Interview avec Amadou Diallo de la BBC : la toute première convocation du Pr. Alpha Condé à la police judiciaire

5 mars 2019 à 21 09 21 03213
Amadou Diallo

Dans une très vivante interview accordée à Guineematin.com, le journaliste Amadou Diallo a donné sa lecture de la situation sociopolitique actuelle de la Guinée. Dans cette dernière partie, l’ancien correspondant de la BBC (British Broadcasting Corporation) à Conakry est revenu sur le règne du président Alpha Condé, les relations que lui, Mouctar Bah de RFI et Ben Daouda Sylla d’Africa N°1 avaient avec les opposants Alpha Condé, Siradio Diallo et Bâ Mamadou, ses deux seules sanctions en Guinée en tant que journaliste, et sur bien d’autres sujets.

Décryptage !

Guineematin.com : après Moussa Dadis, il y a eu Sékouba Konaté, puis Alpha Condé au pouvoir. Mais, on constate que plus de 9 ans après le massacre du 28 septembre 2009, on continue d’enregistrer des morts pendant les manifestations de l’opposition à Conakry. Comment, à partir de Dakar, vous observez cela ?

Amadou Diallo : c’est avec beaucoup de peine ! J’observe tout ça avec beaucoup de peine, parce que je trouve qu’il y a eu beaucoup de sacrifices pour que la Guinée fasse le bond en avant. Il y a eu beaucoup, beaucoup de sacrifices. Combien de personnes ont été tuées dans les manifestations de l’opposition sous le régime du Général Lansana Conté ? Moi, je ne saurais le dire, mais il y en a eu beaucoup. Rien qu’avec l’insurrection populaire de 2006-2007, dirigée par le syndicat (par la CNTG affiliée à l’USTG), il y avait eu beaucoup de morts, indépendamment des autres manifestations antérieures de l’opposition. Donc, vous savez par après ce qui s’est passé quand il y a eu le gouvernement de consensus dirigé par Lansana Kouyaté. Certains Guinéens disaient que c’était la seconde indépendance de la Guinée. Mais, rapidement aussi, cette indépendance s’est effilochée. Vous avez dit qu’après Dadis, il y a eu Sékouba Konaté, il y a eu après le professeur Alpha Condé. Sous Sékouba Konaté, je ne pense pas qu’il y ait eu de victimes. Probablement, il y en a eu ; mais, je n’ai pas souvenance qu’il y ait eu de manifestations réprimées dans le sang et ayant entrainé mort d’hommes. De toutes les façons, lorsque le Général Konaté prenait les rênes du pouvoir, j’étais déjà à Dakar ; lorsque le capitaine Dadis a été victime de cette tentative d’assassinat, j’étais déjà à Dakar. Donc, j’ai suivi la gestion du pouvoir du Général Konaté à partir de Dakar.

Sous le régime du Professeur Alpha Condé, c’est dommage, il y en a eu. Et là, je suis vraiment déçu. Je le dis franchement, je suis déçu parce que le Pr Alpha Condé, je l’ai connu quand il était dans l’opposition. Je vous ai dit, le Pr Alpha Condé, feu Bâ Mamadou, feu Siradiou Diallo, je peux dire que c’était mes potes, mes amis. Ils se battaient pour la liberté et la démocratie, ils se battaient pour que les Guinéens ne meurent plus dans les manifestations de l’opposition parce qu’à leur temps, il y avait beaucoup de militants de l’opposition qui avaient été tués par les forces de l’ordre. La répression sous le Général Lansana Conté aussi était sans limite. Donc, je dis que j’observe tous ces évènements avec beaucoup de gêne parce quelqu’un qui s’est battu pendant toutes ces années pour l’instauration de la démocratie dans son pays, qui arrive au pouvoir et qui n’arrive pas à empêcher des répressions des manifestations des militants de l’opposition, honnêtement, je n’arrive pas à comprendre cela.

Je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe parce que, personnellement, je me disais que ce soit Jean Marie, Pr Alpha Condé, Bâ Mamadou ou Siradiou Diallo, si l’un d’eux arrivait au pouvoir, ça allait changer, étant donné qu’ils se sont battus véritablement, parce que c’était difficile de se mouvoir pour les partis politiques. Et donc, les quatre que je vous ai cités se battaient pour qu’il y ait le droit de manifester, qu’ils aient accès à la RTG, les libertés publiques, les libertés individuelles. C’était leur combat, les élections libres et transparentes, la libéralisation des ondes. Mais, je constate que les Guinéens continuent de mourir dans les manifestations de l’opposition alors que c’est le Pr Alpha Condé qui est au pouvoir. Honnêtement, j’ai du mal à l’expliquer. J’ai du mal à le comprendre, franchement.

Guineematin.com : avez-vous eu des contacts avec lui depuis qu’il est arrivé au pouvoir ?

Amadou Diallo : non, depuis que le Pr Alpha Condé est arrivé au pouvoir, il n’y a pas eu de contact entre lui et moi. Il y avait des contacts avant qu’il n’arrive au pouvoir, avant qu’il ne devienne président.

Guineematin.com : l’aviez-vous rencontré ?

Amadou Diallo : je l’ai rencontré ; mais, c’était lors d’une interview. Je pense que c’était lors de sa première sortie quand il est venu à Dakar après les élections de 2010. Il avait fait une sortie sur Dakar ; et, à l’époque, le chef de bureau de la BBC était un guinéen, Ibrahima Diané, qui m’avait demandé d’aller l’interviewer, lui et moi. A cette occasion, on était allé interviewer le Pr Alpha Condé. Il était nouvellement venu.

Guineematin.com : il n’y avait encore que des promesses, il n’y avait pas de passé ?

Amadou Diallo : non, il venait d’arriver, c’était les premiers moments. J’avais été avec Ibrahima Diané à l’hôtel Méridien qu’on appelle aujourd’hui le King Fahd Palace, on l’a interviewé pour la BBC. Mais, depuis ça, je ne l’ai pas rencontré.

Guineematin.com : pourtant, vous vous connaissez bien ?

Amadou Diallo : absolument ! Ah non ! Je vous dis que je le connais très bien et il me connaît très bien parce qu’à l’époque, l’opposition n’avait aucun moyen de se faire entendre sinon qu’à travers la BBC, RFI et Africa N°1. Donc, il va sans dire que le Pr Alpha Condé connaît Amadou Diallo. Il connaît parfaitement qui est Amadou Diallo. C’est pour cela que, le connaissant, connaissant aussi les valeurs pour lesquelles il se battait avec ses pairs de l’opposition, je n’arrive pas à comprendre que des militants de l’opposition soient tués lors des manifestations politiques en Guinée. L’opposition parle de 103 morts. C’est très compliqué. Pendant tout le régime du Président Abdoulaye Wade au Sénégal, pendant 12 ans (entre le 1er avril 2000 et le 02 avril 2012, ndlr), il y a 6 qui ont été tués lors des manifestations de l’opposition au Sénégal. Faites la comparaison.

Guineematin.com : il y a aussi le cas de votre ami et confrère, Mouctar Bah, qui a été suspendu pour trois mois. Comment avez-vous accueilli cela ?

Amadou Diallo : j’observe tout ça avec beaucoup de regret parce que je me dis que Mouctar Bah, Ben Daouda, Amadou Diallo, le Pr Alpha Condé nous connaît parfaitement bien. Que Mouctar soit suspendu sous le règne du Pr Alpha Condé, honnêtement, là aussi, je n’arrive pas à me l’expliquer. Les gens peuvent tout dire de Mouctar Bah, ils ne connaissent pas Mouctar Bah ; mais, le Pr Alpha Condé connaît Mouctar Bah… Quand le Pr Alpha Condé, Jean Marie, Bâ Mamadou, Siradiou Diallo étaient dans l’opposition, nous on faisait notre boulot. Je ne sais pas s’ils percevaient le travail professionnel que nous faisions comme une aide ; mais, nous, on faisait notre boulot. En tout cas, ils ne pouvaient pas se faire entendre à l’étranger, à l’extérieur de la Guinée et même à l’intérieur de la Guinée, sans BBC, sans RFI et sans Africa N°1.

Donc, c’est pourquoi ça me gêne d’entendre que Mouctar Bah a été suspendu sous le règne du Pr Alpha Condé. Ça me gêne, ça me perturbe un peu parce que je me dis que si j’étais en Guinée également, on m’aurait suspendu, on m’aurait qualifié aussi de journaliste ethno. Et pourtant, lorsque le Pr Alpha Condé était dans l’opposition et qu’on faisait des reportages, lorsqu’il a été arrêté, tous les papiers qu’on a faits lorsqu’il était en détention pouvaient nous envoyer en prison. Lorsqu’il était dans l’opposition, tous les papiers qu’on a faits sur lui pouvaient nous envoyer en prison sous le régime du Général Lansana Conté parce que la situation était assez difficile, assez tendue à l’époque. Et, le régime du Général Lansana Conté ne voulait pas sentir le Pr Alpha Condé.

Lorsqu’il a été arrêté, tout papier diffusé sur les ondes internationales comme la BBC, RFI pouvait valoir la prison. Nous l’avons fait. On a si bien fait cela qu’au moment du verdict, moi, j’ai été suspendu. La BBC a été suspendue, RFI a été suspendue, Africa N°1 aussi. Je vous dis que les deux fois que j’ai été suspendu dans ma vie professionnelle, que j’ai eu des sanctions, c’est à propos du Pr Alpha Condé et le RPG. La première fois, c’était à la RTG, c’était le directeur général de la RTG à l’époque, permettez-moi de ne pas le nommer, parce que ça va certainement le gêner…

Guineematin.com : il est vivant ?

Amadou Diallo : oui, il est vivant.

Guineematin.com : c’est un adversaire du régime actuel ?

Amadou Diallo : pas du tout. Je pense qu’il ne milite pas ; mais, c’est quelqu’un pour lequel les gens ont beaucoup d’estime et d’admiration en Guinée. Permettez-moi de ne pas le nommer.

Guineematin.com : qu’est-ce qui s’est passé pour qu’il vous suspende ?

Amadou Diallo : c’est une longue histoire. La première convocation du Pr Alpha Condé à la police judiciaire en 1991, il avait organisé un meeting qui était interdit et le régime a cru devoir l’interroger, l’entendre, le convoquer à la police judiciaire. Et ce jour-là, la tension était vive à Conakry, notamment à Kaloum, parce que la police judiciaire était à Kaloum. Je ne sais pas si elle est toujours à Kaloum.

Guineematin.com : elle est toujours là-bas.

Amadou Diallo : la RTG n’est pas loin. Donc, la rédaction me désigne et je me fais accompagner par un doyen, Boubacar Bah « MAO ». Il est vivant encore et je souhaite que Dieu lui donne longue vie. C’est lui qui décide de m’accompagner pour voir ce qui allait se passer parce que ça risquait de dégénérer. Donc, nous arrivons à la PJ qui était encerclée par des militants du RPG. La police était bien sûr déployée et à la porte d’entrée, c’était des militants du RPG qui étaient là.

Guineematin.com : des militants pacifiques ?

Amadou Diallo : pacifiques, mais assez déterminés. C’était la première fois que le Pr Alpha Condé était convoqué à la police judiciaire. Donc, ils étaient assez déterminés. Je vous dis que c’était les militants qui tenaient la porte d’entrée de la Police Judiciaire ce jour-là. Et donc, j’arrive avec le doyen Boubacar Bah, on se présente, ils nous laissent passer.

Guineematin.com : la police n’était pas là ?

Amadou Diallo : non ! La police n’était pas là ! La police était déployée ; mais, à la porte d’entrée c’étaient les militants du RPG qui étaient là, ils nous dévisagent, vous connaissez les considérations irrationnelles de certains (…) et ils nous laissent passer. Le Pr Alpha Condé était à l’intérieur, face au commissaire qui devait l’interroger. Et, à peine le commissaire ouvre la bouche pour poser la première question, nous entendons des jets de pierres et des tirs de gaz lacrymogènes à l’extérieur de la Police Judiciaire. C’était le cafouillage ! Et, en une fraction de seconde, les militants du RPG sont venus extraire le Pr Alpha Condé et ils sont sortis de la salle. Donc, l’interrogatoire n’a pas eu lieu.

Guineematin.com : ils l’ont forcé à sortir ?

Amadou Diallo : non ! C’était ses militants et sa garde.

Guineematin.com : ses militants qui viennent empêcher qu’il soit entendu ?

Amadou Diallo : je vous dis que ce n’était plus possible, parce qu’il y avait déjà les gaz lacrymogènes. Ça tirait dehors et les militants aussi jetaient des pierres. Les vitres de la DPJ étaient brisées.

Guineematin.com : par les militants ?

Amadou Diallo : oui, par les militants ! Et, les policiers tiraient des gaz lacrymogènes. Donc, il y avait des affrontements entre militants et forces de l’ordre.

Guineematin.com : au niveau même de la PJ ?

Amadou Diallo : oui, au niveau de la PJ.

Guineematin.com : c’était audacieux de la part des militants du RPG de venir s’attaquer à la police judiciaire.

Amadou Diallo : je pense qu’ils avaient leur champion qui était entendu, ils ne savaient pas s’il allait être arrêté ou pas. C’était de bonne guerre qu’ils soient là-bas pour le protéger, pour le défendre. C’est ce qu’ils ont fait. Ils ont si bien fait ça que, en tout cas, il n’a pas été entendu. En une fraction de seconde, la garde du Pr Alpha l’a extrait de la salle et ils sont sortis de la ville. C’était des affrontements et évidemment, le doyen Boubacar Bah et moi, on a cherché à quitter la DPJ. C’est ce jour-là que le premier militant du RPG, sous le régime du Général Lansana Conté, a été abattu par un policier à bout portant…

Guineematin.com : le tout premier ?

Amadou Diallo : le tout premier militant du RPG qui est mort sous le régime du Général Lansana Conté (j’apprendrai plus tard qu’il s’appelait Mamady Condé) est mort au rond-point entre la Police judiciaire, l’immeuble Sony et l’ancien bâtiment qui abritait Air Guinée. Et justement, c’est à cause de cette victime que j’avais été sanctionné. Quand nous avons réussi à retourner à la RTG, parce qu’entretemps, des jeunes de Kaloum aussi étaient sortis contre les militants du RPG pour appuyer la police, il y avait donc des affrontements. Quand nous avons rejoint la RTG, j’ai fait mon papier qui devait passer dans le journal de midi (12 heures 45’), le directeur général a demandé à le voir. Lorsque le papier lui est arrivé, il m’a dit : ‘’monsieur Diallo, vous avez dit qu’il y a eu un mort ?’’ J’ai dit ‘’oui, il y a eu un mort, un militant du RPG a été tué par balles, il est couché en ce moment au carrefour’’. Le directeur ne voulait pas qu’on annonce, qu’on en parle. Et donc, il a saisi le papier et m’a dit de retourner à la police pour confirmer. Je retourne, entretemps, la police donne une conférence de presse, elle confirme qu’il y a eu un mort ; mais, il était 15 heures. Le directeur général en question était parti. Mais, en partant, il avait raturé tout mon papier, il avait écrit des contre-vérités…

Guineematin.com : sur ce que vous avez vécu ?

Amadou Diallo : oui, sur ce que moi j’ai vécu, il a écrit des contre-vérités et pour lui, je devais aller à l’antenne pour lire ces contre-vérités. Mais, moi, je vous ai dit que je me suis toujours assumé. Lorsque je suis allé vers 15h-16h, il y avait le bulletin de 16h15’, on m’a rendu le papier qui était totalement raturé avec des histoires qui étaient fausses. J’ai dit ‘’non, ça, je ne peux pas le dire’’. Donc, je n’ai pas lu ce papier, je suis allé en direct pour le 16H 15’ où j’ai lu tout ce que j’avais écrit en disant qu’il y a eu un mort, un militant du RPG a été tué par balles. Le directeur général écoutait bien la RTG, quand il a entendu ça, il était dans tous ses états. Il a appelé la RTG pour dire de ne pas repasser le papier.

Guineematin.com : parce que lui, son papier n’annonçait pas de mort ?

Amadou Diallo : il n’annonçait pas de mort. C’était tout à fait le contraire.

Guineematin.com : il faisait croire peut-être que les militants étaient provocateurs et violents ?

Amadou Diallo : exactement ! Et moi, je me suis assumé, j’ai dit que je ne peux pas le dire, je ne peux pas le nier parce que j’ai vécu.

Guineematin.com : vous avez retracé ce qui s’est passé ?

Amadou Diallo : j’ai retracé ce que j’ai vécu ; et, là, j’étais prêt à prendre n’importe quelle sanction à cause de ça. C’est pour cela que je suis allé à l’antenne, j’ai lu ce que moi j’ai écrit, j’ai dit qu’il y a un mort, un militant du RPG. De chez lui, le directeur a ordonné de ne pas repasser le papier. A 22 heures, j’ai dit à mon épouse, c’était en 1991, je venais de me marier, j’ai dit à mon épouse : ton mari a provoqué des histoires à la RTG (rire). Et donc, le matin, puisque je suis matinal, je viens trouver que le directeur général était flanqué de ses deux directeurs (radio et télé), je viens lui tendre la main, il ne répond pas. Les deux autres directeurs me répondent quand même. Il me dit : ‘’monsieur Diallo, montez dans mon bureau, vous pensez que vous êtes intelligent, montez dans mon bureau’’. Il me dit : ‘’qu’est-ce que vous me voulez ?’’

Guineematin.com : il vous dit ça dans son bureau ?

Amadou Diallo : il me dit ça dans son bureau. Il dit : ‘’qu’est-ce que vous me voulez ? Vous pensez que vous êtes intelligent ? Moi, j’ai été major de ma promotion’’. J’ai dit : ‘’directeur, là, je vous arrête parce que moi aussi, j’ai été major de ma promotion. J’ai fait l’école normale supérieure de Manéah et j’ai été major. J’ai mes condisciples ici, vous pouvez le leur demander, ils sont nombreux à la RTG’’. Et, il dit : ‘’je ne veux pas vous voir ici, sortez de mon bureau, vous êtes sanctionné, quittez la RTG et ne revenez plus’’. J’ai dit tant mieux. Je prends mon sac et je sors de la RTG. Je ne suis même pas allé à la rédaction. Je sors complètement de la RTG, je viens retrouver ma nouvelle épouse et je lui dis ce qui m’était arrivé. Elle s’inquiète ; mais, je dis que ça va aller. J’ai fait deux semaines à la maison ; et puis, à la fin du mois, je vais au ministère de l’information pour prendre mon salaire. Et c’est là que je rencontre un aîné, Boubacar Yacine Diallo, qui me dit : ‘’Amadou, qu’est-ce qui se passe ? On ne te voit plus à la RTG’’. Je lui dis que je suis sanctionné. Il dit : ‘’mais, qui t’a sanctionné ?’’ Et, je réponds que c’est le directeur général. Je lui explique, il dit non, viens avec moi. Je suis Yacine et nous allons à la direction générale. Il trouve le directeur et pose mon problème. Le directeur général était un peu agacé parce qu’entretemps, mes amis de la rédaction sont sortis dire partout dans la ville qu’Amadou a été sanctionné parce qu’il a été objectif et que le directeur voulait lui faire dire des choses qu’il n’a pas voulues.

Et, donc, quand Boubacar Yacine est allé lui poser mon problème, tout de suite, il a accédé à la demande ; et, il a dit : ‘’oui, ce jeune, j’ai une admiration pour lui ; mais, parfois, il fait le têtu’’. Le directeur me dit de reprendre. Et, en passant, je remercie Boubacar Yacine Diallo qui ne se souvient même pas de cette histoire. Il n’y a pas longtemps, je lui ai rappelé ça. C’était ma première sanction en tant que journaliste.

La seconde, c’est lorsque le Pr Alpha Condé a été arrêté. Deux à trois mois avant le verdict, nous avons été sanctionnés : Ben Daouda Sylla, Amadou Diallo et Mouctar Bah par le CNC (Conseil National de la Communication), dirigé à l’époque par Emile Tonpapa, parce que nos reportages gênaient bien le régime.

Guineemation.com : donc, on n’a pas voulu que vous continuiez à couvrir le procès ?

Amadou Diallo : pas du tout. Et c’est justement pour qu’on ne continue pas de couvrir le procès, de couvrir le verdict. Honnêtement, nos travaux gênaient parce qu’avant ça, pendant tout le temps qu’a duré le procès du Pr Alpha Condé, nous étions les seuls à l’approcher dans la salle d’audience, à parler avec lui. Nous étions les seuls qui osions le faire parce que la salle d’audience était remplie d’agents de renseignements du régime. Il y avait beaucoup de journalistes ; mais, les gens n’osaient pas approcher le Pr Alpha Condé pour parler à cause des agents de renseignement. Mais, nous (Mouctar, Ben Daouda et moi), on l’approchait pour parler. Il acceptait qu’on l’approche parce qu’il était aussi très méfiant, il ne se confiait pas à tout le monde.

Guineematin.com : mais, avec vous, il le faisait ?

Amadou Diallo : absolument ! C’était un ami à nous. Donc, il se confiait à nous, toutes ses conditions de vie, de détention et tout. Et, je rappelle qu’un jour, un journaliste de la RTG qui couvrait l’évènement m’a approché pour dire ‘’Amadou, il ne faut pas t’approcher du Pr Alpha Condé parce qu’ici, il y a beaucoup d’agents des renseignements ; sinon, cela va te coûter cher’’. Il avait raison, la tension était palpable. Il y avait trop de tension autour de ce procès, il y avait trop de tension autour de son arrestation. Mais, j’ai juste dit à ce grand frère : ‘’vous savez, le travail que je fais à la BBC ne m’interdit pas d’aller vers lui’’… Et, évidemment, j’ai continué à venir vers lui tous les matins, le saluer et parler avec lui.

Nous, on le faisait et il y a un autre leader politique qui faisait ça, c’était Bâ Mamadou. Presque chaque matin, il assistait au procès et était aux côtés du Pr Alpha Condé. Je vais dire que pendant toutes ces années, les deux sanctions que j’ai eues comme journaliste, c’est autour du Pr Alpha Condé. C’est avec ce directeur général qui était à la RTG et avec le CNC à deux ou trois mois du verdict.

Guineematin.com : le Pr Alpha Condé, comme vous l’avez bien connu, est-ce qu’il avait une mentalité de s’attaquer au régime du Général Lansana Conté ?

Amadou Diallo : ah non ! C’était un opposant.

Guineematin.com : le procès, c’est parce qu’il voulait sortir de la Guinée. On a dit qu’il avait des rebelles pré-positionnés ?

Amadou Diallo : ça, je ne peux pas le dire, honnêtement !

Guineematin.com : vous avez suivi le procès et il se confiait à vous…

Amadou Diallo : il a même écrit une brochure parce qu’il n’a jamais voulu s’exprimer. Lors du procès, il n’a pas parlé.

Guineematin.com : mais, qu’est-ce qui s’est passé ?

Amadou Diallo : il n’a pas parlé lors du procès ; mais, en tant que journalistes, nous couvrions ce procès, nous étions convaincus que c’était des accusations fallacieuses. C’était juste parce qu’il était opposant.

Guineematin.com : vous continuez à croire qu’il ne voulait pas attaquer le pays ?

Amadou Diallo : je continue à croire qu’il ne voulait pas attaquer le régime parce que vouloir sortir du pays, même si c’était en période électorale, est-ce que c’était un crime ?

Guineematin.com : ce n’était pas un crime ; mais, c’était quand même un délit, parce qu’il y avait un décret qui annonçait la fermeture des frontières et qui interdisait donc de sortir du pays.

Amadou Diallo : d’accord ! Mais, ce n’était pas un crime ! Donc, s’il a été arrêté pour ça ; et puis, on l’accuse d’atteinte à la sûreté de l’Etat, je pense que c’est un peu le lot des opposants en Afrique. Souvent, quand ils sont arrêtés, je crois que le premier chef d’accusation qu’on leur colle, c’est atteinte à la sûreté de l’Etat ou tentative de déstabilisation et tout. Je continue à croire qu’il n’avait pas tenté de déstabiliser parce qu’il avait un parti politique légalement constitué et il se battait dans l’opposition. Pourquoi avait-il besoin de renverser le régime par d’autres voies ? Je ne crois pas qu’il avait cette intention, honnêtement.

Guineematin.com : aujourd’hui, comment vous trouvez ce monsieur qui a été victime de tant de montages et qui agit contre les libertés, la démocratie ? Il empêche même la société civile de manifester.

Amadou Diallo : c’est pourquoi, je dis que j’observe tout ça avec beaucoup de peine, parce que si c’était une autre personne qui gérait le pays, je pouvais l’imaginer ; mais, pas le Pr Alpha Condé qui a milité dans l’opposition, comme il le dit, pendant une quarantaine d’années et qui, de 1990 lorsqu’il est rentré en Guinée jusqu’en fin 2009, était un leader actif de l’opposition. Donc, c’est quelqu’un qui s’est battu pour la démocratie en Guinée. On ne peut pas lui dénier cela parce que vous savez que la Constitution guinéenne de 1990, c’était une Constitution qui prévoyait un multipartisme limité à deux. Il y a deux personnes qui se sont battues pour que le multipartisme soit intégral et que la période de transition qui devrait durer pendant 5 ans soit raccourcie à un an : c’est le Pr Alpha Condé et feu Bâ Mamadou. Ce sont les deux qui se sont battus à l’époque, bec et ongles, qui ont risqué leur vie pour raccourcir la période de transition et pour que le multipartisme soit intégral. Donc, c’est quelqu’un, on ne peut pas dire qu’il ne s’est pas battu pour la démocratie en Guinée. Mais, puisqu’il s’est battu, il ne doit pas freiner cet élan démocratique. Je me disais souvent que là où le Pr Alpha Condé pouvait avoir beaucoup plus de résultats, ce n’est pas dans l’électricité, ce n’est pas dans l’économie ; mais, c’est dans le domaine politique, dans la restauration des libertés publiques et individuelles, dans la possibilité qu’il allait offrir aux partis politiques le droit de manifester librement sans être gazés, d’avoir accès à la RTG comme il avait voulu lorsqu’il était dans l’opposition. Donc, pour moi, c’est là où il pouvait avoir des résultats le plus rapidement possible, surtout dans le domaine politique.

Guineematin.com : et comment vous comprenez sa position actuelle ?

Amadou Diallo : c’est difficile de comprendre. Surtout pour moi, c’est difficile de comprendre.

Guineematin.com : certains pensent qu’il veut rester au pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels. Est-ce que ce n’est pas aussi une stratégie ? Peut-être que donner ce pouvoir-là aux partis politiques, ce n’est pas envisageable pour quelqu’un qui veut s’accrocher au pouvoir.

Amadou Diallo : pour le moment, beaucoup de personnes l’accusent de vouloir s’accrocher ; mais, puisqu’il ne s’est pas prononcé, même s’il y a des signaux qui ne trompent pas comme on le dit, mais pour le moment, il ne s’est pas prononcé comme étant un futur candidat à l’élection présidentielle de 2020. On va lui accorder le bénéfice du doute. J’ose penser qu’il ne va pas vouloir se représenter. Il s’est battu pendant longtemps pour le respect de l’Etat de droit en Guinée, pour le respect de la Constitution, je pense qu’il ne va pas tordre la main à la Constitution. Son passé ne le lui permet pas, il ne l’autorise pas à le faire. Il doit agir, aller dans le sens de l’histoire. Il ne doit pas se laisser entraîner, embobiner. Vous savez, j’avais demandé au capitaine Dadis, un mois avant le 28 septembre, est-ce que certains de ses collaborateurs ne le trompent pas quand on a vu qu’il voulait maintenant se présenter.

Guineematin.com : c’était lors d’une interview ?

Amadou Diallo : c’était lors d’une conférence de presse, la dernière conférence. Ce jour-là, j’ai demandé au capitaine Dadis, est-ce qu’il n’a pas le sentiment que certains de ses proches le trompent. Il avait esquivé la question, il avait un peu banalisé la question ; mais, la question était pleine de sens, de profondeur et même de sagesse. C’est pour ça que je me demande aussi pour le Pr Alpha Condé, est-ce que certains de ses proches collaborateurs ne le trompent pas. Je pense qu’il doit s’inscrire dans le sens de l’histoire.

Guineematin.com : on arrive au terme de cette interview ; mais, on ne peut pas vous laisser comme ça sans vous demander un conseil à l’endroit de la jeune génération de journalistes. Pour beaucoup, vous êtes un modèle, quel conseil avez-vous à leur donner ?

Amadou Diallo : vous savez, souvent, je me demande est-ce que j’ai des conseils à donner ? On m’a souvent posé cette question ; mais, je me suis toujours demandé est-ce que j’ai la qualité de donner des conseils. Mais, si je devais le faire, c’est de dire qu’il y a deux ou trois choses qu’il faut en journalisme. Mais, c’est d’abord l’audace. Il faut être audacieux, il faut prendre des risques. Il faut être honnête aussi. Et, dans l’honnêteté, vous avez tout ce qui découlera après : l’objectivité, l’impartialité, la neutralité, l’indépendance. Si vous n’êtes pas indépendant, si vous n’êtes pas impartial, si vous n’êtes pas indépendant des pouvoirs publics, des pouvoirs économiques, de l’opposition (parce que l’indépendance n’est pas seulement vis-à-vis de l’Etat), si vous n’êtes pas indépendant, vous n’êtes pas neutre, vous n’êtes pas équilibré dans vos informations, quel journaliste vous pouvez être ? Parce que moi, j’ai toujours considéré que l’engagement politique tue le journaliste, tue l’artiste, tue même le musicien. Je dis que vous pouvez aller voter pour X ou Y lors d’une élection. Je ne dis pas qu’un journaliste ne doit pas militer parce que la loi l’autorise, je ne vois pas dans un pays, la loi dire : ‘’vous êtes journaliste, vous ne devez pas militer’’. Le journaliste peut militer. Mais, il faut être honnête, objectif et impartial dans le travail. Ce militantisme ne doit pas rejaillir dans votre travail. Et, si vous ne pouvez pas faire cette démarcation entre le journaliste et le militant, le mieux c’est de ne pas militer.

Vous savez, nos pays sont socialement très fragiles avec des États qui rivalisent dans la répression. Dans un tel contexte, un journaliste militant, partisan devient un problème. Car, soit il va encourager les gouvernants dans la répression, s’il épouse aveuglement les thèses du régime, ce fut le cas de la Voix de la Révolution, pendant les 26 ans de règne de Sékou Touré, soit il va contribuer à fragiliser davantage le tissu social, s’il milite pour d’autres causes qui sont loin de toute rationalité. Le fusil tue c’est certain, mais les mots aussi peuvent « ôter la vie ». Un journaliste responsable doit le savoir.

Interview réalisée à Dakar par Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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Kaporo Rails : émouvants témoignages des déguerpis

5 mars 2019 à 20 08 33 03333

Entamée depuis le dimanche, 20 février 2019, l’opération de déguerpissement des populations de Kaporo Rails, dans la commune de Ratoma, se poursuit malgré les cris de cœur des victimes et l’indignation quasi-générale au sein de l’opinion publique. Dans la matinée de ce mardi, 05 mars 2019, un reporter de Guineematin.com s’est rendu dans le secteur 4 où des dizaines de familles tentent de récupérer le peu d’objets qui peuvent leur être utiles avant l’arrivée des machines qui ravagent tout sur leur passage.

Sur place, on retrouve des sages, des femmes et des enfants, tous désemparés. On y voit également des propriétaires qui cassent leurs propres maisons pour récupérer des portes, des fenêtres, des tôles et quelques morceaux de bois.

Dans cette atmosphère de tristesse et de colère, Amadou Mouctar Baldé, jeune étudiant âgé de 23 ans, explique qu’il est né et a grandi dans ce quartier. Aujourd’hui, il est dépassé par ce qui se passe sur place.

« Nous sommes trois familles réunies ici avec une trentaine de personnes, nous passons tous la nuit à la belle étoile. Les machines ne font que s’approcher de nous. Ils ont commencé par casser nos kiosques où on gagnait le prix de notre pain et maintenant, ils se sont attaqués aux maisons. Nous sommes dans une totale désolation. Dans ce quartier, il y a des maisons non cochées mais qui sont en train d’être cassées. Nous n’avons plus aucun espoir et sollicitons l’aide de Dieu ainsi que des bonnes volontés. Parmi nous, il y a plusieurs élèves, des candidats au BEPC et à l’entrée en 7ème année. On ne sait pas comment gérer cette situation parce que beaucoup n’ont pas là où aller », souligne le jeune étudiant.

De son côté, Alhassane Baldé, originaire de Télimélé, dit avoir occupé les lieux depuis plus de 30 ans. « J’ai commencé à dormir ici en 1989, mais j’avais occupé le terrain et construit bien avant. Je suis là avec ma femme et nos quatre enfants. Depuis le début de cette casse, nous passons la nuit dehors parce qu’on a nulle part où aller. En 1998, ils étaient venus casser certaines maisons ici mais, à aucun moment ils n’ont dédommagé ou recasé les gens. Personnellement, je n’ai rien reçu de qui que ce soit », précise ce père de famille.

Kadidiatou Baldé, âgée de 55 ans et veuve depuis 17 ans, est aussi déboussolée. En plus d’avoir perdu sa maison, elle se sent en insécurité. « Mon mari m’avait laissé avec une fille de deux semaines, elle fait le BEPC cette année. Nous avons souffert pour finaliser les travaux de cette maison qu’ils détruisent aujourd’hui. On était en Sierra Léone. C’est la rébellion qui nous a fait quitter ce pays pour revenir. Mon mari avait fini le mur ici avant sa mort. Ce sont nos enfants qui se sont débrouillés pour mettre les tôles. Aujourd’hui, ils sont venus détruire et nous mettre dehors. Nous n’avons pas où aller. J’ai 9 enfants en charge. Tous ceux-ci sont là sans abri. A cela, s’ajoute le problème de banditisme. Les bandits viennent agresser et voler les biens dans certaines familles. Nous sommes vraiment en insécurité, surtout la nuit », explique-t-elle.

Pour sa part, Mamadou Moustapha Diallo, habite Kaporo Rails, secteur 4, depuis 1984. Aujourd’hui, il a perdu sa maison et se demande comment assurer l’éducation de ses enfants dans cette situation. « Ma famille s’est éparpillée à travers la ville parce qu’avec cette situation, même la maman et son fils se séparent parce qu’on ne peut pas trouver un emplacement où on pourra amener tout le monde à la fois. J’ai 7 enfants en charge, ils sont tous à l’école. Maintenant, on ne sait plus à quel saint se vouer pour ne pas qu’ils perdent l’année scolaire aussi ».

Madame Hassanatou Diallo est également dans cette même situation. Impuissante face à cette action de l’Etat, elle s’en remet à la volonté divine. « L’Etat nous a fatigués. Nous avons des enfants qui sont candidats aux différents examens de cette année. Ils ont détruit nos maisons et nous sommes obligés de passer la nuit à la belle étoile parce qu’on n’a pas où aller. Nous sommes 14 personnes à dormir au dehors avec tous les risques possibles. S’ils avaient attendu la fin de l’année scolaire au moins, ils nous auraient aidés un peu. Mais maintenant, ils ont fait perdre nos enfants parce qu’ils vont quitter la zone pour s’installer loin de leur école et ils ne pourront pas venir suivre les cours. Ils nous ont fait souffrir avec nos enfants mais on s’en remet à la volonté divine », conclut-t-elle.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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E-KAIDI : la solution qui facilite les démarches administratives pour les Guinéens de France

5 mars 2019 à 20 08 30 03303

Les Guinéens vivants en France, au Portugal et en Israël peuvent désormais mener l’ensemble de leurs démarches administratives sans se déplacer. Ils peuvent le faire en cliquant tout simplement sur un bouton d’ordinateur. Son Excellence Amara Camara, l’Ambassadeur de Guinée en France, appelle cela de la dématérialisation et la numérisation des documents administratifs. Le terme en vogue est la digitalisation des démarches administratives. Cette prouesse technologique est l’œuvre de la société A2A Expertise fondée par 2 informaticiens guinéens qui ont accepté de mettre leurs riches expériences au service de notre patrie. Guineematin.com a tendu son micro à l’un d’entre eux pour expliquer les tenants et les aboutissants de cette technologie qui rend la vie facile à des milliers de nos compatriotes.

Guineematin.com : veuillez-vous présenter à nos lecteurs.

Je m’appelle Alhoussény CONDE et suis cofondateur avec mon associé, Ansoumane KEITA, de la société A2A Expertise qui a lancé la solution de dématérialisation des démarches administratives E-KAIDI.

 Je suis titulaire d’un diplôme d’ingénieur en informatique, obtenu en 2011 et récemment d’un MBA en Management de projets et d’affaires et stratégies d’entreprise aux Conservatoire Nationale des Arts et Métiers (CNAM) à Paris.

J’ai travaillé pendant une dizaine d’années pour différents grands groupes français allant des Télécoms à l’immobilier, en passant par l’aérospatiale défense et aujourd’hui je suis dans l’énergie.

Je suis quelqu’un de spécialement passionné par tout ce qui touche aux organisations (entreprises, états, administrations, …), leur modernisation, à la conduite du changement, l’analyse et la définition des orientations stratégiques dont elles peuvent faire l’objet.

Mon associé, Ansoumane KEITA, est également titulaire d’un master 2 en sécurité informatique, obtenu en 2010 à l’université de Limoges et depuis peu, d’un MBA en management de projets de la Sorbonne Business School à Paris.

En cofondant A2A-Expertise, c’est aussi pour lui le couronnement de plusieurs années d’expériences passées en travaillant essentiellement sur des projets de digitalisation de procédures métiers et de gestion électronique de documents au sein de grandes entreprises françaises et internationales situées dans la région parisienne.

Après de longues années de travail en amont, nous avons décidé en 2018 de créer notre start-up A2A Expertise et lancer notre premier ERP E-KAIDI.

Guineematin.com : parlez-nous justement de cette entreprise A2A Expertise.

Alhoussény CONDE : A2A Expertise est une Entreprise de Service Numérique (ESN), immatriculée en France depuis 2018.Elle est partenaire de la modernisation des services de l’Ambassade de Guinée en France dont on a, au passif, la refonte du site web et l’accompagnement dans l’organisation du 60ème  anniversaire.

Nous avons lancé depuis le samedi, 05 janvier 2019, la première plateforme pour une administration ouest-africaine en général et guinéenne en particulier, des démarches en ligne avec la totalité de ses services complètement dématérialisés. C’est un travail dont on est, en toute humilité, assez fiers. Il faut en effet noter que certains pays ou administrations de notre sous-région ouest-africaine ont certaines de leurs démarches en ligne, mais aucun n’a l’ensemble ses services complètement dématérialisés.

Guineematin.com : cette solution que vous avez mise en place, vous l’avez appelée « E-KAIDI ». Pourquoi cette dénomination ?

Alhoussény CONDE : le nom KAIDI provient de 2 langues nationales guinéennes (le poular et le soussou). Il signifie tout simplement « Papiers », et la lettre « E » c’est l’électronique.

Guineematin.com : d’où est venue cette initiative et comment fonctionne-t-elle ?

Alhoussény CONDE : E-KAIDI est une solution née de longues années de collaboration entre A2A Expertise et différentes administrations publiques. Cette collaboration est le fruit d’un constat simple : celui des difficultés rencontrées par les citoyens de plusieurs pays en voie de développement pour effectuer leurs démarches administratives, qu’elles soient au niveau national ou à l’étranger auprès des représentations consulaires (Ambassades et consulats) ; mais aussi des suspicions dont font souvent l’objet les documents délivrés par les administrations et consulats de ces pays.

De ce constat, est née une volonté réelle des deux fondateurs de A2A Expertise d’offrir une solution simple, sûre et intégrée à ces administrations pour mieux répondre aux défis qui se présentent à elles. Il s’agit de proposer aux différentes administrations un système unique de gestion bout en bout de procédures administratives de leurs concitoyens.

E-KAIDI est une solution composée de :

  • Une plateforme web dédiée aux citoyens pour effectuer et suivre en temps réel leurs demandes
  • Une plateforme web dédiée aux administrations pour recevoir et traiter les demandes des citoyens
  • La production de documents et supports sécurisés quasi infalsifiables répondant aux plus hauts standards internationaux en matière de sécurité.
  • Un outil de gestion de file d’attente complètement digitalisé permettant aux administrations d’améliorer les services rendus aux citoyens en évaluant mieux les temps d’attente, les heures de pic et les heures creuses tout en optimisant la gestion du personnel.
  • Un outil de gestion des agendas pour mieux gérer les rendez-vous entre les demandeurs de documents (citoyens et étrangers) et les administrations publiques.

E-KAIDI répond ainsi aux besoins des 4 parties prenantes essentielles

·         Les Citoyens

·         L’administration

·         Les étrangers

·         Les partenaires des différentes administrations,

en fournissant une solution simple d’usage, accessible depuis n’importe quel support (PC, tablette, smartphone) en tout temps et tout lieu, de sécurité (un espace personnel pour chaque citoyen, un espace agent pour l’administration, des documents quasi infalsifiables avec des sécurités intégrées aux supports même, une traçabilité et une authentification réalisables pour n’importe quel document délivré par E-KAIDI).

Toute opération effectuée via E-KAIDI est disponible sans limite de temps pour le citoyen, et pour l’administration ; confort pour le citoyen mais aussi et surtout une garantie de la continuité de l’administration. E-KAIDI permet également à l’administration une gestion de ses recettes, une meilleure connaissance de ses concitoyens à travers des statistiques diverses et variées pourvues en temps réel, une optimisation des performances de leurs services et de leurs agents, etc.

La solution E-KAIDI est un progiciel de gestion intégré (ERP) regroupant 5 modules indépendants mais communiquant entre eux dans le but d’une gestion optimisée par l’administration de ses concitoyens et des entrées et sorties sur son territoire.

  • Un module de gestion des documents d’état Civil :
    • Livret de famille
    • Extrait de naissance
    • Acte de mariage
    • Acte de décès
    • Certificat de coutume
  • Un module de gestion des documents de voyage :
    • Titre de voyage
    • Visa et Carte de résidence pour les étrangers
  • Un module de gestion des documents d’identité :
    • Passeport
    • Carte d’identité
    • Carte consulaire
  • Un module de gestion de file d’attente dans les administrations
    • Solution digitalisée de gestion de files d’attente  
    • Disparition du papier dans les salles d’attente
    • Evaluation temps d’attente, heures de pic et les heures creuses
    • Meilleure gestion des charges du personnel
    • Amélioration services rendus aux citoyens
  • Un module de gestion des agendas des administrations.
    • Agenda interactif de prise de rendez-vous par les citoyens.
    • Actualisation en temps réel
    • Ajout, suppression, annulation, report de rdv
    • Envoi notifications de rappel aux différentes parties prenantes

Guineematin.com : depuis que vous avez lancé cette solution E-KAIDI, qu’est-ce qu’elle a apporté comme amélioration ?

Alhoussény CONDE : en quelques chiffres, E-KAIDI aujourd’hui c’est en un mois :

·        Plus de 3000 comptes créés,

·        1000 connexions en moyenne par jour sur le site de l’ambassade de Guinée en France

·        Plus de 4000 demandes effectuées

·        Une augmentation de l’ordre de 270% des demandes ainsi que des recettes de l’ambassade.

·        Des demandes effectuées à travers toute la France à n’importe quelle heure

·        Une augmentation importante de la charge du personnel consulaire qui met tout en œuvre pour répondre à l’ensemble des demandes dans les meilleurs délais et être à la hauteur des attentes de ses concitoyens.

Guineematin.com : à vous entendre, on apprend que les résultats sont financièrement encourageants pour l’ambassade de Guinée en France, mais qu’en est-il pour votre entreprise ? Quelles sont les retombées de cette initiative pour vous ?

Alhoussény CONDE : pour l’instant, nous ne sommes pas encore au niveau de nos objectifs, ni en termes de part de marché, ni en termes financiers ; deux choses qui vont en général de pair. La rentabilité financière de A2A Expertise comme toute entreprise de ce secteur est intrinsèquement liée au nombre de clients ainsi qu’à l’ampleur des marchés qu’elle signe.

Il faut rappeler que nous investissons énormément dans la sécurité et la qualité du service et des produits délivrés. Nos plateformes sont disponibles 24h/24 sans interruption. Ces différents éléments représentent des coûts fixes énormes qui ne peuvent être amortis avec une seule ambassade ou un seul client. Toutefois, notre objectif immédiat est de fournir les meilleurs outils, les meilleurs services aux administrations.

En réalité, notre philosophie a toujours été qu’avec un bon produit qui répond à des besoins précis et satisfait les différentes parties prenantes (administrations, citoyens, partenaires étrangers, …), la rentabilité suivra à un moment ou à un autre d’elle-même.

Aujourd’hui nous ne profitons, certes, pas encore du fruit du travail réalisé, mais nous sommes ambitieux, croyons à la solution. Et, au vu des résultats obtenus avec l’ambassade et les retours de nos concitoyens, nous sommes encore plus sereins sur la suite.

Guineematin.com : quels sont les retours de nos concitoyens, ils vous disent quoi en général ?

Alhoussény CONDE : les retours sont dans l’ensemble assez positifs. De nombreux messages d’encouragements, de félicitations et de remerciements surtout venant de nos concitoyens vivant en province et quelques fois même en Iles de France mais dont les horaires de travail ne leur permettent pas de se rendre au consulat en journée. Donc des retours très positifs.

Il faut par ailleurs reconnaître une certaine impatience de la part de certains autres de nos concitoyens liée aux fortes attentes découlant de leur enthousiasme, mais aussi en raison du fait que tout le monde n’a pas forcément intégré le paramètre multiplicateur du nombre de demandes lié à la facilité d’usage.

En effet, comme on le disait plutôt, la facilité d’usage a fait exploser le nombre de demandes de plus de 270% par rapport à l’année dernière. Il s’en suit donc une augmentation proportionnelle de la charge du personnel consulaire, qui depuis, a pris de nombreuses mesures pour rendre transparente pour nos compatriotes cette montée de charge et répondre au mieux à leurs attentes.

Guineematin.com : comptez-vous élargir cette solution aux autres ambassades et consulats de Guinée à l’étranger ?

Alhoussény CONDE : bien sûr, c’est aussi un de nos objectifs. Nous avons mis en place un réseau d’entreprises extensible dans un cloud privé en prévision de cela. Toutes les ambassades, toutes les administrations publiques, même celles possédant déjà leur propre réseau privé, peuvent être connectées au réseau E-KAIDI.

Il faut aussi rappeler que E-KAIDI ne s’exécute pas uniquement en mode SaaS, c’est aussi une solution pour laquelle nous délivrons des licences pour les administrations préférant gérer elles-mêmes leur propre réseau. Nous les accompagnons pendant l’installation, l’exploitation au quotidien et les formations. E-KAIDI a été pensée et conçue pour des échelles nationales, donc au-delà d’une seule ambassade. La notion de multi-administrations et multi-ambassades y est nativement intégrée.

En réalité, aujourd’hui nous bridons volontairement les fonctionnalités de la solution pour la simple raison que le client actuel n’a pas forcément usage de l’ensemble. Mais oui, c’est une technologie duplicable à d’autres ambassades et bien au-delà c’est-à-dire extensible au niveau national.

Guineematin.com : on sait que ce sont des données très sensibles qui sont laissées sur la plateforme E-KAIDI. Que pouvez-vous dire pour rassurer nos compatriotes qui peuvent s’interroger sur la fiabilité de cette solution ou sur la protection de leurs données ?

Alhoussény CONDE : A2A Expertise a mis tout en œuvre pour protéger au mieux toutes les données transitant dans le réseau E-KAIDI. Il s’agit d’un réseau local inaccessible depuis internet dans un cloud privé. Les informations circulant dans le réseau passent systématiquement par des canaux sécurisés. Nous sommes conscients qu’aucun système n’est infaillible et c’est pour cela que nous avons mis en œuvre des moyens considérables sur la sécurité et utilisons des firewalls parmi les meilleurs du domaine pour protéger nos serveurs.

Aussi, rappelons pour nos concitoyens qui peuvent à juste titre se poser des questions sur l’utilisation de leurs données qu’en France, tous les acteurs du secteur sont soumis à une nouvelle réglementation, la RGPD (Règlement général sur la protection des données) en application depuis le 25 mai 2018. C’est l’une sinon la réglementation la plus stricte qui existe aujourd’hui sur la protection des données péronnelles dans le monde.

Guineematin.com : après avoir expérimenté avec succès cette solution, quelles sont aujourd’hui vos perspectives ?

Alhoussény CONDE : nous sommes très enthousiastes pour l’avenir. Nous avons eu de nombreux contacts et pistes de collaborations depuis le lancement de la solution. Nous espérons et souhaitons cependant une implication de l’Etat afin de donner une dimension encore plus importante à la solution. En effet, pourquoi aller chercher ailleurs des solutions et compétences que nous avons chez nous ?

Notre appel si nous pouvons nous le permettre est avant tout, un appel à la fierté national. Croyons-en nous-mêmes et en nos compétences et ressources nationales. Nous ne parlons pas de favoritisme bien entendu, mais à compétences égales, il vaut mieux une préférence nationale, une confiance en nos capacités internes et un rejet de toute sorte de complexe vis-à-vis de ce qui peut venir d’ailleurs.

Guineematin.com : votre mot de la fin ?

Alhoussény CONDE : nous tenons à vous remercier pour cette tribune que vous nous offrez aujourd’hui, et en profitons également pour faire un clin d’œil particulier à l’Ambassadeur de Guinée en France, Son Excellence Amara Camara, qui a fait le choix de faire confiance à une start-up dirigée par des guinéens malgré d’autres offres. Nous aimerions que cela devienne quelque chose de banal pour nos dirigeants et pour tous les Guinéens.

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Une fillette de 8 ans victime de viol : voici ce que le présumé coupable a dit au tribunal

5 mars 2019 à 19 07 35 03353

Les violences sexuelles infligées à des mineures sont devenues récurrentes en Guinée. Des infractions qui sont souvent portées devant les juridictions compétentes. C’est dans ce cadre que Mamadou Mouctar Diallo, accusé de viol sur une fillette de 8 ans, a comparu ce mardi 5 mars 2019 au tribunal criminel de Dixinn, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Les faits pour les quels Mamadou Mouctar Diallo est poursuivi se seraient produits le 23 avril 2016, aux environs de 19 heures, au quartier Koloma, dans la commune de Ratoma. Quatre jours plus tard, le présumé auteur du viol sur une mineure de 8 ans au moment des faits, est mis aux arrêts et déposé à la maison centrale de Coronthie.

Les débats dans ce dossier ont débuté ce mardi au tribunal criminel de Dixinn. A l’absence de la partie civile, c’est l’accusé qui a répondu aux questions du juge.

Après avoir décliné son identité à la barre, Mamadou Mouctar Diallo a nié en bloc les faits de viol articulés contre lui. Selon lui, ce dossier est par la mère de la fillette. « Ce n’est pas la fillette qui s’est plainte contre moi. C’est sa mère Ismatou qui m’a accusé de viol. C’est elle qui m’a indexé. J’avais des antécédents avec elle. Nous sommes des voisins. Avant, on mangeait ensemble et c’est elle même qui nous achetait de l’eau. Mais, depuis que je lui ai dit de ne plus faire la cuisine devant ma porte, elle s’est fâchée contre moi. Ce jour, je revenais du travail. J’ai pris le seau d’eau pour aller me laver à la toilette. C’est ainsi qu’elle a pris des cailloux pour jeter contre moi en disant que j’ai violé sa fille. Donc, c’est un dossier monté contre moi par la maman de la fillette. Moi, je n’ai jamais introduit mes doigts dans les parties intimes de la fillette et je n’ai jamais eu l’intention de le faire », a dit l’accusé.

Pourtant, dans le procès verbal lu par le greffier, il est fait mention que ce jour, Mamadou Mouctar Diallo a appelé la fillette dans sa chambre en vue de la charger d’une commission. Et, c’est à cette occasion que « l’accusé a profité pour abuser de la fillette en introduisant ses doigts dans son sexe ».

Le dossier a été renvoyé au 18 mars 2019 pour la suite de débats, avec la présence de la partie civile.

Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 589 527/654 413 227

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TPI de Mafanco : débat houleux entre le procureur et les avocats d’un présumé criminel

5 mars 2019 à 19 07 27 03273

Poursuivi pour vol à main armée, Mamadou Alpha Diallo, alias Alphadio, a comparu ce mardi, 05 mars 2019 au tribunal criminel de Mafanco. Après son audition, des débats houleux vont s’engager entre les avocats de la défense, qui sollicitent sa mise en liberté, et le Ministère Public, qui s’y est fermement opposé, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Le dossier Mamadou Alpha Diallo, poursuivi depuis 2010 pour vol à mains armées, est un long feuilleton judiciaire. Dans un premier temps, c’est le tribunal de première instance de Kaloum qui avait été saisi pour juger de ce dossier. Mais, pour des raisons compétence juridictionnelle, le tribunal de Kaloum avait adressé une ordonnance de renvoi datant du 07 février 2011 au tribunal de première instance de Mafanco.

Présent à la barre ce mardi, 05 mars 2019, Mamadou Alpha Diallo, âgé de 39 ans et père d’un enfant, a nié les faits pour lesquels il est poursuivi. « Je ne reconnais pas les faits. On m’a arrêté quand je quittais chez ma sœur, à Hamdallaye. C’est Mamadou Saliou Barry qui a dit aux gendarmes de m’arrêter. On me reproche d’avoir vendu un poste téléviseur écran 14 que Saliou Barry m’avait confié. Je connais Saliou Barry depuis Labé et depuis lors, on ne s’était jamais vu à Conakry, sauf le jour où j’ai été arrêté. Je n’ai jamais volé et je ne suis pas associé à Saliou Barry. », a-t-il dit.

Le ministère public, représenté par la procureure Joséphine Loly Tenguiano, va rappeler à l’accusé que Mamadou Saliou Barry, a reconnu dans sa déposition, avoir opéré à plusieurs reprises avec Mamadou Alpha Diallo.

Des affirmations rejetées en bloc par l’accusé. « Si Mamadou Saliou Barry a volé, c’est avec d’autres personnes. Je n’ai jamais volé ».

De son côté, Me Daye Kaba, un des avocats de la défense, a fait remarquer que le juge d’instruction n’a pas respecté le délai de détention de son client. C’est pourquoi, en se fondant sur les articles 235, 237 et 238 du code de procédure pénale, l’avocat va demander qu’on accorde la liberté provisoire à son client.

En répliquant à la demande faite par Me Daye Kaba, la procureure Joséphine Loly Tenguiano dira qu’à cette phase du procès, que ces articles ne s’appliquent pas. Elle va d’ailleurs dénoncer des « arguments dilatoires » de la part de la défense.

Après avoir écouté les arguments du ministère public et des avocats, le juge, Amadou Kindy Baldé, a renvoyé le dossier au 19 mars 2019 pour décision être rendue sur la demande de liberté provisoire sollicitée par la défense.

Siba Guilavogui pour Guineematin.com

Tél. : 620 21 39 77/ 662 73 05 31

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Fête des femmes : dans l’univers de Hawa Doumbouya, « casseuse » de blocs de pierres

5 mars 2019 à 19 07 18 03183

L’humanité s’apprête à célébrer, le 08 mars prochain, la journée internationale de la femme. Cette journée est l’occasion pour elles de redynamiser la lutte pour leurs droits et de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes. En prélude à cette fête, un reporter de Guineematin.com a rencontré madame Adam Hawa Doumbouya, vendeuse de graviers au secteur Démoudoula, quartier Kaporo Rails, dans la commune de Ratoma.

Selon nos informations, ce n’est qu’en 1977 que l’Organisation des Nations Unies (ONU) a officialisé cette journée en invitant ses pays à la célébrer en faveur des droits des femmes.

Adama Hawa Doumbouya, mère de 12 enfants, fait partie de ces femmes qui « vivent à la sueur de leur front ». Le gravier qu’elle revend provient du fond du marigot de Démoudoula, petit cours d’eau menacé de disparition, ou des blocs de pierre qu’elle écrase depuis très longtemps à l’aide d’un marteau.

« Je suis vendeuse de graviers. Ça fait plus de 20 ans que je suis dans cette activité. Quand je suis venue ici, en ce moment, Démoudoula était une brousse. C’est à ma présence que les deux ponts sont faits. Tout ce temps, je suis là. Le travail est dur, mais je tiens. Pour avoir les graviers pendant la saison des pluies, je suis le lit de la rivière, j’amasse les graviers dans l’eau et je tire pour enfin mettre dans les récipients. Puis, je les transporte loin du lit et les mets en tas. En cette saison sèche, je cherche des blocs, je les transporte ici et je les tape avec le marteau pour avoir les graviers. Mais, puisque c’est la saison sèche, il y a beaucoup de poussière, certains clients nous disent qu’il y a de la terre dans les graviers. Donc, je suis obligée de chercher des grillages et des pelles ou bien percer des feuilles de tôles pour tamiser afin de séparer les graviers de la poussière », a-t-elle expliqué.

Pour faire un tel travail, il faut du courage et de la force physique. « Ce n’est pas un travail facile, puisque tous les blocs viennent sur notre tête. Nous n’avons pas le choix. Quand on se marie et qu’on ne trouve pas suffisamment de moyens, on est obligé d’endurer au lieu de se mettre à voler, mentir ou courir les derrière les hommes comme certaines le font. Moi, puisque c’est Dieu qui m’a mise ici pour le moment, je m’en tiens à ça. Si je trouve quelqu’un de bonne volonté qui m’aide, tant mieux. Au cas contraire, je m’en remets à Dieu. Ce n’est pas parce que je ne suis pas fatiguée de ce travail, je suis vraiment fatiguée. Mais, puisqu’il n’y a pas d’autres moyens, il me faut ça. Pour la dépense de la famille et pour les affaires sociales, il faut que je travaille », a fait savoir la bonne femme.

D’autres difficultés, notamment physiques, viennent s’y ajouter. « C’est un travail très difficile, nos mains se gâtent, nous avons la poussière aux yeux, parfois dans les narines. Et, quand on rentre à la maison pour se reposer, il se trouve qu’on est totalement fatigué. Difficilement parfois on arrive à se lever après le repos », a-t-elle expliqué.

Interrogée sur le prix des chargements de gravier, notre interlocutrice a laissé entendre que ceux-ci varient selon le volume. « Si c’est pendant la saison pluvieuse, je peux avoir un chargement par semaine. Mais, en cette saison sèche, il me faut un mois pour avoir un chargement. Parce que les blocs sont très distants du lieu de la vente. On va très loin pour transporter les blocs. Les prix des chargements varient selon le volume. Il y en a pour 250 mille GNF, pour 350 mille, jusqu’à 800 mille FG pour les camions à dix roues. Certains viennent discuter beaucoup, alors que d’autres viennent acheter sans discuter. Parfois, je peux vendre même à un faible prix pour vu qu’on trouve la dépense. Je suis mère de 12 enfants, dont 5 filles en vie. Deux de ces 5 sont mariées ».

A la question de savoir si elle va participer à la célébration de la journée internationale de la femme, habituellement organisée au palais du peuple, Adam Hawa Doumbouya répond : « je n’ai pas l’habitude de participer. Sauf si je suis invitée. Moi, je n’aime pas trop sortir pour ne pas rencontrer des choses qui ne me plaisent pas. Mais, ce que je vais dire aux femmes à l’occasion de cette fête, c’est d’être plus courageuses, travailler dur pour avoir de quoi vivre, ne pas se livrer à de sales besognes. C’est ce que Dieu aime ».

Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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L’épouse du Premier ministre ivoirien à la Ziara de Karamoko Alpha Mo Labé

5 mars 2019 à 19 07 05 03053

Elle s’appelle Aissatou Diallo. Elle est l’une des nombreuses arrières-petites filles de Thierno Mamadou Cellou, dit Karamoko alpha Mo Labé, selon l’ascendance suivante : Karamoko alpha Mo Labé eut pour fils Mody Mamadou Dian, le courageux père de Mody Abdoulaye mo Wora, qui donna naissance à Alpha Ibrahima Mawdho, père de Mody Mamadou Dian Bantignel, qui eut pour fils Alpha Mamadou Cellou Wora, père de Mamadou Tanou, qui eut pour fille Aissatou Wora, dont la mère est une Condé de Gaoual.

Parmi les frères et sœurs du père de l’épouse du Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Koulibaly, on peut citer Alpha Saliou, celui-là qui succéda à leur père, Alpha Mamadou Cellou, à la tête du canton de Madina Wora, capitaine Abdoulaye Wora, qui fut arrêté et tué au camp Boiro, Amadou Oury, le magistrat, Elhadj Abdoul Ghadiri Wora.

C’est le père de l’écrivaine Mariam Diaka Diallo, Hadja Raynatou, l’une des épouses d’Alpha Mamadou Cellou Dieng, le chef de canton de Mali centre. La légende au Fouta lui prêterait une beauté de fée au point d’être appelée la « déesse de Wora ». Toujours selon la légende répandue du côté du mont Loura, Raynatou était la préférée d’Alpha Mamadou Cellou Dieng et sortait une fois par an pendant la fête de Tabaski dans un hamac et faisait l’objet d’une très grande admiration de la part de la population qui appréciait sa beauté, unique au pays Peul. Et, ce n’est pas fini. Raynatou, la déesse de Wora, toujours selon la légende répandue dans cette partie du Fouta Djallon, prenait deux douches. Une première, ordinaire, avec une simple eau à laquelle venait s’ajouter une seconde, toute parfumée des feuilles de Karoukaroundé, une plante reconnue pour ses délices d’où on tirait le parfum fabriqué à Labé sous la première République.

La présence de Néné Aissatou Wora, l’épouse du premier ministre ivoirien, Amadou Gon Koulibaly, est un symbole fort de la dimension plurielle de Karamoko Alpha Mo Labé, dont la prestigieuse descendance peuple une bonne partie de la sous-région.

A noter enfin, que les résistants à la pénétration coloniale, Alpha Yaya Diallo et Thierno Ibrahima Ndama sont également de Mody Mamadou Dian, tout comme les Kaldouyanké de Dougountouny. Aissatou Wora, de l’aristocratie régnante Kaldouyanké du Labé, épouse d’Amadou Gon Koulibaly, un prince commandeur Senoufo de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. Voilà qui constitue un bel exemple de fierté et de noblesse des valeurs traditionnelles africaines.

Par Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien

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Leadership féminin : entretien avec l’Hon. Zalikatou Diallo

5 mars 2019 à 18 06 42 03423
Mme Traoré Hadja Zalikatou Diallo

Le 08 mars prochain, l’humanité va célébrer la journée internationale de la femme. Une occasion qui sera mise à profit pour promouvoir l’émancipation de la couche féminine à travers le monde. En prélude à cette journée, Guineematin.com a eu un entretien avec la députée Dr Zalikatou Diallo, secrétaire générale du Forum des Femmes Parlementaires de Guinée(FOFPAG) et membre du parlement panafricain. Nous avons parlé du leadership féminin avec pour exemple son riche parcours.

Décryptage !

Guineematin.com : comment une femme peut-elle devenir leader ?

Honorable Zalikatou Diallo : c’est une question pertinente. Pour devenir leader, ce n’est pas facile pour une femme. Cela, pour de nombreuses causes. Les charges sociales, le ménage, les pesanteurs socioculturelles, etc… Pour autant, c’est une question possible. Une femme peut devenir leader en faisant bien ce qu’elle entreprend. Si c’est le ménage, il faut être une bonne ménagère, si tu enseignes, fais-le bien, si tu soignes exécute bien tes tâches. Même si tu décides de balayer la route, tiens bien ton balai et travaille correctement. Une femme leader doit forcément être bien formée, à défaut, elle doit avoir un métier. Pour qu’une femme arrive à ce stade, elle a besoin d’une autonomisation, elle a donc besoin d’être accompagnée pour arriver au niveau du leadership.

Guineematin.com : parlant de formation, vous personnellement vous êtes médecin de profession. Comment êtes-vous parvenue à un tel niveau quand on sait que la formation des jeunes filles reste toujours un véritable défi dans notre pays ?

Honorable Zalikatou Diallo : à ce niveau, je remercie beaucoup mes parents. Ma mère était une comptable et mon père, un économiste sortant de Sciences Pô de Paris. Ils nous ont encadrés jusqu’au bout. Grâce à mes parents, j’ai fait les études supérieures en optant pour la médecine. Pour cela, il fallait vraiment travailler très dur. Etudier en médecine n’est pas facile : les matières sont chargées et étudier l’être humain n’est pas aisé puisque l’être humain est très compliqué dans sa constitution. Imaginez-vous qu’au départ, nous étions 150 étudiants en première année médecine, au compte de la promotion Hadja Mafory Bangoura. Mais, quand on est arrivé en 6ème année, on était plus que 40 étudiants dont 5 filles. Ce qui veut dire que certains ont changé d’option, d’autres ont abandonné entretemps.

J’ai donc terminé major de ma promotion et soutenu avec mention « Excellent ». Mais, moi j’avais moins de mérite que les quatre autres filles qui étaient avec moi et qui étaient mariées. Moi, je me suis dit qu’il fallait attendre la fin des études pour me marier. D’autant plus que j’étais devenue très tôt dirigeante sportive.

Guineematin.com : justement, parlez-nous de cette autre facette de votre leadership.

Honorable Zalikatou Diallo : oui, c’est un don de soi. Moi, j’ai aimé très tôt le football. Mon père avait un club à la Minière. Un célèbre club de football qui raflait presque tous les trophées. Il dominait dans les coupes. C’est nous qui préparions pour les joueurs du club et qui les servions. Cela me fascinait énormément. On les supportait et j’ai fini par être du monde du football. Et, c’est comme ça qu’on a continué à supporter plus tard le Hafia FC et le Syli national sénior. Pour la petite histoire, lorsqu’ils ont commencé à restructurer la ligue régionale de football de Conakry, j’ai été choisie avec Agnès Camara par M. Habib Diallo qui était inspecteur régional de la jeunesse de Conakry.

Agnès Camara (Paix à son âme) et moi, étions les deux secrétaires chargées des affaires sociales et du football féminin. Par la suite, j’ai été la première femme guinéenne à être élue à la Fédération Guinéenne de Football (FEGUIFOOT). C’était au temps de Baba Sacko. M. Almamy Kabélé Camara était le vice-président de la fédération. Une année après, je me suis mariée à un diplomate, et j’ai quitté le pays.

Guineematin.com : la question allait venir puisque chez nous généralement, les femmes qui font de hautes études ou qui sont dans le monde sportif ont souvent du mal à avoir un mari. Est-ce votre cas ?

Honorable Zalikatou Diallo : c’est vrai, je me suis mariée seulement après mes études, comme je vous l’ai dit plus haut. J’ai épousé un diplomate qui était en poste en Libye. J’ai quitté la Guinée et nous avons passé 14 ans à l’étranger. Puisqu’après la Libye, mon mari a été nommé au Nigéria puis à New York entre autres. Mais je continuais à militer dans les associations des épouses des ambassadeurs que j’ai eu l’honneur de présider plusieurs fois.

Mais une fois revenue en Guinée, après cette longue période d’absence, j’ai régularisé ma situation administrative et j’ai repris mes activités professionnelles et sportives à tous les niveaux. C’est comme ça que le Hafia FC m’a choisie comme Directrice des ressources humaines. De là, j’ai appris qu’il y a le congrès de la FEGUIFOOT. Je me suis portée candidate pour devenir la secrétaire chargée du développement féminin et en même temps présidente de la commission de la médecine sportive. C’était au temps d’Aboubacar Bruno Bangoura qui était le Président de la fédération.

La FEGUIFOOT a présenté ma candidature à la CAF et à la FIFA pour être commissaire de match. A ce niveau, j’ai bénéficié de nombreuses formations à travers le monde et j’ai fait le tour du continent pour être commissaire de match dans plusieurs pays. Et ensuite, au Congrès suivant, j’ai été élue 1ère vice-présidente de la FEGUIFOOT. Nous étions sur un bel élan quand une crise a éclaté entre les hommes et c’est ce qui nous a emportés. Pendant qu’on était là-bas, on avait commencé à redresser la situation du football féminin avec des résultats encourageants (…)

Guineematin.com : vous êtes médecin, dirigeante sportive sans oublier les tâches ménagères. Comment avez-vous réussi à concilier tout cela ?

Honorable Zalikatou Diallo : c’est d’abord la volonté et l’organisation. J’ai eu la chance de faire mes maternités à l’extérieur. Au moment où je rentrais, les enfants étaient devenus grands, donc autonomes. Je me rappelle au Nigeria, j’ai été choisie comme présidente des épouses des diplomates africains dans ce pays. Il arrivait que j’aie des réunions parfois un peu difficiles. Par exemple, un jour, on préparait un évènement annuel au niveau des femmes diplomates. Je convoque la réunion, entretemps, mon enfant tombe malade. Il a une prescription de trois doses dans la journée. J’ai été obligée d’aller avec le bébé à la réunion, accompagnée du chauffeur qui est resté avec lui dans la voiture. A chaque fois que l’heure de donner le médicament au bébé arrivait, je venais lui donner et retourner présider la réunion. C’est vraiment compliqué des fois avec le ménage et les activités professionnelles.

Guineematin.com : et puis, à côté du football, vous êtes devenue aussi une femme politique. Est-ce que vous pouvez nous expliquer également cet épisode ?

Honorable Zalikatou Diallo : quand les militaires ont pris le pouvoir en Guinée, en décembre 2008, nous sommes rappelés à Conakry. Et comme mon mari a décidé de fonder avec certains de ses amis un parti, j’ai décidé d’aller avec lui. Puisqu’il me soutenait toujours dans mes activités sportives. Donc, on partait faire les réunions politiques, je donnais des idées qui étaient souvent appréciées. Donc à la convention du parti, le président a été élu et il m’a choisi comme son N°2. C’est-à-dire, la secrétaire nationale du parti. Et il était souvent absent du pays. Ce qui veut dire que j’étais absorbée par les activités politiques. Cela m’a obligé d’abandonner les cours que je donnais à l’université. Je me suis consacrée à la politique. Et la suite, vous la connaissez.

Guineematin.com : la suite, c’est que vous êtes élue députée à l’Assemblée à l’issue des législatives de 2013. Avec vos collègues députées, vous avez décidé de créer le Forum des Femmes Parlementaires de Guinée. Comment est-ce que cette idée est venue ?

Honorable Zalikatou Diallo : une bonne question. Nous étions 24 femmes élues sur 114 députés. (Maintenant, nous sommes 26 au total avec les décès et les remplacements). Nous avons vu qui nous étions minoritaires. Et si avec ce nombre, on ne se donne pas les mains, nous avons compris qu’on n’aurait rien pu faire pour les femmes de Guinée. Figurez-vous que les gens ne se saluaient même pas à cause des divergences politiques. J’ai été désignée membre du Parlement Panafricain (PAP) avec 4 autres collègues. Et à ce niveau, nous avons trouvé que les femmes étaient constituées en Cocus et qu’il fallait faire une structure relai dans nos parlements. Je suis venue expliquer à l’honorable Nanfadima Magassouba qui a adhéré à l’idée et puis nous avons contacté les autres femmes qui ont unanimement salué l’idée.

Ensemble, nous les femmes de tous les bords politiques, sommes allées voir le président de l’Assemblée nationale qui a soutenu l’idée et nous avons été appuyées par le PNUD pour la mise en place du Forum, le 10 mai 2014. Le FOFPAG est né avec ses statuts et règlement intérieur et ses plans d’action. Et puis c’est parti. Quand on est au niveau du Forum, on ne parle pas de politique ou de groupe parlementaire, mais de la femme guinéenne surtout pour ses droits.

Guineematin.com : le FOFPAG justement s’est beaucoup investi pour promouvoir la représentativité des femmes dans les instances de décision. Quel a été votre constat sur le terrain ?

Honorable Zalikatou Diallo : il faut le souligner que depuis deux ans, nous avons bénéficié d’un projet sur « la représentativité des femmes en politique ». C’est un projet soutenu par l’Assemblée nationale, appuyé par le PNUD et financé par l’ONU Femme et le Gouvernement du Canada. C’est dans ce cadre que nous faisons des tournées à l’intérieur du pays. Ce, en lien avec les engagements nationaux et internationaux auxquels la Guinée a adhéré pour le respect des droits de l’Homme et la promotion du genre. Mais j’avoue que le constat est très amer. Sur plus de 29 mille candidats aux élections locales de févier 2018, il n’y avait que 7 mille 44 femmes candidates, soit 23,83%. Ce qui n’atteint même pas 30%.

Après les élections, nous avons constaté qu’il y avait à peine 6 % de femmes élues conseillères. Une seule femme maire de commune urbaine et 5 autres portées à la tête de communes rurales. Là, c’est Dabola qu’il faut féliciter avec l’élection de trois femmes maires à travers la préfecture. Sinon, le constat est très amer sur le terrain : il n’est pas rare de voir des exécutifs communaux sans aucune femme à travers le pays. C’est un grave recul démocratique. Les femmes représentent plus de 52% de la population. Elles participent activement aux activités socio-économiques du pays. Comment expliquer qu’elles soient absentes dans la prise de décision même au niveau local ? C’est vraiment sérieux !

Guineematin.com : pour corriger cette faible représentativité des femmes dans les instances de prise de décision, que préconisez-vous au niveau du FOFPAG ?

Honorable Zalikatou Diallo : nous avons sillonné tout le pays à travers deux équipes du FOFPAG pour rencontrer les différents acteurs sur le terrain. Pour évaluer ensemble avec eux la situation et demander qu’à l’occasion de la désignation des chefs de districts et de quartiers, qu’on tienne compte des femmes. Nous voulons une parité homme/femme à ce niveau. Nous voulons également que les rares femmes conseillères soient portées au niveau des conseils régionaux. Voilà notre message. Mais en plus, nous avons demandé que des plateformes soient mises en place pour assurer la promotion du genre jusque dans les secteurs et à travers les associations et autres organisations non gouvernementales. Au niveau de l’Assemblée nationale, à l’occasion de la session des lois, nous entendons présenter une proposition de loi sur la parité. Et nous demandons le soutien de tous les députés.

Du côté de l’exécutif, nous saluons l’engagement du président de la République qui a dédié ses mandats aux femmes et aux jeunes. Sur le terrain, nous apprécions cette volonté d’accompagner l’autonomisation des femmes. De nos jours, les MUFFA et les LC2 sont déployés partout dans le pays. Cela doit être poursuivi et renforcé pour que les femmes soient réellement autonomes et capables de participer à la prise de décision dans le pays. Nous savons que le président nous accompagne. Récemment, il a rejeté le code civil révisé qui contenait une option de la polygamie. Nous lui restons reconnaissantes et attendons qu’il nous appuie plus, en nommant plus de femmes dans le gouvernement, dans l’administration et à tous les niveaux du commandement.

Guineematin.com : vous ne serez pas en Guinée lors de la célébration de la journée internationale de la femme, le 08 mars prochain. Quel message souhaiteriez-vous que les femmes portent en direction des autorités à cette occasion ?

Honorable Zalikatou Diallo : c’est vrai que je ne serai pas ici mais je serai à Tunis, là où les femmes ont atteint un niveau d’émancipation très élevé. Les tunisiennes sont considérées comme les femmes les plus émancipées du monde arabe voire de tout le continent africain. C’est là où je fêterai le 8 mars, à côté de mes sœurs. En Guinée, je demande aux femmes de ne pas se mettre à chanter et à danser seulement. Elles doivent travailler dans le cadre du plaidoyer lobbying dans le cadre du respect de nos engagements et conventions internationaux. Elles doivent examiner la situation, identifier les faiblesses et consolider les acquis.

Nous pensons du côté du FOFPAG, qu’en réussissant à présenter notre proposition de loi en avril, si elle passe, il y aura un moyen de coercition en vue d’amener les acteurs politiques et administratifs à tous les niveaux à contribuer à améliorer le niveau de représentativité des femmes. Nous les femmes, nous devons suivre la voie tracée par nos prédécesseurs comme Hadja Mafory Bangoura, Loffo Camara, Jeanne Martin Cissé et M’Balia Camara et compagnie qui ont lutté contre les discriminations homme/femme. Ces femmes se sont battues pour le bonheur de la femme guinéenne et le Code civil d’alors a été voté avec l’option de la monogamie même s’il y a une série d’articles soulevant des exceptions.

C’était une grande avancée puisque cette loi a été prise avant même que la Guinée ne signe des engagements et des conventions internationaux dans ce sens. Une fois encore nous saluons la clairvoyance du Pr Alpha Condé qui a renvoyé ce document pour une seconde lecture. Maintenant, il nous appartient, à nous les femmes d’être plus unies, plus solidaires et aller à la victoire.

Interview réalisée par Abdallah BALDE pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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Kaporo Rails : l’appel de détresse des citoyens déguerpis

5 mars 2019 à 18 06 26 03263

Depuis deux semaines, l’Etat guinéen, à travers le ministère de la ville et de l’aménagement du territoire mène une impitoyable opération de déguerpissement des occupants du quartier Kaporo Rails. Les autorités guinéennes qui justifient cette opération par le fait que la zone appartient à l’Etat, démolissent inlassablement les maisons, laissant leurs habitants sans abri et sans aucune mesure d’accompagnement. Un reporter de Guineematin.com est allé à la rencontre de ces citoyens qui ont vu leur vie basculer tristement. Ils ont raconté leur calvaire et appelé à l’aide pour sortir de cette situation.

Décryptage !

Moumini Bah : depuis que ma maison a été détruite, je vis très mal. Je n’ai pas de mots pour qualifier cette situation. J’ai perdu une maison composée de 4 chambres et un salon. J’ai une femme et 5 enfants qui sont tous élèves. Moi je prie Dieu pour qu’il me vienne en aide. C’est Dieu qui est grand. Moi je suis malade, il y a de cela 4 ans que je suis assis ici, je n’arrive pas à marcher. J’ai 58 ans cette année et je n’ai nulle part à aller. Je n’ai pas de terrain pour au moins espérer un peu de soutien.

Avant, j’étais chauffeur. C’est avec cette activité que j’ai construit ma maison et fondé ma famille. Aujourd’hui, je ne peux rien, je suis très faible. J’ai subi deux interventions chirurgicales à l’hôpital Jean Paul II. Je souffre du rhumatisme. Avec ça, je ne peux pas bouger et je ne peux pas faire de travaux physiques. Je n’ai plus de force, je suis malade, je suis un vieux. C’est Dieu qui peut m’apporter de l’aide en plus des personnes qui ont des moyens. Je demande à toute personne qui peut m’aider à me faire sortir de cette impasse de la faire. Mon numéro de téléphone, c’est le 664 36 80 09.

Abdoulaye Diallo, 65 ans : je suis à Kaporo Rails depuis 1979. Je suis commerçant de profession. Je vis ici avec mon frère et nos familles. C’est mon frère qui a construit ici pour la première fois. Après, je suis venu le rejoindre. Nous avons perdu une maison de 8 chambres. Il y avait deux bâtiments. Moi j’ai deux femmes et 5 enfants. En plus, j’ai les enfants de ma sœur qui est décédée en 2009.

Ces enfants sont avec moi ici en plus de mes propres enfants. Tous ces enfants étudient au lycée de Kaporo Rails. Un d’entre eux doit faire le Bac. Mais, leurs études sont aujourd’hui menacées parce qu’ils seront éloignés de leur école. Je ne sais pas comment je vais faire. En ce moment-là, il n’y a pas de transfert dans les écoles. Ça me touche au fond du cœur.

Je veux lancer un appel à toutes les personnes de bonne volonté pour m’aider. Pas moi seul, mais pour aider toutes les victimes de Kaporo Rails surtout ceux qui sont vieux comme moi et qui n’ont pas de force physique. J’ai 65 ans. Ma famille s’est dispersée. Certain de mes bagages sont là d’abord. Le matin-là j’étais à Kénendé (Dubreka) pour avoir une maison. Mais même si je gagnais une maison là-bas, comment je vais m’y rendre ? Je n’ai pas d’argent.

Partout où j’ai été pour trouver une maison, une chambre simple et salon, on me dit 300.000 ou 500.000 GNF. Avec tout ça, on te demande une avance de 6 mois à 1 an. Quand tu n’as rien, ce n’est pas possible. Je demande à toute personne qui a la capacité d’aider de nous venir en aide. Tu peux avoir l’intention d’aider mais si Dieu ne t’a pas donné les moyens, tu ne peux pas le faire. Mais c’est à cause de Dieu qu’on demande à ceux qui en ont les moyens de nous aider. Mon numéro de téléphone, c’est le 621 27 30 64.

Hadja Kadiata Diallo, 73 ans : actuellement, mon seul souci c’est comment trouver un logement. Toutes nos maisons ont été détruites. Actuellement, je suis en train de faire la navette : je passe la nuit dans différentes familles. Je serais très contente si je trouvais une aide me permettant de trouver un logement. Mon numéro de téléphone, c’est le 664 67 41 67.

Propos recueillis par Mohamed DORE pour Guineematin.com

Tel : (00224) 622 07 93 59

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Assassinat de Mohamed Ghussein: des peines de 3 ans à la prison à vie contre les 4 accusés

5 mars 2019 à 18 06 09 03093

Les quatre (4) accusés dans l’assassinat de Mohamed Ghussein, chargé de communication au ministère de l’Economie et des Finances, ont été reconnus coupables ce mardi 5 mars 2019 au tribunal criminel de Dixinn. Mamadou Yéro Tala Diallo et Cie ont été condamnés à des peines allant de 3 ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité, a appris sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Les parents de Mohamed Ghussein, atrocement assassiné le 26 novembre 2016, dans sa maison à la Minière, vont enfin pousser un ouf de soulagement. Mamadou Yéro Tala Diallo, Mamadou Djouma Bah, Samuel A. James et Mohamed Camara ont été reconnus coupables dans cette affaire. Ils étaient poursuivis pour assassinat et complicité (respectivement pour les deux premiers), non assistance à personne en danger (pour le troisième) et recel de malfaiteurs pour le 4ème, Mohamed Camara.

Le principal auteur de cet assassinat, Mamadou Yéro Tala Diallo, fils adoptif de Mr Ghussein, en fuite, a été condamné par défaut à la réclusion criminelle à perpétuité.

Quant à Mamadou Djouma Bah, majordome de Mohamed Ghussein, accusé de complicité, a été condamné à 5 ans de réclusion criminelle. Détenu à la maison centrale depuis le 23 janvier 2013, (6 ans, 1 mois et 10 jours), Mamadou Djouma Bah devrait être libre.

Pour sa part, Samuel A. James, gardien d’une concession voisine à celle du lieu du crime, a été condamné à 5 ans pour non assistance à personne en danger. Lui aussi, il devrait sortir de prison, puis qu’il est détenu depuis le 17 janvier 2014, (5 ans, 1 mois et 2 semaines).

De son côté, Mohamed Camara, accusé d’avoir hébergé Yéro Tala dans sa fuite, a été condamné à 3 ans de prison pour recel de malfaiteur. Il est en prison depuis le 17 janvier 2014.

Pour rappel, l’assassinat de Mohamed Ghussein avait ému l’opinion le 26 novembre 2016. Le pauvre avait succombé suite à des coups de marteau, de hache et de bâtons. Puis, les auteurs de l’acte avaient mis son corps dans le coffre de sa voiture, dans le garage.

De fil en aiguille, les enquêteurs vont mettre aux arrêts Mamadou Djouma Bah, Samuel A. James et Mohamed Camara. Quant à Mamadou Yéro Tala Diallo, il parviendra à prendre la poudre d’escampette et à sortir de la Guinée.

Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 58 95 27

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Harcèlement sexuel dans les hôtels : les membres de LUITA se coalisent contre le phénomène

5 mars 2019 à 17 05 59 03593

L’Union Internationale des Travailleurs de l’Alimentation, Agriculture, Hôtel, Restaurant, Tabac et Branches Connexes (LUITA) a organisé une réunion sur le groupe Marriott, ce mardi 05 mars 2019, à Conakry. Cette première réunion des Organisations Syndicales Africaines présentes chez Marriott (l’une des plus grandes chaînes hôtelières au monde), visait à échanger sur les moyens de prévention contre les agressions sexuelles dans les établissements hôteliers, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui était sur place.

Cette rencontre de Conakry a duré une journée. Elle a regroupé au total dix (10) pays, tous membres de LUITA : Guinée, Malawi, Mali, Nigeria, Ouganda, Kenya, Afrique du Sud, Etats Unis, Suisse, et Benin. L’objectif est de trouver une solution au harcèlement sexuel qui devient de plus en plus récurrent dans les industries hôtelières.

Mme Doukouré Asmaou Bah

Dans son discours de bienvenue, Madame Doukouré Asmaou Bah, secrétaire générale de la fédération guinéenne de l’hôtellerie, du tourisme, de la restauration Catering et branches connexes, s’est réjoui de la tenue en Guinée de cette première réunion des organisations syndicales africaines présentes chez Marriott. Selon elle, « cette réunion sera un moment de partage d’expérience sur les bonnes pratiques de lutte contre le harcèlement sexuel, resté longtemps tabou dans notre milieu professionnel. C’est aussi le moment de réfléchir sur une action commune en vue d’éradiquer cette pratique dans notre profession en Afrique et à travers le monde ».

Par ailleurs, madame Doukouré Asmaou Bah a dit qu’au terme de cette réunion, des recommandations seront formulées et remises aux responsables des structures hôtelières des pays membres de l’organisation. « Nous allons faire des sensibilisations dans les hôtels. Nous avons une chance surtout en Guinée. Notre pays a signé l’année dernière la convention collective professionnelle de l’hôtellerie et de la restauration. Maintenant que cette convention est signée, nous voudrions la vulgariser, procéder à des sensibilisations et la mettre en pratique. Donc, c’est déjà un grand atout », s’est-telle réjouie.

Doussou Simietoundhé

De son côté, Doussou Simietoundhé, le secrétaire général pour l’Afrique de LUITA, a indiqué que le harcèlement sexuel dans les industries hôtelières constitue une préoccupation majeure pour les membres de son organisation. « C’est une question de sensibilisation des membres du groupe Marriott sur les questions de harcèlement sexuel. Parce que ça a été déjà une préoccupation pour le comité régional de LUITA qui s’est réuni à Kampala au mois de décembre 2018.

Donc, on a fait de cette thématique une préoccupation parce que c’est un fléau. Vous avez vu l’histoire de DSK, donc nous voulons éviter ça ici. Je crois qu’au lendemain de cette rencontre, nous allons faire un plan d’action pour voir comment prendre en charge les questions du harcèlement sexuel », a-t-il souhaité.

Massimo Fratini

Pour sa part, Massimo Fratini, membre de LUITA, a salué la tenue de cette réunion. Pour lui, seulement une stratégie commune pourra aider à lutter contre le harcèlement dans le milieu de l’hôtellerie. « Le congrès de 2016 a conclu que le problème majeur dans l’industrie hôtelière est le harcèlement sexuel. Donc, il faut travailler ensemble pour protéger les travailleurs et travailleuses des hôtels contre le harcèlement sexuel. On a fait des progrès avec des chaines hôtelières notamment Mélia avec qui on vient de signer des accords pour prévenir le harcèlement sexuel.

On est en train de travailler avec le groupe Accor pour ça. Et, on veut aussi travailler avec Marriott. Après Conakry, on va tenir une deuxième réunion à Genève en avril. Pour nous, la présence de Marriott ici est très importante. La Guinée est un très bon pays, on est content d’avoir commencé notre réunion ici ».

Thierno Ousmane Diallo

Le ministre guinéen en charge du Tourisme, de l’Hôtellerie et de l’Artisanat a pris part à l’ouverture de cette rencontre. Thierno Ousmane Diallo a fondé l’espoir que les recommandations qui sortiront de cette réunion de travail permettront de mettre définitivement un terme au harcèlement sexuel dans les complexes hôteliers du pays. « Cette réunion se fait dans le cadre de la politique du président de la République qui veut que les travailleurs soient pris en considération, qu’on leur respecte dans leur dignité.

Et, c’est pourquoi nous avons fait une convention collective qui gère les relations entre les patrons et les employés dans tous les hôtels, restaurants, bars-cafés. Donc, cela va en droite ligne avec la politique du gouvernement. Je fonde l’espoir que tout se passera bien et qu’ils aboutiront à des résultats très importants », a dit le ministre Diallo.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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Hommage à Thierno Mamadou Cellou Diallo : l’aristocrate et l’intellectuel

5 mars 2019 à 14 02 35 03353

Par Amadou Diouldé Diallo : Thierno Mamadou Cellou Diallo incarnait, par ses origines et sa naissance le Labé dans sa dimension plurielle. Qui plus que lui pouvait être de la prestigieuse descendance de Thierno Mamadou Cellou, dit Karamoko Alpha Mo Labé, son valeureux homonyme, dont la Ziara annuelle a pris fin samedi dernier, dont il repose éternellement dans le mausolée ?

« Grand Cellou », comme on l’appelait pour le différencier de son cousin, « petit Cellou », dans la mouvance Contéiste, eut pour père Elhadj Moustapha Diallo, un Séléyanké de Dalein Hindé, fondé par son ancêtre, Karimou Tanou Bano, un des six garçons issus de l’union entre Mâma Doulla et Aissata Gniré, la fille aînée de Karamoko Alpha Mo Labé. Les cinq autres sont : Ibrahima Bano Tanou, le fondateur de Dalein Kolla ; Ousmane Bano Tanou de Lélouma ; Abdoulaye Bano Tanou de Gadha komba ; Saidou Bano Tanou de Karatangui ; et Boubacar Dendé Tanou de Mombeya.

De par cette ascendance, la famille de « Grand Cellou » est l’aînée chez Karamoko Alpha Mo Labé devant la descendance de ses sept garçons. Grand Cellou eut pour mère, une des petites sœurs d’Elhadj Alpha Ousmane Kakony, chef de canton du Kinsikoté, le père des ministres Alpha Ibrahima Mongo et Alpha Oumar Barou Diallo, Kaldouyanké de Sombili, descendant de Thierno Souleymane Popodara, un des sept garçons du fondateur de Labé…

On ne saurait mieux camper Grand Cellou qui, en dépit de cette noblesse affirmée au cœur du Labé et du Fouta, est toujours resté humble et fondamentalement attaché aux valeurs républicaines en se mettant au service exclusif de son pays. Il avait acquis, ici et en France, une vaste culture, surtout dans le domaine de l’agriculture dont le développement lui tenait à cœur. Ce qu’il avait d’ailleurs hérité de son père, Elhadj Moustapha, mais aussi de son oncle Elhadj Alpha Ousmane Kakony, tous deux amoureux de la terre et qui, pour cette raison, étaient venus s’installer à Friguiagbé (Kindia) pour le restant de leurs jours.

Malgré toutes les fonctions occupées en tant que grand commis de l’Etat, jusqu’à deux fois de suite, directeur de campagne du Général Lansana Conté, en 1993 et 1998, grand Cellou a toujours été un homme de dossiers, de dialogue et de débats. Il était aussi un fervent croyant, ayant la foi du bon musulman dont rien ni personne n’altéraient, la soumission à ALLAH.

Né leader, né pour commander, grand Cellou savait donc ce qu’était le pouvoir et respectait ceux auxquels le destin a conduit à Sékhoutouréyah : Sékou Touré, Lansana Conté et Alpha Condé. Même si le premier l’a fait arrêter et fait subir les affres du sinistre camp Boiro, il n’a pas hésité un seul instant à donner la main de sa fille à Mohamed Touré, le fils de Siaka Touré, le commandant de ce camp Boiro : une grandeur d’âme et une hauteur de vue que seuls les grands hommes peuvent avoir.

Comme quoi, Thierno Mamadou Cellou Diallo est né grand et est mort grand en insistant dans ses dernières volontés d’être enterré dans la plus grande simplicité, sans symposium ni propos louangeurs au mausolée de son aïeul et homonyme, Karamoko Alpha Mo Labé,

Repose en paix, Amine !

Par Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien

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Plus de 42 milliards détournés à l’OGP : « ce dossier n’a pas livré tous ses secrets », dit l’avocat de Paul Moussa

5 mars 2019 à 12 12 49 03493
Paul Moussa Diawara et Me Salif Béavogui au TPI de Kaloum

Comme indiqué dans une précédente dépêche de Guineematin.com, l’ancien Directeur Général de l’OGP, Paul Moussa Diawara, est accusé d’avoir détourné la somme de 39 milliards 679 millions 25 mille 698 francs guinéens au préjudice de l’office guinéen de publicité (OGP) dont le seul actionnaire est l’Etat guinéen. Et, au cours des enquêtes, il s’est révélé que ce sont plutôt 42 milliards 115 millions 760 mille 20 francs guinéens qui auraient été détournés par l’ancien Directeur Général avec la complicité de son comptable, Inza Bayo.

Selon maître Lancinet Sylla (qui plaidait hier, lundi 04 mars 2019, au tribunal de première instance de Kaloum en tant qu’avocat représentant l’agent judiciaire de l’Etat dans ce dossier), ce sont les redevances et de taxes payées par les sociétés de téléphonie Orange, Cellcom et Areeba qui ont été détournées par Paul Moussa Diawara. L’avocat a accusé l’ancien patron de l’OGP d’avoir fait sortir des caisses de l’OGP plusieurs dizaines de milliards avec de fausses justifications comme des voyages de formation, etc.

Prenant la parole, maître Salifou Béavogui n’a pas orienté sa plaidoirie sur la justification de ces nombreuses sorties d’argent. L’avocat de Paul Moussa Diawara a présenté son client comme la victime d’un complot.

« Ces montants énumérés ici sont imaginaires. Ils n’existent que dans la tête de ceux qui ont monté ce dossier pour ternir l’image de mon client. A l’arrivée de Paul Moussa Diawara à l’OGP, cette institution n’avait pas plus de 50 mille francs. Avec son courage, il a viabilisé ce service. Il a eu le courage suicidaire de tendre la main à des contribuables, il a même initié des procédures en s’attaquant à des entreprises qui ont été contraintes de payer à l’Etat guinéen son dû. Il a fait de l’OGP une vache laitière… Mais, Paul Moussa Diawara est aujourd’hui victime d’intention politique de la part des aigris sociaux incompétents qui sont aujourd’hui très proches du pouvoir et qui pensent que ce jeune dynamique est une ombre sur leurs têtes », a dit Me Salifou Béavogui, tout en dénonçant « un procès inéquitable qui n’a accordé aucun droit de défense ».

« J’ai l’impression que nous sommes dans un procès expéditif et punitif qui vise simplement à envoyer Paul Moussa Diawara en prison. Je me demande pourquoi ce tribunal n’a jamais accepté une contre-expertise du rapport qui a été apporté ici par le poursuivant (l’Etat guinéen). Tout au long de cette procédure, mes clients n’ont jamais bénéficié de défense équitable. Nous avons demandé la comparution du ministre Bantama Sow qui était le président du conseil d’administration de l’OGP. Ça a été refusé. Tous les moyens de preuves que nous avons produits ont été rejetés. C’est une injustice inqualifiable. Mes clients sont victimes d’acharnement politico-judiciaire. C’est ce qui justifie d’ailleurs la présence de la RTG (radio et télévision publique) dans cette salle. On prend des images qu’on passe à la télévision comme pour dire qu’on a pris les voleurs, on les a jugés et condamnés. Cependant, ceux qui ont détourné ne sont pas inquiétés… Ce dossier n’a pas livré tous ses secrets. Si vous prenez une décision à ce stade, je suis sûr que la cour d’appel va ordonner une contre-expertise. C’est pourquoi, je vous demande de renvoyer mes clients des fins de la poursuite pour délit non constitué », a plaidé l’avocat de la défense.

Finalement, le tribunal a mis le dossier en délibéré pour décision être rendue le 1er Avril prochain.

A suivre !

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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Siguiri : un conseiller accuse le maire d’avoir détourné 80 millions

5 mars 2019 à 12 12 25 03253
Bloc administratif de Siguiri

Un conseiller communal de Siguiri a jeté un pavé dans la marre en accusant le maire local de violation du code des collectivités et du détournement d’un montant de quatre vingt (80) millions de francs guinéens. Dr Moussa Oriya Keïta, candidat malheureux au poste de maire, l’a dit hier lundi 04 mars 2019, à travers une conférence de presse animée à son domicile privé, rapporte le correspondant de Guineematin.com basé dans la préfecture.

Selon Dr Moussa Oriya Keïta, le maire de la commune urbaine de Siguiri, Koumba Sékou Magassouba, et les membres de l’exécutif communal, ont violé le code des collectivités. Pour Dr Kéita, élu sous la bannière de la liste indépendante SIMA (Siguiri en Marche), le maire a également jeté de l’argent par la fenêtre. « L’Assemblée Nationale a voté une loi qui défini la marche des collectivités. Celui qui n’applique pas cette loi, l’aura violé et doit subir la rigueur de la loi, par ce qu’il est tombé dans l’illégalité. Ici à Siguiri, cette loi a été violée en son article 110, qui stipule que: au lendemain de l’élection du bureau de l’exécutif communal, le maire et ses conseillers doivent se retrouver sous la présidence de monsieur le préfet pour définir les grandes lignes pour le développement de la commune. Jusqu’à présent, cette retrouvaille n’a pas eu lieu. Quand nous avons rencontré le préfet, à l’époque Ibrahima Khalil Keïta, il s’était excusé », dit-il.

Par ailleurs, Dr Moussa Oriya Keïta dit que « nous avons mis en place une commission pour rédiger le règlement intérieur. Après l’adoption à l’unanimité, le maire refuse de déposer ce règlement chez le préfet. Il dit clairement qu’il refuse de le déposer chez le préfet pour la signature, un règlement que lui-même a voté.

Présentement, le maire est entrain de travailler à la commune avec des personnes qui ne sont pas conseillers, des personnes recrutées. Une violation flagrante de la loi ».

En outre, Dr Moussa Oriya Keïta dénonce un gaspillage des fonds publics par le maire. « Pendant la passation de service entre le secrétaire général et le maire, il a été dit que Tounkara (le secrétaire général ,ndlr) a laissé une somme de 54 millions 697 mille 448 francs guinéens. Pendant leur soixante dix jours de travail, ils ont recouvert 60 millions 435 mille 8 francs guinéens. Le total fait une somme de 115 millions 132 mille 456 francs guinéens. Ils ont dépensé, en deux mois, une somme de 80 millions de francs guinéens. Où cette somme a été investie à Siguiri ? »

Le conférencier a expliqué aux médias que le bureau exécutif de la commune de Siguiri a été incapable de convaincre sur la destination de cet argent. « Quand nous avons demandé les détails, ils ont été incapables de nous convaincre. 23 millions de FG pour le salaire des contractuels communaux. Qui sont ces contractuels ? Impossible de nous les présenter. 5 millions de FG pour installer l’émetteur de la télévision. L’émetteur appartient à la préfecture et non à la commune. Et depuis là, qui a reçu l’image chez lui ? 3 millions de FG pour les cas sociaux. Qui sont ces personnes bénéficiaires de ces cas sociaux ? Ils sont incapables de nous les présenter. 4 millions pour déguerpir. 5 millions pour les missions gouvernementales. Pourquoi une mission qui est venue avec ses frais ? Ce sont ces cas similaires qu’ils nous sont présentés pour vérifier la dépense », a dit Dr Moussa Oriya Kéita.

Devant cet état de fait, Dr Moussa Oriya Kéita accuse Koumba Sékou Magassouba de détournement. « C’est pourquoi, je parle de détournement. Il n’y a aucune pièce de justification. En deux mois de gestion, voilà le dégât fait. Quel sera le bilan en cinq ans ? », s’interroge-t-il.

De Siguiri, Bérété Lanceï Condé pour Guineematin.com

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Meurtre d’un militaire à Dinguiraye : un militaire et 5 civils jugés à Kankan

5 mars 2019 à 12 12 21 03213

Le procès du sergent-chef Chostain Dramou, militaire en service au camp d’infanterie de Dinguiraye et cinq autres civils s’est ouvert hier, lundi 04 mars 2019, devant le tribunal militaire délocalisé au TPI de Kankan dans le cadre des audiences criminelles en cours à travers le pays. Ces personnes sont poursuivies pour meurtre, complicité de meurtre et abandon de poste. Seul le principal accusé a été entendu en cette première journée du procès. Le militaire a plaidé non coupable, rapporte le correspondant de Guineematin.com à Kankan.

A la barre, le sergent-chef Chostain Dramou, le principal accusé dans cette affaire, a balayé d’un revers de la main toutes les accusations portées contre lui. Il a assuré qu’il n’a rien à avoir avec le meurtre du sergent-chef Wasséy Yomalö, qui était aussi en service au camp d’infanterie de Dinguiraye et dont le corps avait été retrouvé dans sa chambre en état de putréfaction, le 07 janvier 2017.

La défense a, ensuite, soulevé des manquements dans cette procédure qui font que le tribunal, dans sa composition actuelle, doit se dessaisir de ce dossier. C’est notamment le non-respect de l’article 23 du code de justice militaire, qui dit que le tribunal militaire ne peut pas juger les civils, alors que 5 des 6 accusés dans cette affaire sont des civils.

Les avocats de la défense ont relevé aussi le fait que l’un des accusés, Cécé Loua était mineur (17 ans) au moment des faits. Pour toutes ces raisons, ils ont sollicité la remise en liberté de leurs clients.

En réponse, le procureur de la justice militaire appelle la défense à se référer de l’article 35 du code de justice militaire qui, selon lui, dit que si des civils sont complices d’une infraction du droit commun avec un militaire, ils peuvent être jugés par un tribunal militaire.

Face à ce débat contradictoire entre le procureur et les avocats de la défense, le président du tribunal a suspendu l’audience pour 30 minutes. Au retour, le juge a rejeté la demande de la défense et a renvoyé l’audience au 06 mars 2019 pour la suite des débats.

A noter que les 5 civils poursuivis dans cette affaire sont : Marie Noël Kourouma, agent commercial ; Gnéréké Loua, chaudronnier ; Kpakilé Haba, vitrier ; André Kolié, carreleur, et Cécé Loua, chaudronnier, tous résidant dans la préfecture de Dinguiraye. Ils ont accusés de complicité dans le meurtre du sergent-chef, Wasséy Yomalö.

De Kankan, Abdoulaye N’koya SYLLA pour Guineematin.com

Tél : 00 224 627 24 13 24

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Meurtre Macka Bah à Conakry : 15 ans de réclusion criminelle requis contre le présumé auteur

5 mars 2019 à 12 12 18 03183

Après avoir passé 6 de détention provisoire, Abdoulaye Bangoura alias « Esprit » a comparu hier, lundi 04 mars 2019, devant le tribunal criminel de Dixinn, délocalisé à la mairie de Ratoma. Il est jugé pour le meurtre du jeune Mamadou Macka Bah en 2013. Son avocat a invoqué une question de légitime défense.

C’est le 5 mars 2013 que Abdoulaye Bangoura, chauffeur de profession, a été arrêté et placé sous mandat de dépôt pour le meurtre de l’étudiant, Mamadou Macka Bah. Un crime qui s’est produit la veille de son arrestation dans le quartier Koloma. Six (6) ans après, il a comparu ce lundi devant le tribunal criminel de Dixinn. L’accusé a reconnu être l’auteur du coup de poing qui a entrainé la mort de la victime, mais il assure qu’il n’avait pas l’intention de lui ôter la vie.

« Ce jour-là, je suis sorti d’un bar café à Koloma pour aller acheter de la cigarette à côté. C’était aux environs de 22 heures. En allant chercher la cigarette, je me suis croisé dans un couloir exigu et obscur avec la copine de Mamadou Macka Bah. Elle courait et elle m’a heurté. Je l’ai interceptée pour qu’elle me demande pardon. Dès que je l’ai interceptée, elle a crié.

Et, ses cris ont alerté son copain, Macka Bah, qui est venu aussitôt sur les lieux pour me donner un coup de poing. Moi aussi, j’ai répliqué en lui donnant un coup au niveau de la poitrine. Il est tombé sur le champ. J’ai eu peur et j’ai pris la fuite. C’est ainsi qu’on l’a transporté à l’hôpital Ignace Deen où il a rendu l’âme. Mais moi, je n’avais aucune intention de lui ôter la vie », a expliqué l’accusé devant le juge Aboubacar Mafering Camara.

Pour l’avocat de la défense, il est clair que le meurtre de Mamadou Macka Bah a été causé par l’orgueil de sa copine, qui a refusé de demander pardon à Abdoulaye Bangoura. Selon maître Labila Michel Sonomou, son client a agi en légitime défense. C’est pourquoi, il a demandé au tribunal de lui accorder de larges circonstances atténuantes, en l’acquittant. « Et si par extraordinaire, vous allez le retenir dans les liens de la culpabilité, je vous demande de le condamner au temps qu’il a mis en prison », a plaidé l’avocat.

De son côté, le procureur, Bakary Camara, après avoir interrogé l’accusé, a estimé que ce dernier est coupable des faits qui lui sont reprochés. Il a demandé donc au tribunal « de retenir Abdoulaye Bangoura dans les liens de la culpabilité des faits de coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner et de le condamner à 15 ans de réclusion criminelle à temps ».

Après les réquisitions et plaidoiries, l’affaire a été mise en délibéré pour décision être rendue le 18 mars 2019.

Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel: 620 589 527/654 416 922

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TPI de Faranah : ouverture des audiences criminelles avec 10 dossiers pour 195 accusés

5 mars 2019 à 12 12 16 03163

Longtemps attendues, les audiences criminelles du Tribunal de Première Instance de Faranah ont été officiellement ouvertes hier lundi, 4 mars 2019. C’était en présence des autorités locales de Faranah, des auxiliaires de justice et de nombreux autres invités, rapporte le correspondant de Guineematin.com basé dans la préfecture.

Au cours de ces audiences criminelles, le Tribunal de Première Instance de Faranah aura à examiner les cas de 195 accusés dans dix (10) affaires criminelles. Ils sont tous poursuivis pour meurtre et complicité, coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, viol, incendie volontaire, assassinat…

Dans son discours de circonstance, le Procureur de la République près le TPI de Faranah, Mamoudou Lébéré Baldé, a rassuré l’opinion que le droit sera dit et que la loi sera appliquée pour le maintien de la paix et de la quiétude dans la région de Faranah. Pour cela, il en appelle à la vigilance et à la bonne collaboration des populations. « Un procès pénal doit être équitable et contradictoire, mais aussi préserver l’équilibre des droits des parties », a précisé le procureur.

Pour sa part, le président du tribunal de Faranah, Amadou Sagnane, a insisté sur la présomption d’innocence et sur les possibilités de recours pour les parties qui ne seront pas d’accord avec les décisions qui seront rendues. « Au cours de ces examens de dossiers, nous allons respecter l’essentiel des droits humains, le droit à la défense, le droit à la justice équitable, la présomption d’innocence et laisser aussi automatiquement les recours éventuels contre les décisions qui vont être entreprises à quiconque ne seras pas d’accord parmi les acteurs de la procédure. La pédagogie est la suivante, il est présenté au tribunal des personnes et des faits. Il faut nécessairement qu’il y ait des débats », a dit le juge avant de promettre qu’il veillera à la garantie des droits des victimes au cours de toute la procédure.

Visiblement satisfait, le gouverneur de la région administrative de Faranah a remercié le président de la République. Ensuite, Sadou Keita s’est réjoui de cette initiative du ministère de la Justice qui, dit-il, est en train de rapprocher la justice des justiciables et qui a réussi plusieurs réformes pour qualifier la justice guinéenne.

À noter que Faranah n’a pas un palais de justice. C’est pourquoi, la cérémonie d’ouverture des audiences s’est tenue à la maison des jeunes. Les audiences se tiendront également en ces lieux.

De Faranah, Bangoura Mamadouba pour Guineematin.com
Tel : (00224) 620 24 15 13

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Détournement à l’OGP : l’Etat réclame plus de 42 milliards 115 millions à Paul Moussa Diawara et Inza Bayo

5 mars 2019 à 9 09 09 03093
Paul Moussa Diawara, ancien DG de l’OGP, poursuivi pour le détournement de plus de 42 milliards

Comme annoncé précédemment, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Kaloum a requis hier, lundi 04 Mars 2019, cinq (5) ans d’emprisonnement contre Paul Moussa Diawara et Inza Bayo, respectivement anciens Directeur Général et Comptable de l’office guinéen de publicité (OGP). Ces deux anciens dirigeants sont poursuivis pour détournement de deniers publics et complicité, portant sur la somme de 39 milliards 679 millions 25 mille 698 francs guinéens au préjudice de l’OGP dont le seul actionnaire est l’Etat guinéen. Les avocats de la partie civile ont plaidé pour une saisie des biens des prévenus, tandis que l’avocat de la défense a parlé d’acharnement contre son client, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui a suivi ce procès.

Après plusieurs mois de procès, émaillé de reports et de rebondissements inattendus (demande de récusation du juge en charge du dossier), ce qui convient d’être appelé désormais ‘’l’affaire Paul Moussa Diawara et Inza Bayo’’ tend vers son épilogue au tribunal de première instance de Kaloum. Ce lundi, c’était l’épreuve fatidique des réquisitions et plaidoiries dans cette affaire qui porte sur un détournement présumé de deniers publics, dont le montant est estimé à près de 40 milliards de francs guinéens, au détriment de l’OGP. Un détournement pour lequel deux anciens cadres (le Directeur Général Paul Moussa Diawara et le comptable Inza Bayo) de l’office guinéen de publicité sont poursuivis par l’Etat Guinéen, représenté par l’agent judiciaire de l’Etat.

Selon Me Lancinet Sylla, un des avocats qui représentent l’agent judiciaire de l’Etat dans cette affaire, cette affaire porte sur un détournement de redevances et de taxes dont les origines sont entre autres les sociétés de téléphonie Orange, Cellcom et Areeba. Il s’est ensuite mis à lister des montants qui ont été décaissés par Paul Moussa Diawara et son comptable Inza Bayo, à des dates différentes pour des « voyages de formation imaginaires » à l’étranger et en Guinée.

« A la date du 20 avril 2015, un montant de 349 millions 860 mille francs guinéens a été décaissé pour une formation de quatre semaines au Maroc. Une formation qui était destinée à quatre agents. Pour la formation à Paris de cinq personnes, plus de 500 millions de francs guinéens ont été décaissés à la date du 25 juillet 2015. À la date du 20 Septembre 2015, un montant de 641 millions de francs guinéens a été déboursé pour une formation de trois semaines au Canada. On dit qu’il y avait cinq participants. À la date du 27 Février 2016, pour une deuxième formation en France de neuf personnes, un milliard 701 millions de francs guinéens a été décaissé… En l’espace d’un an et demi, la somme de 17 milliards, 170 millions 735 mille francs guinéens a été sortie des caisses de l’Etat guinéen pour des voyages imaginaires à l’étranger… La responsabilité pénal de Paul Moussa Diawara et Inza Bayo, les deux cosignataires de toutes les sorties de fonds dont nous avons fait état ici, est incontestablement établis. C’est pourquoi, nous vous demandons très respectueusement de prendre acte de la constitution de partie civile de l’Etat guinéen, représenté par l’agent judiciaire de l’Etat dans cette affaire. Ce faisant, vous allez reconnaître les sieurs Diawara et Bayo, coupables de détournement de deniers publics au préjudice de l’Etat guinéen. Ces fonds compromis et qui n’ont pas été justifiés s’élèvent à la somme de 42 milliards 115 millions 760 mille 20 francs guinéens. Et, à titre des dommages et intérêts, nous sollicitons le quart (1/4) de ce montant. C’est-à-dire 10 milliards 528 millions 940 mille 5 francs guinéens. Et, pour nous permettre d’obtenir le remboursement de ces deniers publics, nous sollicitons la confiscation totale de tous les biens appartenant aux deux prévenus. Pour terminer, nous sollicitons qu’il vous plaise, monsieur le président, d’ordonner l’exécution provisoire de cette mesure », a plaidé Me Lancinet Sylla.

L’avocat de l’Etat précise d’ailleurs qu’en dehors de ces « voyages imaginaires », il y avait d’autres pratiques qui permettaient « de dilapider, de détourner » de l’argent à l’OGP. « Il s’agissait de la coalition entre l’OGP et Horizon international. Un cabinet qui n’a aucune existence juridique, mais dont les prestations ont été facturées à 4 milliards 194 millions 782 mille francs guinéens. L’autre mode opératoire à l’OGP était une commission fictive de recouvrement qui a été mise en place pour pouvoir sortir des fonds ; alors que la même régi financière avait un huissier de justice qui était en charge du recouvrement des créances… », a-t-il expliqué.

Dans ses réquisitions, le ministère public est revenu sur les rebondissements qui ont caractérisé ce procès, avant de demander au tribunal de retenir Paul Moussa Diawara et Inza Bayo dans les liens de la prévention pour détournements de deniers publics et complicité. « Pour la répression… vous les condamnerez à 5 ans d’emprisonnement. Le ministère public demande aussi au tribunal d’ordonner la saisie des biens des prévenus. Et, nous demandons enfin au tribunal d’ordonner l’exécution provisoire », a requis le procureur Ousmane Sankhon, tout en indiquant que la place de ceux qui détournent les biens de l’Etat, c’est la prison.

« Les prévenus ont reconnu le recouvrement des montants qui ont été énumérés ici. Mais, pour ce qui est du versement de ces montants au trésor public, rien n’a été justifié… Les bandits en col blanc doivent aussi aller en prison au même titre que les petits voleurs qui sont jugés ici à longueur de journée », a insisté le procureur.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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