Elhadj Idrissa CAMARA

En Guinée, la constitution garantit l’existence des juridictions, dans l’objectif de faire appliquer les textes de lois, notamment en ce qui concerne les litiges portés devant les tribunaux par les citoyens. Cependant, force est de remarquer que la justice guinéenne est de plus en plus critiquée par ces citoyens souvent « insatisfaites » des verdicts rendus.

Souvent taxée de corrompue, et à la solde du plus fort, la justice Guinéenne est aussi accusée d’être lente et trop coûteuse.

Pour en parler, nous avons rencontré le procureur près le tribunal de première instance de Mamou, Elhadj Idrissa CAMARA. C’est un entretien à bâtons rompus réalisé dans la ville carrefour par Idiatou CAMARA.

Bonjour M. le Procureur, dites-nous quelles sont les compétences de votre juridiction et les infractions qui y sont portées ?

Merci pour cette opportunité, pour vous répondre je dirai que le TPI de Mamou est compétent pour connaitre plusieurs matières. Il s’agit des matières civiles, correctionnelles et pénales.

En ce qui concerne les matières civiles, c’est tout ce qui concerne les conflits domaniaux, d’adoption, de divorce, de réclamation de dettes entre autres. Lorsque c’est un cas contentieux par exemple, les parties vont en procès et font recours à un huissier à la fin pour exécuter les décisions de justice. Ici à Mamou, c’est tous les jeudis ces affaires sont jugées ici. Lorsque c’est en matière gracieuse, le Président du Tribunal est directement saisi par une requête conformément aux textes.

En matière pénale, il faut préciser qu’il y’a non seulement les matières correctionnelles mais aussi criminelles qui sont concernées. Dans ces cas c’est le Ministère public qui est devant la scène pour mettre en mouvement l’action publique. Les procès sont organisés, les avocats, font leurs plaidoiries, le juge est observateur, ensuite intervient le réquisitoire du Procureur et en dernier ressort le Président du tribunal donne le verdict, selon son intime conviction. Nous jugeons ces affaires les mardis.

Voilà en quelques mots, comment fonctionne le tribunal de première instance Mamou. Je précise que si les parties ne sont pas satisfaites en premier ressort, ils peuvent faire appel auprès de la cour d’appel de Conakry, et cette fois ces décisions sont exécutoires.

Votre mission en tant que Procureur de la République consiste en quoi ?

Nous sommes les représentants du Ministère Public, nous défendons les intérêts de la société. Nous sommes les avocats de la société en quelque sorte.

Notre mission est de faire appliquer la loi selon les infractions commises. C’est important de le rappeler car souvent les populations ne comprennent pas et ne font pas la différence entre les termes, surtout que nous avons même un vocabulaire approprié, propre à nous qu’il faut faire connaitre. Dans le fonctionnement du tribunal, il y’a 3 substituts

Quelles sont vos relations avec les citoyens de Mamou, surtout que la justice guinéenne est souvent taxée de corrompue et à la solde du plus fort ?

Vous avez raison, on nous accuse de tout mais j’avoue qu’ici depuis que nous sommes aux affaires, je dois dire que tout se passe bien. Entre la population et nous il y’a la confiance, en témoigne vous l’avez constaté en étant venu plusieurs fois ici, l’affluence qu’il y’a et les relations que nous entretenons avec ces citoyens.

M. le Procureur il arrive souvent des erreurs judiciaires qui font parfois « condamner des innocents et libérer des coupables » comme observé dans certains pays, qu’en est-il ici ?

C’est effectif on le voit ailleurs, mais heureusement ici à Mamou cela n’est jamais arrivé. La plupart d’ailleurs de nos décisions sont confirmées par la cour d’appel cela témoigne de notre sérieux, de notre compétence, et en toute humilité, nous nous en réjouissons. Nous travaillons en toute conscience. Cela dit, toutes les juridictions du monde sont critiquées, l’essentiel, est de bien faire votre travail, c’est la meilleure réponse, parce que quoi que vous fassiez on vous critiquera toujours, faites bien votre travail, et le temps donnera raison à votre œuvre.

Avez-vous un message avant qu’on ne se quitte ?

A la population c’est de continuer à faire confiance à la justice, nous essayons de faire ce que nous pouvons même si ce n’est pas facile. J’en profite aussi pour demander aux journalistes de s’intéresser aux questions de justice, connaitre la justice, les termes, et faire connaitre ce que nous faisons. Pour le cas de Mamou, je voudrais vraiment remercier la presse locale, ils s’intéressent à la justice, et viennent vers nous pour faire connaitre ce que nous faisons.

Merci à vous pour cette opportunité

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