Nous sommes en mars et c’est le mois consacré à la femme Guinéenne. Un mois mis à profit pour faire connaitre du public les réalisations mais aussi les défis qui se posent sur le chemin de ces braves et magnifiques actrices, au cœur du développement de la Guinée.

Notre invitée du jour, s’appelle Mme BAH Oumou DOUMBOUYA, une femme au parcours rare et de métier rare aussi.

Ingénieure Mécanicienne auto tracteur, elle est diplômée de l’Université guinéenne et aujourd’hui reconvertit en environnementaliste. Mme BAH est aussi une mère de famille, qui continue de se perfectionner avec son inscription actuellement en master au centre de recherches environnemental à Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Idiatou CAMARA l’a rencontrée, c’est un entretien à bâtons rompus que nous vous invitons à suivre.

Bonjour, Mme BAH Oumou DOUMBOUYA, pour celles et ceux qui vont vous lire pour la première fois, qui est Oumou DOUMBOUYA et comment vous vous êtes retrouvée Ingénieure Mécanicienne, un métier traditionnellement dévolu aux hommes on va dire?

Sourire….Merci pour cette opportunité, je suis Mme BAH Oumou DOUMBOUYA diplômée de la 27 ème promotion de l’université guinéenne, option génie mécanique, auto tracteur en 1993.

Ma passion pour ce métier vient de la famille, je suis issue d’une famille de filles, donc pas de garçons, et donc j’ai voulu faire un métier rare, d’homme, pour pallier ce déficit, on va dire (sourire). Donc comme vous dites, j’ai fait génie mécanique, je voulais faire aviation civile pour faire la mécanique, pour réparer le système de freinage des avions et même devenir pilote, c’était mon rêve.

Si on vous demandait Mme BAH une journée de travail, en tenue de mécanicienne à la SOGETRAG, et comment tous ces hommes vous regardaient ?

Je dois dire que j’ai eu la chance de travailler avant même de finir d’étudier, ce qui n’est pas évident, vous savez. A la SOGETRAG, Je donnais des cours pratiques sur le système de freinage, la bande d’essais, les organes. Je vous vois sourire et perdue, (rires) je vous explique, ce sont des termes techniques mais c’est ainsi.

Un exemple, le décimateur, c’est un tube qui alimente les bouteilles pour remplir le bus d’air, et une fois que c’est le cas, cela veut dire que le véhicule peut partir. On peut vous parler aussi des carrefours, des organes on les appelle. Je faisais tout ce que les hommes faisaient, sous les véhicules, pour la réparation, je faisais tout.

Avec les hommes, j’avoue que tout se passait bien, ils m’entouraient, ils m’appréciaient et ils étaient à mes petits soins, si vous me passer l’expression Surtout que je n’avais pas encore grossi en ce moment, (sourire) ils m’aidaient, j’avais leur soutien, on m’appelait même « l’unique », parfois « la dame de fer » et vraiment tout se passait parfaitement bien.

Et comment vous vous êtes retrouvé dans l’environnement, dites-nous comment la mutation s’est opérée ?

C’est lorsque la SOGETRAG a arrêté que j’ai dû trouver un terrain de chute comme tous ceux qui y travaillaient. Je me suis donc retrouvée dans l’environnement, qui est transversale comme vous le savez, et qui dit progression dans la vie dit changement aussi.

Il faut dire que c’est lorsque j’ai eu la chance d’être recrutée à la fonction publique, que j’ai choisi l’environnement. Je suis à la direction nationale de l’environnement, mon travail concerne le domaine de transfert de technologies des véhicules, des unités industrielles, dans les établissements classés tout ce qui émettent des gaz à effets de serre.

Je suis à la direction nationale de l’environnement où je m’occupe d’un projet appelé PCB. Le projet, a été mis en place grâce à un décret du Président de la République, pour réglementer le secteur, la gestion rationnelle du secteur en vue de protéger la santé des populations.

Ce sont, comme je le disais ce sont des produits, chimiques, très dangereux qui peuvent donner le cancer. Nous travaillons en collaboration avec des établissements publics et commerciaux et d’autres partenaires tant nationaux qu’internationaux.

Dans ce travail comme dans tout autre il y a des difficultés, peut-on savoir celles que vous avez ?

Comme vous l’avez dit, il y’en a dans tous les métiers et ici à l’environnement, il faut toujours apprendre, c’est une école, et si tu n’apprends pas tu ne peux pas évoluer. C’est pourquoi je pense qu’il n’y a pas assez de femmes ici, peut-être à cause de la formation, de l’intérêt pour l’environnement, la passion etc… Actuellement je me suis inscrite pour un master au CERE pour mieux comprendre et avancer professionnellement.

Alors vous êtes une femme au foyer, comment vous faites pour concilier les deux, le service et le ménage ?

C’est une question d’organisation, de planification, une fois à la maison, je m’occupe de la famille, je ne réponds pas au téléphone et je ne touche pas à l’ordinateur si ce n’est pas une extrême urgence. Si je peux donner un conseil à mes sœurs, c’est de se consacrer au travail une fois au service, et une fois à la maison se consacrer à sa famille, c’est important que sa famille sache que ce n’est pas toujours notre travail qui nous préoccupe, même si c’est pas toujours fondé ces critiques.

La pénurie d’eau aussi c’est l’actualité en Guinée en ce moment, comme à chaque fois que la saison sèche pointe son nez, dites- nous comment est-ce que vous la vivez cette situation ?

En effet, c’est l’actualité comme vous le dites, chacun de nous en général et particulièrement les femmes souffrent de la pénurie d’eau, mais on essaye de s’adapter comme le changement climatique, car comme vous le savez sans eau pas de vie. Il n’est pas rare de voir des femmes transporter des bidons tard la nuit de quartier en quartier à la recherche de l’eau et c’est difficile comme corvée en plus de tout ce qu’elles font habituellement.

C’est vrai que moi j’ai la chance d’avoir des nièces qui m’aident dans cette tâche mais je sais que ce n’est pas facile, et heureusement qu’il y’a des forages aujourd’hui dans plusieurs quartiers pour pallier aux insuffisances de la Société des Eaux de Guinée, mais ça reste une contrainte majeur j’avoue.

Nous sommes en mars et c’est le mois consacré à la femme, quel message avez-vous en ce moment surtout pour celles qui attendent encore tout des autres, de leurs conjoints ?

Il faut déjà encourager celles qui se battent au quotidien pour nourrir les familles, elles sont nombreuses, et rappeler que le premier mari de la femme c’est son métier, comme le dirait l’autre. J’encourage les femmes à faire ces métiers rares, mécanique, tapisserie, conducteurs d’engins lourds et tant d’autres.

Ce sont des métiers de chance pour les femmes, moi je n’ai jamais chômée j’étais encore sur les bancs quand j’ai eu du travail. Aussi, je voudrais qu’on accorde de l’importance à l’éducation des filles, les encadrer afin qu’elles puissent se prendre demain dans la vie.

Ensuite je pense que cette journée internationale célébrée le 08 mars et tout le mois d’ailleurs doit être mis à profit pour se réjouir certes, cela fait partie de nos habitudes, de notre culture, mais il faut surtout interpeller les dirigeants et nous les femmes sur ce qui est fait et ce qui reste à faire pour la promotion des droits des femmes.

Entretien réalisé par Idiatou CAMARA

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