L’opération de déguerpissement qui a ciblé les quartiers de Kaporo rails, Kipé 2 et Koloma 1, dans la commune de Ratoma, a fait sombrer plusieurs familles dans le chagrin et le désespoir. Les victimes n’ont bénéficié d’aucun accompagnement de l’Etat et plusieurs personnes passent la nuit actuellement à la belle étoile.

Moussa Lamah fait partie des victimes de cette innommable tragédie de Kaporo rails. Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com, ce jeudi 28 mars 2019, monsieur Lamah est revenu sur le calvaire qu’il vit en ce moment.

Guineematin.com : votre quartier, Kaporo-rails, a été démoli par le gouvernement. Comment réagissez-vous ?

Moussa Lamah : cette opération est anormale. Nous sommes tous des guinéens et tous les déguerpis de Kaporo-rails sont des guinéens. Si le gouvernement a besoin d’un terrain pour des intérêts publics, c’est normal. Mais, il faut aviser les personnes à l’avance et penser à un plan de relocalisation. C’est ce qui n’a pas été fait.

Les gens sont restés là, tout d’un coup, on voit les machines et avec des autorités qui ne veulent rien comprendre. Ils n’agissent que sous l’ordre de je ne sais qui, ils n’ont même pas pensé aux enfants qui vont à l’école. C’est inadmissible, on ne peut voir ça dans aucun pays au monde, si ce n’est en Guinée. Les gens dorment à la belle étoile et le gouvernement est insensible à toute cette situation.

Guineematin.com : selon vous, qu’est-ce qui aurait dû être fait ?

Moussa Lamah : il y a eu d’abord un premier déguerpissement. Nous qui habitions ici avant, les gens pensaient que le gouvernement allait occuper le terrain. Mais, c’est resté comme ça. Alors que nos grands-parents étaient là depuis très longtemps. Je suis né ici, j’ai grandi ici et j’ai vu mon papa ici.

Donc, si ça a été déguerpi et que rien n’a été fait pour nous, notre domaine a été pris par le gouvernement et par la force. On est revenu construire et on habitait là depuis des années. Si le terrain doit être encore occupé par le gouvernement, je pense que nous sommes aussi des guinéens et nous devons être relocalisés.

Guineematin.com : pour le moment, le gouvernement n’a rien fait pour les victimes. Que comptez-vous faire ?

Moussa Lamah : je pense qu’on va poursuivre cette histoire jusqu’à ce qu’on soit dédommagé. On va faire des sit-in, des meetings, des réunions et continuer avec la justice. Si la justice est juste, je pense que les gens doivent être dédommagés. A moins qu’il y ait une mainmise sur la justice, parce qu’on ne peut pas déguerpir les gens sans les relocaliser et sans les dédommager.

Guineematin.com : quelles sont vos conditions de vie aujourd’hui ?

Moussa Lamah : on vit un calvaire, vous pouvez voir aujourd’hui les victimes dans tous les coins de Conakry. Les victimes de Kaporo-rails sont dans une situation déplorable et compliquée. Tu vois des enfants qui étaient à l’école, qui n’ont plus rien, tu vois des familles qui n’ont plus rien à manger, tu vois des pères de familles qui ne peuvent pas joindre les deux bouts. Vous connaissez Conakry, quand tu cherches à loger dans un bâtiment, on te demande deux ans d’avance.

Avec ces pauvres victimes, où voulez-vous qu’ils prennent un an ou deux ans d’avance ? Le gouvernement devait, même si c’est un centre, loger les gens en attendant de trouver une solution. Les victimes de Kaporo-rail sont dans une situation déplorable. C’est comme si c’est des étrangers qui sont venus en Guinée, alors que nous sommes tous des guinéens.

Guineematin.com : certains disent que ce déguerpissement est politique, êtes-vous de cet avis ?

Moussa Lamah : évidemment. A ma connaissance, on a 25 zones réservées. Pourquoi le déguerpissement est focalisé sur Kaporo-rails ? Parce que la majorité des habitants de ce quartier sont de l’UFDG. C’est tout.

Guineematin.com : mais, le gouvernement invoque des raisons d’utilité publique pour justifier cette opération.

Moussa Lamah : en 1998, on avait déguerpi jusqu’à Bambéto où il y a la mosquée Turque. On avait dit que c’était un centre où on devait construire les ministères. Mais aujourd’hui, aucun ministère n’a vu le jour. Ici, c’est la même chose que les gens nous disent. Mais, c’est du tape-à-l’œil. Je pense que tout ça, c’est simplement politique.

Guineematin.com : votre dernier mot ?

Moussa Lamah : je m’adresse aux dirigeants de ce pays. Si on veut une réconciliation, si on veut une cohésion dans ce pays, il faut que les gens soient traités sur le même pied d’égalité. Parce que, déguerpir les vieilles, les enfants, ce n’est vraiment pas bien pour un Etat. Nous sommes au 21ème siècle, nous devons avancer et non régresser.

Interview réalisée par Siba Guilavogui pour Guineematin.com

Tel : 620 21 39 77/ 662 73 05 31

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