Dix ans après son transfèrement à La Haye, Laurent Gbagbo est de retour en Côte d’Ivoire. Un évènement inédit. Un chef d’État, accusé de crimes contre l’humanité, extradé par son pays, revient triomphalement dans ce pays dix ans après, totalement blanchi par la justice internationale. Pour cet opposant historique devenu président de la République, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Ce mois de juin 2021 est différent le mois d’avril 2011, année à laquelle il fut expédié comme un colis à La Haye, au Pays-Bas.

Même si les pro-Gbagbo évitent tout triomphalisme, l’acquittement de l’ancien président par la Cour Pénale internationale est incontestablement une grande victoire pour cet homme. Finalement on a le sentiment que l’éloignement de celui dont la présence aurait été plus que gênante pour le nouveau président n’avait d’autre objectif que de permettre à Alassane Ouattara de diriger librement la Côte d’Ivoire. Comme on dit à Abidjan, deux caïmans ne peuvent pas cohabiter pacifiquement dans le même marigot.

Laurent Gbagbo

Dire à la planète entière que personne n’est coupable de la mort de près de 3 000 personnes est une insulte à l’intelligence de l’humanité entière. Et pourtant, le transfèrement de Laurent Gbagbo était censé justement rendre justice aux victimes. Mais le fait que depuis la fin de la crise la machine judiciaire interne et externe n’a sévit que contre un seul camp, fragilisait cette justice. Certes c’est le refus de Laurent Gbagbo et les siens de reconnaitre les résultats de l’élection présidentielle qui fut à l’origine de la crise. Mais, il est indéniable que des crimes ont été commis par les deux camps. Alors que jusqu’ici aucun responsable du camp Ouattara n’a été inquiété.

D’où le cri à la justice partielle, parcellaire et partiale par le camp Gbagbo ainsi qu’une bonne partie de l’opinion publique tant locale qu’internationale. Que la justice ivoirienne ne lève pas un petit doigt pour demander des comptes aux vainqueurs, cela se comprend sous les tropiques.  Même si cela ne se justifie pas. Dans nos pays, la justice est souvent aux ordres du pouvoir en place. Il est illusoire de penser que la justice ivoirienne pouvait demander des comptes aux vainqueurs.

En revanche, le silence de la justice internationale est plutôt troublant voire révoltant. En poursuivant un seul camp, la CPI a apporté de l’eau au moulin de tous ceux qui estiment qu’elle ne poursuit que les faibles. La Cour pénale internationale est accusée d’être comme une toile d’araignée. Elle attrape le faible et se fait écraser par le fort. Paradoxalement, l’acquittement de Laurent Gbagbo et certains de ses proches comme Charles Blé Goudé a quelque peu redoré le blason de la CPI. Une nouvelle fois la CPI a montré qu’elle préfère acquitter un coupable que de condamner un innocent.

Il reste à savoir si, après le retour du bouillant ancien président, la CPI va se tourner vers l’autre partie. Ou si elle a va passer les trois milles victimes comme perte et profit. Car ce ne sont pas des extra-terrestres qui sont descendus pour perpétrer des massacres à Abidjan. Pourtant l’hypothèse de l’impunité est la plus plausible dans la mesure où, aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur, les protagonistes et les partenaires de la côte d’Ivoire semblent privilégier la réconciliation nationale au détriment de la justice.

Ce qui serait une grave erreur. Sans vérité, sans justice, les victimes et les leurs vont faire semblant d’avoir pardonné et même oublié. Mais ils n’attendront qu’une seule occasion pour prendre leur revanche. Ainsi, devant l’incapacité de la CPI à rendre justice, les Ivoiriens doivent impérativement trouver les mécanismes appropriés pour organiser une réconciliation basée sur la vérité et la justice. Autrement le réveil des vieux démons qui dorment sera des plus terribles.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Facebook Comments Box

Commentaires

Guineematin