Alors qu’un bloc anti 3ème mandat (composé de partis d’oppositions et des organisations de la société civile) contre l’actuel chef de l’Etat guinéen se forme dans le pays, le président Alpha Condé continue de faire planer le doute sur son intention ou non de se maintenir au pouvoir au-delà de 2020. Même les heurts de ces dernières semaines entre pro et anti 3ème mandat (dont le dernier cas en date est celui de Kankan où des manifestants ont été tabassés et des journalistes violentés) n’ont réussi à amener le locataire du palais Sékhoutouréyah à sortir de son refrain habituel : « c’est le peuple qui décidera au moment venu ». Il maintient encore le flou en revoyant à chaque fois ce scénario au peuple qui est déjà fortement divisé.

Dans la matinée de ce mercredi, 02 Mai 2019, cette question de troisième mandat était au cœur du débat de l’émission ‘’Appels sur l’Actualité’’ de la radio France internationale (RFI). Un débat au cours duquel les intervenants (en majorité guinéens) ont exprimé leurs sentiments vis-à-vis de ce ‘’projet’’, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui a suivi ce débat.

A plusieurs occasions, la question d’un troisième mandant a été posée à l’actuel président guinéen. Et, à chaque fois, Alpha Condé esquive la question en se cachant derrière le peuple. « C’est le peuple qui décidera le moment venu », ou encore « Je fais ce qui sera la volonté du peuple de Guinée. Pour le moment, je laisse le débat se dérouler dans le pays », répond-il tout, en laissant planer le doute sur son intention de se maintenir au pouvoir au-delà de 2020.

Cette position du chef de l’Etat guinéen suscite assez d’inquiétude chez ses opposants et dans les rangs de la société civile. Ces derniers ont d’ailleurs décidé de mutualiser leurs efforts pour barrer la route au projet de troisième mandat, d’autant plus que certains ministres et des députés de la République font la promotion d’une nouvelle constitution dans le pays. Aujourd’hui, le sujet divise et agrémente les débats au sein de l’opinion et dans les médias.

Dans l’émission ‘’Appels sur l’Actualité’’ de la radio RFI de ce jeudi, le sujet était au cœur du débat. « C’est sûr qu’aujourd’hui, la tension commence à venir petit à petit. Et, c’est justement inquiétant… Alpha Condé a fait beaucoup de travaux. Si le 3ème mandat doit détruire tout cela par la violence et l’agressivité, je crois qu’il vaut mieux qu’il renonce. Et, comme ça, il sera notre Mandela… », a dit Michel depuis Kindia, tout en demandant au chef de l’Etat guinéen de clarifier sa position pour permettre aux gens de savoir sur quel pied danser et éviter les rumeurs. « Parce que les petits esprits se nourrissent de ces rumeurs pour créer des agressivités », a-t-il conclu.

De son côté, Alhassane Diallo, un des journalistes qui a été violentés la semaine dernière à Kankan par un groupe de militants du RPG (le parti au pouvoir), estime que la tension monte dans le pays en général et à Kankan en particulier. « Ce qui se passe à Kankan est différent des autres préfectures. Parce qu’ici, c’est seul le parti au pouvoir qui a la voix. Moi, je ne vois pas où sont les bases de la démocratie », se désole ce jeune journaliste qui est revenu sur la violence dont il a été victime.

Pour sa part, Alaoudine estime que le débat autour d’un troisième mandat pour Alpha Condé n’a pas lieu d’être. « Depuis le débat du 31 janvier, j’avais dit que le débat n’a pas lieu d’être. Il faut plutôt débattre de l’expiration du mandat des députés… Jusqu’à preuve du contraire, le président de la République n’a jamais manifesté son intention de briguer un troisième mandat… Pour le moment, notre constitution est claire. On ne peut pas avoir plus de deux mandats. Mais, dire qu’on ne peut pas aller vers le peuple et lui soumettre une nouvelle constitution, c’est aussi prendre en otage le peuple. Parce qu’il faut reconnaitre que la constitution actuelle de notre pays est obsolète. Depuis 2010, nous dirigeons le pays avec des accords politiques et du consensus… », argumente-t-il.

Quant à Ismaël, il estime qu’on est plus dans la phase des intentions. « On est dans la phase des pratiques pour cette question de troisième mandat. Il est temps de renforcer le sursaut national pour que la culture de l’alternance soit une réalité dans notre pays… Aujourd’hui, on doit faire en sorte que la constitution en vigueur soit respectée », a-t-il dit.

Très méfiant, Vincent n’écarte pas la possibilité d’une révision constitutionnelle. « Je ne suis pas opposé à une révision constitutionnelle, mais elle devrait avoir lieu après 2020… En Afrique, nos dirigeants n’utilisent la notion du peuple que lorsqu’ils veulent faire un passage en force. Ce fut le cas, il y a quelques années, au Congo Brazzaville… Avec cette nouvelle constitution en Guinée, si elle est adoptée, le président pourra se présenter pour un autre ».

Contrairement à Vincent, Alimou qui est intervenu depuis Conakry estime qu’il ne faut pas toucher à la constitution. Car, dit-il, les guinéens ne l’accepteront pas. « Il ne faut pas tripatouiller la constitution. Alpha Condé a lutté durant des années pour la démocratie en Guinée. Et, paradoxalement, c’est lui qui veut encore détruire la démocratie. C’est un défi, mais les guinéens ne l’accepteront pas. Je pense que comment ils l’ont fait en 2009 contre la candidature de Dadis et en 2007 pour mettre à genoux le général Lansana Conté, les Guinéens vont dépasser leurs querelles intestines pour s’opposer au tripatouillage de la constitution…», espère-t-il.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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