandi dans la rigueur d’une éducation et une formation académique assidue estampillée d’excellence, même en dehors du pays où son expertise est sollicitée pour conduire des programmes et projets dans plusieurs pays à travers le monde.

C’est ce qui lui a valu d’arracher, au prix d’un concours auquel cinq cents candidats ont pris part, le poste de responsable de l’ONU-Palu, quelques mois seulement après son départ du gouvernement. Une récompense du mérite dans la perpétuation des valeurs de ces illustres cadres de sa famille paternelle et maternelle dont l’ancrage académique et sociologique en font le creuset de la préfecture de Mali.

Descendant du Kaldouyanké, Thierno Mamadou Cellou, dit Karamoko Alpha Mo Labé, dont l’ardente braise est entretenue par son père, docteur Diallo à travers la fondation Abdourahmane, dégage le profil d’un cadre compétent doté d’une grande intelligence, courtois et humble qui a horreur des souverainetés excessives.

Cette histoire vécue le confirme. Un jour, alors qu’il était Ministre de la Santé, nous avons pris un vol d’Air France au départ de Paris pour Conakry, via Nouakchott, en Mauritanie. Au dessus du détroit de Gibraltar, une passagère arabe, voulant mettre son bébé dans le berceau, le fit maladroitement tomber. Des pleurs incessants s’en suivirent au point que l’équipage n’écarta pas l’idée de faire demi-tour pour atterrir dans la ville espagnole la plus proche. C’est en ce moment qu’une hôtesse commença à se demander s’il n y avait pas un médecin à bord. Je lui fis appel et lui indexa Abdourahmane, dont j’étais séparé de quelques fauteuils seulement en business.

J’ai dit à l’hôtesse que c’était le ministre de la Santé de la République de Guinée, de surcroit mon beau frère (cousin à ma femme), mais de ne pas lui dire qui était son informateur. L’hôtesse alla présenter ses civilités à Abdourahmane qui demanda qu’on lui amena le bébé, toujours en pleurs dont les parents étaient devenus anxieux.

Alors, Abdourahmane tint tour à tour les bras du bébé, le secoua et le posa sur ses genoux. Le bébé arrêta de pleurer et se mit à jouer et nous continuâmes le vol sur Nouakchott où le couple devait descendre avec beaucoup de compliments adressés à Abdourahmane. L’hôtesse me remercia et c’est à travers ces lignes qu’Abdourahmane saura que c’était bien moi l’informateur.

Peut être que la chance d’Abdourahmane, c’est d’être parmi les héritiers d’une longue tradition de la présence de l’école française dans Mali, voulue et surtout entretenue par un chef charismatique, clairvoyant et visionnaire, Thierno Chérif Yembéring. Ce chef de canton, tout comme Alpha Saliou Porédaka (Mamou), avait très tôt compris qu’il fallait aller apprendre à « souder le bois au bois », comme l’a écrit cheik Hamidou Kane, dans son roman « l’Aventure ambiguë ».

C’est pourquoi, Yembéring et Porédaka portèrent le nom flatteur de « quartier Latin » du Fouta Djallon et l’illustrèrent par le mariage entre le brillant Boubacar Telli Diallo et Nénan Kadiatou Sampiring Diallo.

Ils prirent d’assaut, par centaines, l’école française et furent des cadres dans tous les domaines de la vie nationale : le ministre des travaux publics, Cellou Bamba ; le brillant magistrat, Abdoul Ghadiri Wora, docteur Souleymane ; l’ingénieur, Alimou Diallo ; les cousins d’Abdourahmane : Mamadou Saliou ; Aissatou Tidiane, docteur et fonctionnaire internationale ; Binta Tidiane, Ousmane Hafia, l’autre Abdourahmane, la liste est longue de ces fils et filles des cantons de Dougountouny, Yembéring et Madina Wora, à aristocratie régnante Kaldouyanké dont les compétences avérées font l’unanimité, contrairement à bien des cantons du Fouta Djallon.

Et ce n’est pas tout, car Abdourahmane a tété le savoir au sein d’une mère issue d’une prestigieuse famille maraboutique : les Souaré. Celle du Premier ministre, Ahmed Tidiane Souaré ; du ministre et ancien basketteur international, Ousmane Souaré ; de l’inspecteur des douanes, Minkael Souaré, en alliance familiale avec les Tounkara, celle du ministre des Sports du triplé du Hafia77, Manma Tounkara, des Sacko et des Dieng, la descendance du chef de canton de mali-centre, Alpha Mamadou Cellou Dieng, le père de l’historien-archéologue Ousmane Dieng, et grand père maternel du cardiologue, le professeur Dadhi Baldé. Non loin de là, Somba, le village du boxeur-député Lansana Béa Diallo.

La caravane du savoir prend tout Mali, jusqu’à Donghel Sigon, Salambaldé, Fougou, Hidaya, Lébékeré et Balaki.

C’est donc ces terres labourées par la charrue de l’histoire, ensemencées des graines du pouvoir et du savoir qui sont celles de l’éminent médecin et fonctionnaire du Système des Nations Unies. Abdourahmane Diallo, un des guinéens qui fait merveilleusement bien la fierté de la Guinée. Peut-être, comme le président Abdou Diouf, il n’a jamais traversé la rue pour acheter une miche de pain chez le boutiquier. Il tient une planchette du coran sur les genoux un livre dans les bras ou encore une plume dans l’encrier.

Rien à dire. Quand on a tété le savoir au sein et à la barbe de si valeureux parents, appartenant à deux emblématiques familles, on ne peut faire autrement ni être autre chose que soi-même.

Amadou Diouldé Diallo

Journaliste-historien

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