Selon le Front national pour la défense de la constitution, depuis le vote du dimanche dernier, 22 mars 2020, il y aurait eu « au moins 11 morts. Des Guinéens qui auraient été liquidés de sang-froid par ceux-là mêmes qui sont censés les protéger. Et paradoxalement, sous le règne d’un civil. Et de surcroît élu par les mêmes victimes. Même si on nous rétorquera que ce sont des opposants qui sont tués. Mais, à partir du moment où un chef d’Etat est installé dans ses fonctions, tous les citoyens sont égaux devant lui.

Pour le cas particulier de la Guinée, c’est une question de génération. Dans une récente interview qu’il avait accordée au journal français « le monde », le chef de l’Etat avait dit « partout où il y a eu de modification de constitution il y a eu des morts ». Pour lui, c’est donc normal qu’il y ait des morts pour des raisons politiques. En réalité, c’est la conception de la politique de sa génération. Pour cette génération, il est normal que les gens meurent à cause de la politique.

Cette conception est désormais anachronique et rétrograde. Vous ne pouvez pas imaginer un seul instant que 22 jeunes sénégalais tombent sous les balles des agents de sécurité de ce pays suite à des manifestations politiques. Ce serait un véritable séisme politique qui va emporter tout le gouvernement. Lequel se retrouverait devant les tribunaux de ce pays. C’est même inimaginable.

Il y a donc deux raisons qui expliquent la violence d’Etat en Guinée : la première est bien évidement l’impunité dont les agents de sécurité bénéficient depuis l’indépendance de la Guinée. La deuxième est liée à la personnalité mêmes des différents chefs d’Etat que la Guinée a eus depuis son indépendance. Le jour où il y aura à la tête de l’Etat guinéen un homme profondément attaché au respect de la vie humaine il n’y aura pas de morts consécutifs à des manifestations politiques.

La démocratie n’a de sens que s’il y a une différence entre elle et la dictature. Or, si démocratie veut dire respect de la vie et de la dignité humaine, la Guinée n’est pas encore un Etat démocratique. Il ne peut pas y avoir près de 20 jeunes tués en moyenne par an dans une démocratie. Or, en dix de règne, l’actuel régime avoisine 200 morts.

L’UFDG à elle seule comptabilise près de 140 de ses militants tués. Depuis octobre 2019, près de 50 contestataires de la nouvelle constitution ont alourdi ce bilan macabre. A tous ceux-là, il faut ajouter toutes les autres victimes de N’Zérékoré et de Boké, entre autres.

Ce bilan, particulièrement effroyable, est la suite logique d’une impunité garantie aux forces de l’ordre depuis la première République. Or, l’impunité est la porte ouverte à la récidive. Tant que la justice guinéenne n’aura pas demandé des comptes aux criminels, à la fois commanditaires et exécutants, des Guinéens vont continuer à tomber sous les balles d’autres Guinéens. Et, tant que les dirigeants considèrent qu’il est normal que des Guinéens meurent pour des raisons politiques, l’impunité aura encore de beaux jours devant elle.

Au regard des dernières répressions, avec leurs corollaires de morts, de blessés et de dégâts matériels, les défenseurs des droits de l’Homme devraient se lever pour obliger la justice guinéenne à agir. Ou, à défaut, saisir la justice internationale afin que, plus jamais, pareilles atrocités ne se reproduisent dans ce pays.

Habib Yembering Diallo pour Guineematin.com

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin