Comme annoncé précédemment, le procès des leaders du FNDC arrêtés samedi dernier s’est ouvert ce mercredi, 16 octobre 2019, devant le tribunal correctionnel de Dixinn. Abdourahmane Sanoh, le coordinateur national du FNDC, et ses proches : Ibrahima Diallo, Sékou Koundouno, Baïlo Barry, Bill de Sam, Abdoulaye Oumou Sow, Mamadou Sanoh et Mamadou Bobo Bah, ont comparu pour « manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique et à occasionner des troubles à l’ordre public ». Ils ont tous plaidé non coupables, soulignant qu’ils n’ont pas été interpellés mais plutôt kidnappés par des hommes armés et cagoulés, puis torturés dans les agents de sécurité.

Après les débats qui ont duré quelques heures, l’audience a été renvoyée à la demande du procureur au vendredi, 18 octobre prochain, pour les réquisitions et plaidoiries. Au sortir de la salle d’audience, maître Mohamed Traoré, membre du collectif d’avocats qui défend les activistes opposés à un troisième mandat pour le président Alpha Condé, a réagi au micro des reporters de Guineematin.com qui étaient sur place. Il s’étonne que ces personnes soient jugées pour le simple fait d’avoir appelé les Guinéens à manifester dans les rues pour exprimer leur opposition au changement de la Constitution voulu par le pouvoir et qui devrait permettre à l’actuel chef de l’Etat de briguer un 3ème mandat.

« Nous constatons à l’issue de cette audience qu’aujourd’hui en Guinée, lorsque vous appelez les citoyens à manifester de façon républicaine, de façon pacifique, vous commettez une atteinte grave à l’ordre public. Lorsque vous demandez aux entreprises de fermer pour ne pas être victimes de vandalisme, pour ne pas être victimes de violence, lorsque vous demandez aux citoyens de rester à la maison pour ne pas que les contre-manifestants les agressent, vous commettez une atteinte grave à l’ordre public. C’est pour cette raison que nous sommes là pour démontrer à l’opinion nationale et internationale que nous n’allons pas laisser passer cette injustice. Il y a des avocats qui sont mobilisés, ils seront mobilisés jusqu’à la fin de toute cette procédure parce que force doit rester à la loi.

Nous pensions que le tribunal aurait donné quand même à ces prévenus une garantie d’indépendance, une garantie de bonne justice, mais nous sommes sur notre faim sur cette question. Parce que ce qui est étonnant, même celui pour lequel le procureur lui-même avait demandé la mise en liberté provisoire n’a pas été libéré. Cette décision du tribunal (de renvoyer le procès au vendredi prochain et de refuser de mettre en attendant les prévenus en liberté, ndlr), nous ne la comprenons pas. Et en plus, le procureur a opté pour la procédure de flagrant délit.

Cette procédure signifie qu’en principe, une fois que les mis en cause ont été conduits devant le procureur, ils doivent être jugés immédiatement ou au plus tard le lendemain. Et aujourd’hui, nous voyons à l’audience que c’est le procureur lui-même qui demande le renvoi parce qu’il n’est pas prêt à plaider alors que nous nous sommes prêts. C’est lui qui a engagé cette procédure, il est censé être prêt, il est censé maîtriser son dossier. C’est étonnant qu’il demande un renvoi (…) Il y a plusieurs audiences qui se passent simultanément devant différentes juridictions. A Mafanco, le procureur a demandé un renvoi au vendredi ; à Dixinn le procureur demande la même chose ; à Mamou aussi c’est vendredi. Donc nous sommes fondés de croire que c’est une demande concertée entre les différents procureurs sur la base d’instructions qu’ils ont reçues », soutient l’avocat.

Propos recueillis par Saidou Hady Diallo et Salimatou Diallo pour Guineematin.com

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