Dr Abdourahmane Diallo, spécialiste en gynécologie-obstétrique

De nombreuses femmes sont victimes de fausse couche, autrement dit une interruption spontanée de leur grossesse. Les spécialistes en gynécologie expliquent les fausses couches par plusieurs raisons. Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com, Dr Abdourahmane Diallo, spécialiste en gynécologie-obstétrique, est revenu sur les causes de la fausse couche, ses symptômes, ses conséquences ainsi que les comportements à adopter pour l’éviter. Dr Diallo est médecin en service à l’hôpital Ignace Deen, enseignant à la faculté de Médecine de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Guineematin.com: qu’est-ce qu’on entend par fausse couche ?

Dr Abdourahmane Diallo : la fausse couche, c’est l’interruption spontanée de la grossesse avant la 22ème semaine d’aménorrhée. On parle aussi de fausse couche lorsque l’enfant qui est né, s’il faut l’appeler comme ça, a un poids inférieur à 500 grammes. Donc, lorsque le produit de conception qui est expulsé est inférieur à 500 g, on parle de fausse couche ; ou alors, lorsque l’âge de la grossesse n’a pas dépassé 22 semaines d’aménorrhée.

Guineematin.com : quels sont les symptômes de la fausse couche ?

Dr Abdourahmane Diallo : généralement, la fausse couche se manifeste par des douleurs, des douleurs soit au bas-ventre et au niveau des reins, au bas du dos. Et souvent, ce sont des douleurs intermittentes qui viennent, qui s’estompent. En plus de ces douleurs, il y a des saignements, un saignement génital. Alors, ce sont ces deux signes essentiellement qui font venir les femmes vers le docteur et quand nous examinons, il y a d’autres signes que nous trouvons à l’examen. Notamment des modifications au niveau du col, le col qui commence à raccourcir et à s’ouvrir. Il faut rappeler qu’on peut les recevoir à plusieurs stades. Certaines femmes, on les reçoit au stade de la menace de l’avortement, c’est à dire la grossesse est à l’intérieur, mais elle a des douleurs, elle saigne et quand on examine, on trouve que le col est quelque part pas ou presque modifié. Il y a d’autres qu’on reçoit, qu’on appelle avortement en cours, c’est à dire que tout le processus est à l’intérieur, il n’est pas sorti, mais on ne peut plus arrêter le processus. Il y a d’autres qu’on reçoit à un cas de fausse couche spontané, mais incomplet, c’est à dire il y une partie qui est sortie, il y a l’autre partie qui est à l’intérieur encore. Il y a d’autres qui ont impulsé la totalité du produit de conception. Donc, les signes qu’on retrouve dépendent de ce stade-là, selon qu’on soit au stade de la menace, au stade de l’avortement incomplet ou l’avortement complet.

Guineematin.com: que doit-on retenir des causes de la fausse couche ?

Dr Abdourahmane Diallo : les causes sont multiples. Il y a certaines qui sont liées à la mère, il y a d’autres qui sont liées à l’œuf, c’est à dire au produit de conception lui-même. Alors, du côté du produit de la conception, vous avez d’abord ce que nous appelons les anomalies génétiques qui sont très fréquentes lorsque l’avortement surtout est précoce. Plus l’avortement est précoce, plus il s’agit d’une anomalie génétique élevée. Il y a d’autres malformations, il y a aussi des anomalies liées au placenta, les anomalies du liquide amniotique qui sont aussi nombreuses, qui peuvent conduire à un avortement. Du côté de la mère, il y a ce qu’on appelle les causes locales, c’est-à-dire qui concernent l’utérus, là où l’enfant se trouve. Parmi les causes locales, nous avons les malformations de l’utérus. Lorsque l’utérus est mal formé, la grossesse ne peut pas se développer correctement. Encore, certains types de malformations, il y a aussi le fibrome utérin, quelques fibromes, pas tous. Mais, lorsque le fibrome est localisé à l’intérieur de la cavité utérine, lorsqu’il a un volume important, il peut entraîner un avortement. Il y a aussi ce qu’on appelle les béances du col, lorsque col n’est pas bien fermé, ça peut aussi entraîner l’avortement. Sur le plan général, vous avez le paludisme qui peut l’entraîner. Ça, c’est une cause fréquente des fausses couches chez nous. Vous avez les infections urinaires, et toutes autres maladies qui affectent l’état général de la mère peuvent conduire à une fausse couche.

Guineematin.com: les infections génitales et les stress peuvent- ils provoquer les fausses couches ?

Dr Abdourahmane Diallo: oui, les infections peuvent provoquer l’avortement, elles peuvent aussi provoquer une complication de l’avortement lorsque cet avortement n’est pas pris en charge. Il y a même d’autres types d’infections, par exemple même, quand quelqu’un parle d’infection urinaire, elle peut… Le stress est un facteur de risque, il augmente la probabilité de survenue de l’avortement, ce n’est pas que directement il l’engendre. Mais, lorsque la femme est stressée, le risque pour avorter est élevé.

Guineematin : quelles conséquences la fausse couche entraine-t-elle ?

Dr Abdourahmane Diallo : les premières conséquences d’abord, on perd la grossesse. L’enfant qu’on avait souhaité avoir, on le perd. Et puis, lorsque l’avortement sera simplement la menace, là d’abord, on ne perd pas la grossesse, on peut être hospitalisé, on peut se soigner et garder la grossesse. Mais, quand ce n’est pas pris en charge correctement, elle peut perdre la grossesse. Maintenant, lorsque cette situation aussi n’est pas bien gérée, les complications quelque part sont possibles. C’est vrai, c’est très rare quand c’est un avortement spontané, mais elle peut se compliquer parfois d’anémie, elle peut se compliquer d’infections et il y a certains avortements qui peuvent se répéter, surtout lorsque la cause n’est pas identifiée et soignée.

Guineematin.com: les fausses couches fréquentes peuvent-elles entraîner la mort ou la stérilité ?

Dr Abdourahmane Diallo: une seule fausse couche, lorsqu’elle est mal gérée, peut conduire à la mort. Ce n’est pas la répétition, même une seule suffit, lorsqu’elle est mal prise en charge, ça peut conduire à la mort. Lorsqu’elle est prise en charge, surtout les fausses couches spontanées, elle peut en faire plusieurs et ne pas mourir. Le fait de ne pas pouvoir mener à terme les grossesses qu’elles contractent, on appelle ça une infécondité. Il y a certaines qui ne conçoivent même pas, on appelle ça l’infertilité. Il y a d’autres qui conçoivent, mais qui ne peuvent pas amener la grossesse jusqu’à terme. On appelle ça infécondité, c’est déjà une anomalie d’infertilité. De façon générale, les fausses couches de façon spontanée concernent 10 à 15% des grossesses.

Guineematin.com: quelles sont les mesures à prendre, les comportements à adopter pour éviter la fausse couche?

Dr Abdourahmane Diallo: il faut savoir que la plupart des fausses couches peuvent être prévenues. Mais par contre, il y a certaines, on ne peut pas. Parmi les mesures à observer, c’est lorsqu’on accuse le retard des règles, vous allez voir un personnel de santé qui va examiner la femme, qui va identifier toutes les anomalies qui pourraient éventuellement conduire à un avortement et prendre en charge. Il y a même certaines causes qui peuvent être prévenues, il y a des conseils aussi qu’on donne aux femmes, c’est des attitudes à adopter vraiment pour que la grossesse évolue correctement, c’est ce message que je peux donner aux gens. Parce qu’elles même ne peuvent pas se prendre en charge. Donc, ce qu’il faut faire, c’est dès la survenue de la grossesse, c’est d’aller voir un personnel de santé qui peut s’occuper de la grossesse, qui va l’examiner, qui va traiter tous les problèmes de santé qu’elle a et puis, faire la prévention d’autres problème de santé qu’elle a et lui dire quelle attitude elle doit avoir qui soit favorable à un meilleur état de santé. Vous savez, les patientes n’ont pas toutes les mêmes problèmes, c’est cas par cas. Lorsqu’il n’y a pas de problèmes, il faut avoir une vie normale. Elle peut travailler, mais pas de façon excessive. Il faut éviter les excès, il faut avoir une alimentation équilibrée, mais pas trop manger gras, sucré et salé et puis, éviter les vices : le tabac, l’alcool ; suivre les conseils du personnel de santé qui assure sa grossesse.

Propos recueillis par Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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