Dr Alhoussény Diallo, ancien inspecteur général aux affaires religieuses

Les fidèles musulmans continuent d’observer le jeûne du mois saint de Ramadan, entamé depuis le 05 mai 2019. L’on se rapproche des dix derniers jours de ce mois de pénitence, qui doivent être marqués par des prières nocturnes intenses telles que recommandées par l’Islam.

Pour parler du Ramadan en général, des dix derniers jours en particulier, des vertus du jeûne, du rôle de l’homme dans sa communauté, du calendrier lunaire musulman, utilisé dans notre pays et dont il est le concepteur, Guineematin.com a reçu la visite dans ses locaux de Dr Alhoussény Diallo. Ce septuagénaire, originaire de la sous-préfecture de Brouwal Sounki, dans Télimélé, est détenteur d’un doctorat en Théo-Pédagogie, ancien inspecteur général aux affaires religieuses. De nos jours, Dr Alhoussény Diallo est enseignant-chercheur à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, au département Langue Arabe.

Guineematin.com : d’entrée de jeu, quelle est l’importance de ces 10 derniers jours du mois de Ramadan dans la vie du musulman ?

Docteur Alsény Diallo : d’abord, nous sommes dans un mois de pardon et de tolérance, vous savez que le ramadan est le quatrième pilier de l’islam. C’est le fondement de la religion, mais n’oubliez pas qu’il y a beaucoup de choses à faire. Quand vous prenez la journée qui a 24 heures, vous partagez ce temps comme suit : 8h de travail, 8h pour le sommeil et enfin 8h pour les affaires sociales, maintenant que reste-t-il à la prière ? Pas trop. Les cinq prières quotidiennes ne peuvent pas prendre plus d’une heure, comme en tout c’est 17 rakats. Si vous augmentez 17 autres rakats pour la prière nocturne, vous ne prendrez pas plus de 2heures. Et maintenant, c’est seulement ces deux heures qui sont exclusivement réservées à la prière. Quand tout se limite à ça, vous comprendrez que le temps est court. Maintenant, Dieu le miséricordieux nous a accordés ce mois de Ramadan pour l’adorer en toute circonstance. C’est seulement ce mois de ramadan qu’on a pour L’adorer au moins 12 heures par jour de l’aube à 19 h, parce que tant que tu es à jeûne, tu ne fais qu’adorer Dieu, parce que même pendant la nuit, dans le sommeil, quand tu es bien purifié, tu es en train de l’adorer. A part ça, le Ramadan ne demande pas à ce qu’on abandonne de faire le mal seulement pour la circonstance, car tel n’a jamais été une autorisation avant le mois. Donc, de ce point de vu là, il s’agit de respecter les principes religieux pour pouvoir adorer Dieu dans des conditions normales en se méfiant de tout ce qui est interdit par le prophète Mohamad (Paix et Salut sui Lui). Et surtout n’oublions pas que c’est pendant ce mois que le Coran a fait son apparition. Il est conseillé encore aux musulmans de s’abstenir de parler du mal, de voler, d’insulter, de se bagarrer avec quelqu’un d’autre. Il est appelé à renforcer le bon comportement, à cultiver l’amour et la tolérance. Même manger et boire s’inscrivent dans le cadre d’adorer Dieu, si les conditions sont satisfaites, c’est-à-dire reconnaitre les bienfaits de Dieu, à plus forte raison si tu pries ou tu lis le Coran.

Guineematin.com : que dire des dix derniers jours du mois de Ramadan ?

Docteur Alsény Diallo : pour honorer ses créatures, Dieu a envoyé les 10 derniers jours du mois de ramadan pendant lesquels, on doit identifier la nuit de Laylatoul Ghadri dans les nuits impaires pour implorer la grâce d’Allah. Cette nuit équivaut à l’adoration de 1000 mois. Et, 1 000 mois nous font 83 ans 4 mois, qui correspondent à la vie d’un homme qui adore Dieu de façon réaliste, c’est l’équivalent à la nuit de Laylatoul Ghadri. Imaginez pour celui qui vit pendant longtemps et qui profite bien de cette nuit. On multiplie les biens pour l’intéressé. C’est pourquoi pendant ces jours, le prophète Mohamed (PSL) revenait à la maison pour réveiller toute sa famille pour accomplir la prière. Donc, essayons de faire comme lui chaque fois. Maintenant, comment jeûner ? Et qui est intéressé par le jeûne ? Cesser de manger, boire, qui en veut ? L’âme n’aime pas ça, mais c’est une occasion de nous ramener sur le bon chemin. Dieu a fait appel à tout le monde : « vous les repentis, on a inscrit en vous le jeûne », pour éviter que les gens disent que le Ramadan est difficile. Il poursuit, « mais vous n’êtes pas les premiers à avoir pratiqué le jeûne, vos devanciers aussi ont jeûné ». Ça, c’est juste pour éviter que les gens se disent, pourquoi c’est seulement nous ? Maintenant, il nous a montré qu’il faut qu’on imite d’autres. Vous savez, on a fait venir la sourate « Bagharati Houdan lilmoustaghine » afin de faciliter la soumission, mais exception faite aux voyageurs et malades qui sont autorisés à ne pas jeûner, surtout les vieilles ou les faibles personnes. Mais, le plus important pour eux, c’est de jeûner pour mieux être récompensé. Après tout, Dieu dit que Ramadan, c’est le mois pendant lequel le Coran est descendu pour convaincre ses créatures de plus, c’est ainsi qu’il a exigé aux gens, celui qui est en bon état de santé, n’est pas en déplacement, de jeûner le mois de Ramadan. Un moment viendra où on ne va pas chercher la lune, les fidèles l’observeront seulement. Par exemple ce mois-ci, dans la nuit de dimanche à lundi, la lune a fait 42 minutes après le soleil. Ça suffisait pour l’observer. Nous nous connaissions ça. Donc, ceux qui n’ont pas débuté leur jeune le lundi (5 mai 2019, ndlr) ont raté le premier jour. Il dit, quand tu implores la grâce divine, il va te répondre positivement, surtout pendant ce mois de Ramadan. Seulement, il aime qu’on le flatte à tout moment pour qu’il puisse accorder ses grâces à ses créatures. Les prières formulées par un voyageur, quelqu’un qui a juste couper son jeun, ou à l’aube seront toujours exhaussées. Dieu ne s’éloigne pas et ne s’éloignera jamais de ses créatures.

Guineematin.com : au cours de votre intervention vous avez évoqué le cas des prières nocturnes dans les 10 derniers jours du mois de Ramadan avec le prophète Mohamad PSL qui revenait à la maison avec sa famille. Quel est le lieur le mieux indiqué pour ces prières-là ?

Docteur Alhoussény Diallo : tout est normal, mais le mieux, c’est de rester à la maison pour faire ses prières nocturnes. Mais, ces derniers temps, avec le mouvement salafiste, vous verrez des gens qui se mobilisent pour lire tout le Coran en une nuit, ce n’est pas grave. Le prophète n’a pas fait tout ce qu’il faut faire, mais il a fait tout ce qui est normal. Tout ce qu’il interdit, éloignons nous de ça et tout ce qu’il autorise, faisons autant que nous pouvons. Celui qui dit qu’il ne va pas faire, sauf ce que le prophète a fait, il aura beaucoup dit, et celui qui dit tout ce que le prophète a fait, il va le faire, il a exagéré par ce que ça n’existe pas et c’est impossible. Mais, ne faisons pas ce qui est interdit par le prophète. De toute façon, il nous a montré le chemin à suivre ce qui est bon pour le musulman.

Guineematin.com : on va changer de sujet pour parler du devoir d’un musulman vis-à-vis de sa société. Qu’est-ce qu’il est recommandé de faire pour la communauté ?

Docteur Alhoussény Diallo : c’est une question très importante. D’abord, la terre et le ciel et tout ce que nous ne connaissons pas, ont été créés pour faciliter la vie aux humains avant de demander à Adama et Hawa de rester là. L’inauguration de tout ça a été faite par ces deux. « Nous respectons l’être humain en le rendant supérieur à tout ce qui existe sur terre ». L’être humain, avec toute sa grandeur, quand nous demandons toute suite à quoi nous servons ? C’est quoi notre importance dans la société ? Je ne pense pas qu’on aura une réponse. Mais, tout ce que Dieu a créé nous sert. Vous verrez des gens qui disent que le serpent n’a aucune importance, alors que ce n’est pas vrai. Si le serpent n’était pas féroce, on n’allait pas avoir peur de lui ; et d’ailleurs, il y a des médicaments à base de serpent. Tout ce que Dieu a créé est important pour nous. Mais en revanche, c’est quoi notre importance dans la société ? On est utile au soleil ? A la lune ? A la terre ? Pour le ciel ? Quelle est notre mission alors ? Tout est utile pour nous. Mais nous, nous sommes utiles pour rien, voyez-vous. Dieu a créé tout pour nous et nous il nous a créés pour lui. Maintenant, comme nous ne servons à rien, alors que tout est utile pour nous, qu’est-ce qu’il faut faire ? C’est de rendre service à l’humanité pour bénéficier de la grâce d’Allah afin d’avoir son paradis. Quelqu’un avait demandé au prophète (PSL) un jour, parmi tous les humains, Dieu préfère qui ? En réponse, le prophète Mohamad (PSL) avait répondu Dieu aime beaucoup celui qui lui rend service de plus. Et celui qui est aimé par Dieu est toujours récompensé du bien. Et Dieu aime quoi au juste ? Il a répondu encore en disant « tout ce qui rend l’homme heureux ». Puis, « allez aider les gens à avoir à manger m’est beaucoup important que de rester dans ma mosquée ici », avait dit le prophète. Donc, il faut être utile à l’humanité et l’orienter vers le bon chemin, saluer les gens, leur serrer la main de façon normale, avoir un cœur ouvert et être de bonne moralité. Un autre jour, ils ont demandé au prophète qu’est ce qui est meilleur dans l’islam ? Il a répondu en disant que c’est la salutation, faire manger aux gens et se lever pour accomplir la prière pendant la nuit. C’est pour nous faire comprendre que notre paradis ou l’enfer est lié à l’humanité.

Guineematin.com : est-ce que dans ce cas c’est seulement pour les musulmans qu’il faut faire du bien ou c’est valable pour tout le monde ?

Docteur Alhoussény Diallo : je vous rappelle que les envoyés de Dieu, leur mission ne se limitait pas seulement qu’aux musulmans, mais à ceux qui ne sont pas musulmans. C’est valable pour tout le monde et tout ce que Dieu a créé. Si tu aimes Dieu, tu dois aimer forcement ses créatures. Il faut donc adorer Dieu en public et privé, être son esclave. Il faut être bon envers tout le monde pour sauver la face du musulman devant les autres, cherchez à mériter leur confiance.

Guineematin.com : donc, vouloir seulement adorer Dieu sans venir en aide aux gens, doit être fortement déconseillé ?

Docteur Alhoussény Diallo : non pas ça. Dans ce cas, il aura très mal adoré Dieu. Comment peut-on adorer Dieu sans le soutien des autres ? Qui lui sert à manger s’il faut adorer Dieu ? On ne peut pas s’éloigner des autres.

Guineematin.com : parlez-nous du calendrier que vous avez mis en place qui est aujourd’hui une référence. D’où est venue l’idée de sa préparation ?

Docteur Alhoussény Diallo : c’est en 1993 que je suis revenu de mes études. Cette année là, certains ont commencé le jeun lundi, d’autres mardi et puis une autre catégorie encore le mercredi. Donc, pendant trois jours. La nuit du Laylatoul Ghadri encore, ils l’ont faite jeudi, vendredi et samedi. Il n’y a pas eu d’entente. La fête a été aussi célébrée pendant trois jours : mercredi, jeudi, vendredi. Maintenant, quand vous faite le calcul, vous comprendrez que le mois a fait 32 jours. Finalement je me suis posé la question de savoir comment concilier les positions des uns et des autres afin de mettre fin à cette pagaille. Après plusieurs années, j’ai commencé mon calendrier. 1999-2000 j’ai commencé à faire le calendrier lunaire et solaire. Avant, je ne faisais que quatre pages. En l’an 2000, j’ai fait un bouquin ou il y avait les horaires de prière, malgré que la ligue avait réussi à mettre en place les horaires de prières, j’ai seulement pris et sillonné l’intérieur du pays pour avoir la confirmation que les heures indiquées peuvent correspondre ou peuvent faire l’objet d’une quelconque modification. Finalement, j’ai pris le document pour le soumettre aux autorités religieuses qui, par la voix de feu Elhadj Ibrahima Sory Fadiga m’avait dit que je devais inscrire dans le document les heures de prière. Mais, j’étais vraiment méfiant. Pour moi, ce n’est pas les recherches scientifiques qui doivent indiquer les heures de prière, mais plutôt les autorités religieuses. Ils ont refusé de me comprendre et après, moi aussi j’ai arrêté de faire mes recherches pendant deux ans. C’est seulement en 2002, j’ai repris mes travaux en mettant uniquement les heures de prière de 13h ,16h et 20h. Pour le reste j’ai dit de laisser le soin à la ligue islamique en attendant que j’approfondisse mes recherches. Là, ils ont compris et accepté. C’est après tout, l’année dernière, j’ai compris que 9 minutes interviennent avant le moment indiqué pour la prière de l’aube. Malgré tout, je précise que les gens ne dépassent pas le temps mis à prendre leur déjeuner. Mais, d’ici là, j’ai ramené ça un peu en arrière encore. C’est pourquoi d’ailleurs, les gens me critiquent, croyant que j’ai commis des erreurs, alors que c’est pour éviter des retards en mangeant et en priant à l’aube. Cela a évolué ainsi jusqu’en 2006. Un exemplaire de mon document est parvenu à l’USESCO, ils ont fait appel à moi pour me dire qu’ils ont vu une de mes œuvres qui peut les servir. Ils m’ont dit qu’ils se sont battus pendant 10 ans pour un tel travail alors que moi j’ai déjà évolué dans les recherches. En ce moment, j’étais inspecteur à la ligue islamique ici. Ils m’ont invité à participer à une réunion des experts qu’ils organisaient pour réfléchir sur comment mettre en place un calendrier musulman unique. J’ai accepté, on m’a envoyé les dossiers de voyage. J’avais effectué le déplacement. A mon arrivée, après mon exposé, ils ont dit que mon travail est le quatrième projet à analyser et étudier parmi 14 pays représentés. Mais, moi je pensais que j’étais là juste comme un simple observateur. La même année, on m’a nommé membre du comité de suivi. Après l’analyse de mon document, j’ai été deuxième derrière le Maroc, suivi de l’Arabie Saoudite et de la Libye. En 2009 encore on s’est retrouvé. Au cours de la réunion, le modérateur avait demandé aux participants de venir désormais avec leurs exemplaires pratiques, comme fait le guinéen que je suis pour faciliter la tâche. Depuis lors, on ne m’a pas encore invité. Je n’en sais pas les raisons, mais qu’à cela ne tienne, je ne me reproche de rien jusque-là. Notre calendrier actuel nous sert beaucoup. Il nous a évité assez d’erreurs. Ceux qui ont commencé par exemple le jeûne de cette année 2019 le mardi, ont refusé seulement de respecter le contenu du calendrier. Il y a eu beaucoup de personnes qui ont observé la lune. Donc, ils auront honte certainement.

Guineematin.com : comment vous faites vos calculs pour mettre en place un calendrier annuel, surtout quand on sait que le mois peut apparaitre soit le 29 ou le 30 ?

Docteur Alhoussény Diallo : ce qui rend difficile pour le calendrier lunaire, c’est du fait qu’il est séparé du calendrier solaire. Le calendrier solaire par exemple, à chaque 4 ans, le quart devient un jour. Donc, 366 au lieu de 365 jours. Si de l’autre côté encore, chaque trois ans, le un tiers pouvait devenir un jour, les problèmes seraient limités. Chaque 30 ans lunaire, durant les 11 ans, ce qui se fait pendant chaque 4 ans du calendrier solaire, va se répéter et un jour s’augmente. Le mois a un grand tour et un petit tour. Pour le petit tour, c’est 30 ans. Chaque 30 ans, le premier jour du mois va se répéter, et le grand tour ,30 ans multiplié par 7, ça donne 210 ans. Le monde revient à sa phase initiale et nous sommes actuellement à la 7ème fois. J’ai vu le document astronomique d’un célèbre mathématicien Egyptien, Abdou Fatah Toukh, qui m’a beaucoup inspiré dans mes recherches. Avant, le 30 avril était le début de la saison des pluies. Mais maintenant, s’il ne pleut pas, c’est qu’il y a décalage. Désormais, c’est le 10 mai qui correspond au début de la saison des pluies qui, d’ailleurs n’a pas du tout retardé cette année. Maintenant, je ne souffre pas beaucoup dans mes calculs. Il n’y a pas un mois de 30 jours, ni de 29 jours seulement. La durée moyenne d’un mois est de 29 jours, 12 heures 44 minutes, 2 secondes et quelques tierces. Ce que les gens appellent conjonction entre la lune, la terre et le soleil, qui ne nous permet pas d’observer la lune tellement qu’il fait obscur, mais pour une toute petite durée de quelque minutes seulement, mais comme la terre tourne, vous verrez une toute petite trace qu’on appelle naissance de la lune. On peut l’observer en ce moment après 16 heures par endroit.

Guineematin.com : quel est votre message à l’endroit de ceux qui vous suivent actuellement, je précise qu’ils sont nombreux à vous écouter via notre page Facebook ?

Docteur Alhoussény Diallo : premièrement, je vous remercie pour m’avoir invité et je remercie encore tous ceux qui m’écoutent à travers votre media. Je les invite tous à être objectifs, surtout faire le tri de tout ce qui a été dit ici au cours de cette grande interview pour se servir du bien. Nous prions pour que Dieu accepte nos prières et jeûnes.

La rédaction

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