Des bulldozers du Ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire sont en action depuis avant-hier, jeudi 23 mai 2019, pour démolir des bâtiments à la décharge de Dar-Es-Salam, dans la commune de Ratoma. Les opérations se sont poursuivies ce vendredi avec des victimes inconsolables qui perdent tout en un laps de temps, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Le gouvernement guinéen vient de mettre à exécution sa menace de déguerpissement des citoyens qui habitent aux abords de la décharge de Dar-es-Salam. Toutes les maisons se trouvant à proximité de la montagne d’ordures ont été démolies au grand dam des occupants qui n’avaient que leurs yeux pour pleurer.

Impuissantes face aux trois bulldozers qui broyaient leurs maisons et raclaient tout sur leur passage, certaines victimes ont exprimé leur désolation face à ce qui leur est arrivé. C’est le cas d’Ibrahima Diallo, trouvé en train de rassembler quelques objets dans les décombres de sa maison. « J’ai mon cœur qui saigne. Je ne pouvais pas du tout croire pendant le mois de Ramadan qu’on pouvait venir nous déguerpir en ce moment-là. On savait qu’on allait quitter, mais on croyait au moins, dans un pays musulman, qu’on pouvait attendre jusqu’à la fin du Ramadan. Actuellement, nous avons tous nos enfants dehors et on ne sait quoi faire. On n’a pas où aller », a-t-il laissé entendre.

Abondant dans le même sens, Dr Abdoulaye Conté soutient qu’ils ont été déguerpis sans ménagement par le gouvernement. « On nous a déguerpis à tort et à travers. En plein mois de pénitence, ce président vient nous faire pleurer comme ça, nous humilier de manière désinvolte. Nous, on est déçus de ce gouvernement. On a tout fait de venir pour qu’on leur raconte la vraie histoire de ce quartier. Ils n’ont pas pu nous envoyer des émissaires pour la vérification. Les gens étaient venus un vendredi pour commencer à cocher les bâtiments, après avoir tué les gens là-bas. Parce qu’ils ont provoqué le drame qui s’est passé ici. C’est le génie militaire qui poussait les ordures vers la population. Ce n’est pas un éboulement du tout, ça a été provoqué », a-t-il laissé entendre.

Pour sa part, Alhassane Bah a fait savoir que ce qu’il redoutait s’est malheureusement produit. « C’est désolant. Moi, quand je vois ça, je tremble et je ne sais quoi faire. Ça a dépassé tout le monde, même si on dit que l’Etat est fort, ce n’est pas avec les citoyens. Où va-t-on se réfugier ? Maintenant-là, on est obligé de passer la nuit dehors. Il faut voir l’état dans lequel je suis arrêté comme ça. C’est désolant de venir casser ici pendant le mois de Ramadan. Ça ne s’est jamais fait dans un autre pays si ce n’est pas la Guinée. Depuis la prise du pouvoir par le vieux, on n’a rien senti », fustige-t-il.

Les gendarmes présents pour sécuriser les lieux ont souvent fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des jeunes qui ont voulu s’opposer à l’opération.

Après avoir démoli les maisons concernées, d’autres concessions ont été cochées dans la soirée d’hier, vendredi 24 mai 2019, par les cadres du ministère de la ville. La désolation et la tristesse se lisaient sur les visages des nombreux citoyens qui ne s’attendaient pas à pareil scénario. En pleurs, ils ont aussitôt commencé à plier bagages pour quitter leurs domiciles avant l’arrivée des bulldozers.

Siba Guilavogui pour Guineematin.com

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